Synthèse

Nigeria,  Afrique

L’ancienne présidente nigériane de l’OPEP poursuivie pour corruption

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 25/08/2017 à 15H01

Diezani Alison-Madueke
Diezani Alison-Madueke en 2014, lors d'un sommet de l'Opep dont elle était présidente. © Joe Klammar/AFP

La corruption dans le monde du pétrole nigérian n’est pas un vain mot. Les démêlés avec la justice de Diezani Alison-Madueke en sont un exemple criant. Le nom de l’ancienne ministre du pétrole est cité dans de sulfureuses affaires de pot de vin ou de détournements, aussi bien au Nigeria qu’en Grande-Bretagne, mais également en Italie ou aux Etats-Unis.


De 2010 à 2015, elle fut la ministre du pétrole du président Jonathan, et devint présidente de l’Opep en 2014. Ancienne directrice de la branche pétrole chez Shell Nigeria, elle connait parfaitement le secteur. Si bien qu’elle aurait largement profité de sa situation pour s’enrichir sans limites. L’EFCC, la Commission des crimes économiques et financiers du Nigeria a présenté la facture. Madame Alison- Madueke doit à l’Etat la coquette somme de 560 millions d’euros (article payant).

Une somme détournée des caisses de l’Etat et réinvestie dans l’immobilier, mais également dans l’or et les diamants. Des bijoux retrouvés en nombre, lors de perquisitions dans les propriétés de l’ancienne ministre. Cette dernière dément, crie au complot et à l’acharnement de la part de la EFCC. Problème, la justice nigériane donne raison à la commission.

Arrêtée à Londres
Dernier épisode en date, quatre propriétés appartenant à l’ex ministre ont été confisquées par la justice à titre provisoire. Leur valeur est estimée à 7 millions de dollars. Déjà au début du mois d’août, un immeuble lui appartenant et d’une valeur estimée à 37 millions de dollars, a été saisi. Cet immeuble aurait été payé en cash !
 
Mais les déboires de  Mme Alison-Madueke ne se limitent pas aux frontières de son pays. Au Royaume-Uni, où la dame réside depuis son départ du  gouvernement, elle a été arrêtée en octobre 2015, dans le cadre d’une enquête sur des faits de corruption et de blanchiment d’argent. Elle ne doit sa liberté qu’au paiement d’une caution.
 
Enquête aux Etats-Unis
On retrouve également son nom de l’autre côté de l’Atlantique. Les autorités américaines ont saisi des actifs de deux dirigeants nigérians de sociétés pétrolières. Un yacht, le «Galactica star» d’une valeur de 80 millions de dollars, et un immeuble près de Central Park d’une valeur de 50 millions de dollars. Ces deux hommes d’affaire ont obtenu de mirifiques contrats accordés par l’ancienne ministre. En échange, Diezani Alison-Madueke a accepté des pots de vin.

Enfin ultime «casserole», l’enquête conjointe menée par les justices italienne et néerlandaise quant à l’acquisition d’un champ pétrolier au Nigeria, OPL 245, par Shell et ENI. Coût de la transaction, 1,3 milliard de dollars. Mais l’Etat n’a empoché que 210 millions de dollars ! La justice soupçonne plusieurs caciques nigérians dont le président Jonathan et sa ministre du pétrole.

Comme le précise RFI, toutes ces enquêtes contre Diezani Alison-Madueke sont saluées par la société civile. «Elle est  la plaque tournante de toute la corruption »affirme Djibril Ibrahim, membre du Centre pour la démocratie et le développement.
 
Les vengeurs du Delta
Tout ceci apporte en tout cas de  l’eau au moulin des groupes armées qui combattent pour un meilleur partage des richesses et contre la corruption. Ainsi vient d’apparaitre le groupe des New Delta Avengers’ (les nouveaux vengeurs du Delta). Référence aux Niger Delta Avengers’ qui, en 2016, avaient attaqué les installations pétrolières du delta du Niger, conduisant à une baisse de la production de 30%. «Nous relançons l’insurrection afin de réclamer un meilleur partage pour notre peuple» annoncent les militants. Ils promettent «des attaques sanglantes» et «des destructions d’équipements pétroliers».
 
Aussi, l’offensive judiciaire contre la corruption est également une affaire politique. Le président Buhari, en arrivant au pouvoir, avait promis  de mettre de l’ordre, les ennuis judiciaires à répétition de Diezani Alison-Madueke sont là pour en apporter la preuve.