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L’anglais s’installe dans les écoles francophones d’Afrique

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 11/08/2017 à 17H26, mis à jour le 12/08/2017 à 15H57

Une jeune béninoise en classe
A partir de septembre 2017, quelques 216 écoles primaires réparties sur tout le Bénin dispenseront des cours d'anglais. © Photo AFP/Pascal Deloche

C’est décidé, le Bénin va à son tour introduire l’anglais au primaire dès la rentrée scolaire 2017-2018. Le pays veut arrimer l’école béninoise aux exigences mondiales, précise-t-on à Cotonou. La langue de Shakespeare est devenue incontournable sur le continent africain.

La phase pilote de l’introduction des cours d’anglais dans l’enseignement primaire au Bénin débutera dès septembre 2017 dans 216 écoles retenues sur l’ensemble du territoire national. Il s’agit, explique-ton à Cotonou, de faire profiter le pays de toutes les opportunités, aussi bien sous-régionale, régionales que mondiales, vitales pour son développement.
 
Pourquoi l’anglais a la côte au primaire ?
Parce que son apprentissage à l’école secondaire  n’a pas été assez efficace. Les jeunes béninois qui terminent l’école secondaire ne sont pas en mesure de parler couramment la langue de Shakespeare. Il a donc fallu changer son fusil d’épaule.
 
«L’âge étant un facteur très important dans le processus d’acquisition d’une langue, il a été décidé d’introduire l’anglais au primaire dès la rentrée scolaire», ont indiqué les autorités béninoises citées par l’Agence Xinhua.
 
Le Bénin vient ainsi s’ajouter à la liste des pays africains francophones qui ont misé sur l’apprentissage de l’anglais pour s’ouvrir au monde.
 
Au cœur du pré-carré français ouest-africain
Le Rwanda a été parmi les premiers à prendre le virage de l’anglais en octobre 2008, dans la foulée de la rupture de ses relations diplomatiques avec Paris. Pour expliquer sa décision, le président Paul Kagame, un anglophone formé en Ouganda, avait expliqué que ce changement visait à «donner la priorité à la langue qui rendra nos enfants plus compétents».
 
En septembre 2003, l’anglais a supplanté complètement le français en devenant la langue d’enseignement depuis le primaire jusqu’à l’université. De nombreux enseignants francophones incapables de s’adapter à la nouvelle donne ont dû rendre leurs tabliers.
 
L’introduction au forceps de l’anglais dans le système éducatif rwandais a fait tâche d’huile dans le pré-carré français en Afrique de l’Ouest. Dès 2012, le président gabonais, Ali Bongo, un des plus proches alliés de la France en Afrique, exprimait son souhait «de regarder de près, l’expérience rwandaise dans l’introduction du bilinguisme». L’objectif, là aussi, est de mieux préparer les jeunes Gabonais à la mondialisation. Pour qu’ils soient mieux armés en dehors de l’espace francophone.
 

L'anglais incontournable

«Mieux vaut parler anglais en dehors de sa case»
Une démarche de plus en plus soutenue à travers le continent. Pour le chercheur burkinabè Mamadou Lamine Sanogo, l’expansion géographique de l’anglais en a fait une langue planétaire dont l’apprentissage s’impose en Afrique francophone.
 
«Si vous ne parlez pas anglais, il vaut mieux ne pas vous éloigner de la case de votre mère…Vous avez des anglophones dès que vous ouvrez la porte de votre case», conseille-t-il dans une tribune publiée sur le site Faso.net.
 
Même l’administrateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Clément Duhaime, ne dit pas le contraire. Il reconnaît qu’il s’agit d’un enjeu géopolitique extrêmement important pour les prochaines années.
 
«On ne peut pas reprocher à ces pays de faire le choix de donner à leurs jeunes générations un maximum d’atouts pour contribuer au développement de leurs pays. Et ça passe par l’apprentissage de plusieurs langues…C’est un choix d’ouverture sur le monde», a-t-il déclaré au micro de France Culture.
 
Un phénomène irréversible
En Afrique de l’Est, le Burundi a aussi choisi de suivre cette voie. Depuis août 2014, l’anglais est appelée à devenir langue officielle du pays, au même titre que le kirundi et le français. Et son enseignement sera dispensé dès la première année du primaire.
 
Le Burundi se défend d’adopter l’anglais pour exclure le français. Mais que ce soit à Bujumbura, à Kigali, à Libreville comme à Cotonou, l’arrivée en force de l’anglais dans l’enseignement primaire fera perdre sa place prépondérante à la langue de Molière. Un phénomène qui devrait s’accélérer dans les prochaines années