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L’Egypte refuse au responsable palestinien Jibril Rajoub l’entrée sur son sol

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 03/03/2017 à 10H06, mis à jour le 03/03/2017 à 10H06

Le patron football palestinien
Le président de la Fédération de football palestinien, Jibril Rajoub, lors d'une conférence de presse à l'Académie Joseph Sepp Blatter de Ramallah, en Cisjordanie, le 12 octobre 2016. © Issam Rimawi/ANADOLU AGENCY/AFP

Un responsable palestinien interdit d’entrée sur le sol égyptien. Le geste n’est pas anodin, dès lors qu’il s’agit de Jibril Rajoub, proche du président Mahmoud Abbas et chef de la Fédération palestinienne de football. Les autorités égyptiennes n’ont fourni aucune explication, mais la mesure est symptomatique de la crise qui couve entre le président égyptien et le chef de l’Autorité Palestinienne.


Jibril Rajoub est une personnalité palestinienne connue. Ancien chef des services de renseignements de Cisjordanie, chef de la Fédération palestinienne de football et plus généralement patron du sport palestinien, il a été élu en décembre 2016 membre du Comité central du Fath, le parti du président Mahmoud Abbas, dont il fait figure de successeur potentiel parmi d’autres.

Jibril Rajoub refoulé vers la Jordanie d'où il arrivait 
Un pedigree qui n’a pas empêché l’administration du président Sissi de refuser à ce proche du président de l’Autorité palestinienne l’accès au territoire égyptien, le 28 février 2017.
 
«J’étais attendu à l’aéroport par le ministre de la Jeunesse et des Sports et j’ai été surpris de me voir refuser l’entrée en Egypte», a expliqué à l’AFP Jibril Rajoub, qui a été renvoyé sur champ par le même avion en Jordanie.
 
Il était accompagné du ministre palestinien de la Justice, Ali Abou Diak, pour participer à une conférence sur la lutte contre le terrorisme organisée par la Ligue arabe dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh sur la mer Rouge. Après son intervention, le ministre s’est retiré en signe de protestation et de solidarité avec Rajoub.
 
De son côté, un responsable de l’aéroport a indiqué que l’entrée de Jibril Rajoub avait été refusée «sur instruction d’un des services de sécurité» égyptiens, sans fournir plus de précision sur les motifs.

«Je ne sui ni al-Baghdadi, ni le chef d'Ansar Beït al-Maqdis» 
Dans un entretien avec la chaîne satellitaire Dream, Jibril Rajoub a redit son étonnement devant un telle décision. «Je ne suis ni Abou Bakr al-Baghdadi, ni le chef de Ansar Beït al-Maqdis », a-t-il dit en allusion à un groupe de djihadistes égyptiens qui ont fait allégeance à Daech.
 
«Je suis un Palestinien du Fath, et j’espère que cette mesure n’est pas en rapport avec des choix égyptiens concernant notre situation intérieure ou nos relations avec l’Egypte» a-t-il encore précisé.
 
Interrogé sur le fait de savoir si cette interdiction était liée à des critiques formulées contre l'Egypte par Abou Mazen (surnom de Mahmoud Abbas) ou à son alignement sur l’axe Qatar-Turquie, avec lequel le Caire entretient des relations exécrables, Jibril Rajoub s’est emporté, affirmant que l’Autorité palestinienne demeurait dans le camp de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite.
 
Cet épisode vient en tout cas illustrer les tensions dans les relations entre les pouvoirs égyptiens et palestiniens en raison notamment du rapprochement opéré ces dernières semaines entre le Caire et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

Le Caire compte sur le Hamas pour sécuriser le Sinaï 
Les autorités égyptiennes ont en effet assoupli les restrictions au point de passage avec la bande de Gaza, sous blocus israélien. Camions de vivres et autres fournitures ont été autorisées à entrer dans le réduit palestinien en échange de mesures contre les islamistes égyptiens du Nord-Sinaï.
 
Le Caire demande au Hamas d’empêcher les djihadistes de la péninsule d’entrer et de sortir dans cette région, où des centaines de membres de la sécurité égyptienne ont été tués depuis le renversement des Frères musulmans en 2013 par le Général Sissi, devenu président depuis.
 
Le mouvement islamiste a répondu présent. Il a renforcé au cours de l’année écoulée les mesures de sécurité le long de sa frontière avec le Sinaï.
 
Un arrangement qui pourrait toutefois se révéler de courte durée avec le changement intervenu à la tête du Hamas, attestant d’une radicalisation face à l’Etat hébreu.