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L'émeraude de Zambie, un trésor très convoité

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 23/01/2018 à 10H21, mis à jour le 23/01/2018 à 11H33

Emeraude
Emeraude © Monique Berger / Biosphoto

En janvier 2018, le groupe minier britannique Gemfields et la société Fabergé qu’il détient depuis 2013 ont dévoilé un laser permettant la traçabilité des émeraudes. Notamment celles exploitées dans la mine Kagem en Zambie. De son côté, Lusaka tente de limiter la contrebande et les mines illégales. Et attend des retombées économiques de l’exploitation de la pierre verte.


En 1931, un premier gisement d’émeraudes était découvert en Zambie. Dans les années 70, un autre, celui de Kamakanga, a été mis au jour dans la région de la Copperbelt, à la frontière de la République Démocratique du Congo. Aujourd’hui, la Zambie, connue pour ses mines de cuivre, est devenue le principal pays producteur de la précieuse gemme vert-bleutée, avec la Colombie. Trois grosses mines assurent la majorité de la production.
 
«En 2016, ce pays d’Afrique australe a produit 74,7 tonnes d’émeraude et de béryl (comme l’aigue-marine, NDLR), en hausse de 42% par rapport à 2015», selon l’agence Ecofin. Un secteur qui rapporte quelque 200 millions de dollars par an. Les cours de l’émeraude ont été multipliés par dix depuis 2009.

400 mines artisanales 
La société britannique Gemfields, le plus important fournisseur de pierres précieuses au monde (qui possède également 50% dans la mine zambienne d’améthystes Kariba), produit quelque 25% de l'offre mondiale d'émeraudes. Elle détient 75% de la mine Kagem, les 25% restants appartenant à l’Etat zambien.

Mais d’autres poids lourds se sont positionnés sur ce secteur, comme le milliardaire israélien magnat du diamant, Lev Leviev, qui a racheté 50% des parts de la mine Grizzly, également située dans la province zambienne de la Copperbelt, en juin 2017, selon La Tribune.

Le reste de la production est issue de 400 mines artisanales auxquelles le gouvernement a donné une licence d’exploitation. Mais leurs propriétaires manquent souvent de capitaux pour investir dans des matériels d’exploration et d’extraction. Ils déplorent le manque de soutien de l’Etat zambien. 

Vue aérienne mine Kagem en Zambie
Vue aérienne de la mine Kagem, en Zambie © Capture d'écran/Gemfields

Des trafics en tout genre
Victor Kalesha, secrétaire général de l'Association minière d'émeraudes et de pierres semi-précieuses de Zambie, cité par Al-Jazeera, raconte que «les mineurs d'émeraudes à petite échelle ont reçu un financement de 30 millions d'euros (40,6 millions de dollars) de l'Union européenne, mais (…) le programme a échoué parce que les conditions étaient trop strictes pour que les mineurs en difficulté puissent les obtenir.»

En 2013, Lusaka avait envisagé l'interdiction de vendre les gemmes zambiennes hors du pays pour tenter de réglementer un secteur noyauté par des activités illégales. Et pour permettre aux recettes des ventes en Zambie même de rentrer dans les caisses de l’Etat plutôt mal-en-point. Les circuits de l’émeraude manquent en effet de transparence, et une société comme Gemfields a fait de la traçabilité de ses pierres un argument marketing.

Selon Les Echos, la Zambie n'est pas «épargnée par le racket, la contrebande et les trafics en tout genre. Dans ce pays, Gemfields perdrait chaque année entre 15 et 20% de son chiffre d'affaires à cause des vols et détournements d'émeraudes.» 

Daniel Nyfeler, géologue et directeur des laboratoires Gübelin Gem Lab spécialisés dans la traçabilité des pierres précieuses (un rapport des hautes études de Genève en détaille les contours), confirme dans Le Temps: «Le marché est complètement fragmenté et non transparent. L’émeraude est encore souvent extraite dans des petites mines artisanales qui échappent à tout contrôle et réglementation. Le cheminement de la pierre, de la mine à la vitrine, est d’une grande opacité.»

A la recherche d'investissements
En 2017, le gouvernement a changé sa politique d'actionnariat pour permettre aux investisseurs étrangers de détenir des parts majoritaires dans des projets miniers lorsqu'ils s'associent à des Zambiens. Jusqu’à cette date, ces derniers devaient posséder 51,5% des parts, tandis que les investisseurs étrangers étaient minoritaires, selon Zambia Daily Mail.

Aujourd’hui, si le secteur est encore opaque, les investisseurs chinois sont tout disposés à faire des partenariats avec les propriétaires locaux. Mais d’après Victor Kalesha, leurs conditions d'investissement seraient défavorables aux sociétés zambiennes…