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Politique,  Ethiopie,  Afrique

L'Ethiopie annonce la libération de 746 nouveaux prisonniers

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 09/02/2018 à 16H25, mis à jour le 09/02/2018 à 16H42

Merera Gudina président Congrès fédéraliste Oromo parti d'opposition.
Emprisonné en 2016, Merera Gudina, le président du Congrès fédéraliste Orom (OFC), parti d'opposition éthiopien, a été libéré le 17 janvier 2018. © CHRIS STEIN / AFP

En Ethiopie, où les autorités sont souvent accusées de bafouer les libertés et de museler les opposants politiques, 746 prisonniers vont être libérés. Parmi eux, figurent des journalistes dont Eskinder Nega et un responsable de l'opposition, Anduale Arage. Le premier, arrêté en 2011, avait été condamné à 18 ans de prison. Le second, membre de l'UDJ, purgeait une peine à perpétuité.


Une liste de 746 prisonniers à gracier a été transmise, le 8 février 2018, par le bureau du procureur général au président Malatu Teshome. Seul ce dernier a le pouvoir d'autoriser la libération de ces personnes. Elles sont accusées pour la plupart d'avoir pris part à des manifestations contre les expropriations d'Oromos, manifestations qui se sont tranformées au fil du temps en rassemblements anti-gouvernement.

Le 3 janvier 2018, le gouvernement  éthiopien avait annoncé sa décision de libérer et gracier des membres de l'opposition afin de «favoriser la réconciliation nationale», selon les termes du Premier ministre, Hailemariam Desalegn. Ceux qui ont déjà été condamnés seront graciés, tandis que les charges pesant contre ceux qui sont en instance de jugement seront abandonnées, avait alors annoncé le chef de gouvernement sans toutefois préciser la date de l’amnistie, ni le nombre et l'identité des prisonniers concernés.
 
Près de 6.000 prisonniers, dont Merera Gudina, l'un des principaux dirigeants de l'opposition, ont été libérés en 2018 dans le cadre de réformes visant à apaiser les tensions dans ce pays de la Corne de l'Afrique. A peine libéré, le 17 janvier 2018, le président du Congrès fédéraliste Oromo (OFC, parti d'opposition), emprisonné depuis fin 2016, a appelé le gouvernement à négocier avec les organisations politiques pour conduire l’Ethiopie vers une démocratie et l’unité nationale.

L'Ethiopie est secouée par des violences depuis près de trois ans. Elles ont fait près de 700 morts en 2015 et 2016, selon une enquête demandée par le Parlement où l'opposition n'est pas représentée.

Le «fédéralisme ethnique» en échec
Des affrontement interethniques à la frontière entre les régions Oromia et Somali, dans l'est du pays, et le déplacement de personnes à grande échelle, inquiètent l'Union européenne qui a décidé, en décembre 2017, l'ouverture d'enquêtes indépendantes. Selon Le Monde, ces violences illustrent l'échec du système de «fédéralisme ethnique», mis en place pour offrir un degré d’autonomie aux différentes communautés du pays, divisé depuis 1995 en neuf régions administratives.

Le pouvoir central est dirigé par le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE), une coalition de quatre groupes politico-ethniques: le Mouvement démocratique national Amhara, le Front de libération du peuple du Tigré, le Front démocratique du peuple Oromo et le Front démocratique des peuples, nations et nationalités du Sud. Mais le Mouvement démocratique national Amhara et le Front démocratique du peuple Oromo sont en désaccord sur le degré de privilèges à accorder aux Oromos à Addis-Abeba, capitale fédérale éthiopienne multiethnique. Laquelle ne compte que 20% d'Oromos, ethnie majoritaire représentant un tiers de la population totale (plus de 100 millions d'habitants) de l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent africain.