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L’Algérie veut doper son tourisme

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 07/01/2018 à 09H43

Casbah d'Alger vue sur port
Pour l'Unesco, «dans l’un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée, surplombant les îlots où un comptoir carthaginois fut installé dès le IVe siècle av. J.-C., la Casbah constitue un type unique de médina, ou ville islamique».

© CITIZENSIDE / FAYCAL NECHOUD

Malgré ses richesses géographiques et culturelles, l’Algérie n’est pas vraiment une destination touristique, comparativement à ses voisins marocain et tunisien qui ont joué massivement cette carte depuis longtemps. Aujourd’hui, Alger affirme vouloir développer cette industrie porteuse d’emplois. Mais la route est encore longue.


Fin 2017, le ministre du Tourisme algérien, Hacène Marmouri, a annoncé que 10.000 touristes étrangers avaient visité le sud algérien depuis la fin septembre (date du début de la saison touristique dans cette région). Le chiffre paraît très faible, mais il traduit pourtant une hausse importante par rapport à 2016 qui n’avait enregistré que 7.500 visites. La faiblesse de ces chiffres montre l’ampleur de la tâche à accomplir pour hisser le tourisme en Algérie à la hauteur de celui de ses principaux voisins.

Sur ce sujet, la presse algérienne a déjà fait un constat alarmant: «Au-delà des déclarations euphoriques ministérielles, se cache le néant», écrivait La Liberté en 2015 dans un article au vitriol sur la situation du tourisme algérien mettant en cause «misères croissantes des services hôteliers et des transports», «manque d’évolution d’une promotion sérieuse et intelligente du secteur», «opportunisme et incompétence», mainmise étatique... au point que les voyageurs algériens choisissent souvent d'aller dans les pays voisins...


Un patrimoine unique
Les richesses touristiques ne manquent pourtant pas. Entre Alger la blanche, une longue côte méditerranéenne, des sites antiques uniques et l'immensité de son désert, le pays dispose d'incroyables atouts. Mais l'Algérie n'a jamais joué le jeu du tourisme. Loin de là. Pour preuve, le tourisme ne représenterait que 1,4% du PIB algérien, un chiffre négligeable. Mais aujourd'hui, la rente pétrolière ne suffit plus et la priorité économique est à la diversité de la production. Dans ce cadre, le tourisme devient un secteur clef. D'où les nouvelles ambitions du gouvernement algérien.

4,4 millions de touristes internationaux sont attendus en Algérie en... 2027, contre 2,4 millions aujourd’hui, selon le WTTC (conseil mondial du tourisme et du voyage). Des objectifs encore assez faibles pour un pays de cette taille. Par comparaison, le Maroc a enregistré 11 millions de visiteurs pour 2017. L’Algérie n’a que très modestement investi dans cette industrie. Aujourd’hui, le discours public semble changer, même si les objectifs restent modestes. Ainsi, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Hacène Mermouri, a annoncé que 1812 projets de réalisation de nouvelles infrastructures hôtelières avaient été agréés par le ministère. Cette série de projets devrait porter la capacité d’accueil à 240.000 lits, contre 100.000 actuellement, et créer 99.000 emplois.

Beni Isguen
Ville du Mzab (Algérie) à 600 km au sud d’Alger. Au contraire des autres villes de la pentapole (région où se trouvaient cinq villes principales) mozabite, Beni Isguen n’est pas construite sur un piton rocheux mais sur le flan d’une colline rocheuse et c’est aussi la seule ville de la pentapole à ne pas avoir été bâtie sur l’oued M’zab. © Michael Runkel / Robert Harding Premium / robertharding

Diversifier l'économie
Il faut dire que l’Algérie s’est rendu compte que son économie basée sur la rente pétrolière ne fonctionnait plus, surtout dans un contexte de baisse de prix du brut. Elle a donc décidé une «stratégie globale de diversification de son économie», comme le dit le quotidien El Moudjahid.

Pour doper le tourisme, qui passe sans doute par une amélioration de l'accueil, le gouvernement a décidé d’ouvrir le secteur aux capitaux privés et de privatiser (en partie) certaines grandes infrastructures. «Le tourisme est le premier qui sera concerné, des informations ont commencé à fuiter au sujet des noms des hôtels qui seront privatisés dans un proche avenir. Cette opération touchera apparemment une soixantaine d’entités, dont le complexe des Andalouses, à Oran, le prestigieux hôtel El Djazaïr (ex-Saint George), Essafir (ex-Mazafran) et El Manar de Sidi Fredj», note la presse algérienne.  

«La faible capacité hôtelière constitue depuis longtemps un obstacle majeur au développement du secteur. Selon les estimations publiées dans le rapport Compétitivité dans le secteur du tourisme et des voyages 2017 du Forum Economique Mondial, l’Algérie compterait 0,1 chambre d’hôtel pour 100 habitants, se classant dans cette catégorie à la 111e place sur 136 pays», notait pudiquement le site algérien Algérie focus.

Tipasa arches
Sur les bords de la Méditerranée, le site de Tipasa, ancien comptoir punique, fut occupé par Rome, qui en fit une base stratégique pour la conquête des royaumes mauritaniens. Il comprend un ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, voisinant avec des monuments autochtones, tel le Kbor er Roumia, grand mausolée royal de Maurétanie. Pour l'Unesco, «le site archéologique de Tipasa regroupe l'un des plus extraordinaires complexes archéologiques du Maghreb, et peut être le plus significatif pour l'étude des contacts entre les civilisations indigènes et les différentes vagues de colonisation du VIe siècle avant J.-C. au VIe siècle de notre ère».
© Frédéric Soreau / Photononstop

Privatisation et investissements
Outre les privatisations, le gouvernement entend procéder à des investissements dans les infrastructures, dans les transports (modernisation des aéroports d’Alger et d’Oran) et dans la formation. 

Mais l’Algérie ne souffre pas que d’un problème de manque de capacités d’accueil. Elle souffre aussi d’un problème de communication (les sites internet de l'Office du tourisme algérien n'incitent pas à se renseigner) et d'image. Il est vrai que la longue guerre civile a lourdement pesé sur l'attractivité de cette destination. «L’image de l’Algérie comme étant une destination potentiellement peu sûre – les gouvernements de certains marchés clés, tels que la France et les Etats-Unis, déconseillent les déplacements dans certaines zones du pays  décourage certains visiteurs potentiels.. Pour tenter d’améliorer la situation, le site économique Agence Ecofin rappelle que «les autorités algériennes ont renforcé l’attention portée aux questions de sécurité, incitant au mois de septembre le ministère du Tourisme à exhorter la France à réévaluer ses avertissements aux voyageurs en Algérie».

«Le secteur du tourisme est d’une importance capitale pour le développement économique et social de l’Algérie qui projette de devenir un pôle touristique par excellence dans les 10 prochaines années», a souhaité le ministre du Tourisme algérien Hacene Marmouri. Un rêve encore lointain, surtout que ce n'est pas la première fois que l'Algérie, comme le montre un rapport de 2008, décide de mettre en avant la nécessité de développer son tourisme...Pour certains voyagistes, les problèmes de ce secteur sont plus profonds et touchent à la nature du régime algérien. Mais là, cela dépasse le simple tourisme.