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L'expulsion vers le Ghana: l’ultime peine du «trader voyou» Kweku Adoboli?

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 03/09/2018 à 14H03

Kweku Adoboli se rendant à son procès 20 septembre 2012
Kweku Adoboli se rendant à son procès le 20 septembre 2012, à Londres (Grande-Bretagne). © BEN STANSALL / AFP

L'ancien trader ghanéen Kweku Adoboli, qui vit en Grande-Bretagne depuis 26 ans, risque d'être renvoyé dans son pays natal. Son crime: une fraude bancaire qui a causé 2,3 milliards de dollars de pertes à la banque suisse UBS et qui, surtout, lui a valu une peine de prison de sept ans. Kweku Adoboli, libre depuis 2015 pour bonne conduite, tente d'éviter d'être banni de sa patrie d'adoption.

 
L'expulsion. C’est l’épée de Damoclès qui pèse sur Kweku Adoboli, résident britannique de nationalité ghanéenne qui a écopé en novembre 2012 d'une peine de sept ans d'emprisonnement pour fraude, la plus importante qu'ait connue la Grande-Bretagne dans le domaine bancaire. Les agissements de l'ex-courtier de la City ont fait perdre 2,3 milliards de dollars à son employeur, la banque suisse UBS.

Prenant des risques de plus en plus gros, le trader avait effectué des opérations fictives et menti à ses supérieurs en espérant sortir de la spirale dans laquelle il s'était peu à peu enfoncé jusqu'à son arrestation le 15 septembre 2011. Il a recouvré la liberté en 2015 pour bonne conduite, n'effectuant ainsi qu'un peu moins de la moitié de sa peine. 

Répit
Après sa dernière tentative judiciaire pour casser la procédure d'expulsion (elle a été rejetée le 13 août 2018) dont il fait l'objet, le citoyen ghanéen de 38 ans y a tout de même échappé le 20 août 2018 lors de son contrôle mensuel par la police écossaise. Un bref répit pour Kweku Adoboli.


Depuis le verdict de son procès, l'ancien courtier est sous le coup d'une loi qui permet aux autorités britanniques de renvoyer dans leur pays d’origine les immigrés qui ont été condamnés à plus de quatre années d'emprisonnement.

La procédure a été officiellement enclenchée le 22 juillet 2014, comme le rappelle un courrier de la ministre britannique de l'Immigration Caroline Nokes en réponse à une lettre de la députée écossaise Hannah Bardell à la Première ministre Theresa May en faveur de Kweku Adoboli. Mais la procédure devrait suivre son cours.   
 

Eduquer en s'appuyant sur son parcours
Kweku Adoboli et ses proches organisent tant bien que mal sa défense. Il a ainsi lancé un site de financement participatif pour payer ses frais de justice. Plus largement, une campagne baptisée #KeepKweku tente de contrer la décision des autorités britanniques. 

Pour s'y opposer, Kweku Adoboli, ses avocats et ses soutiens soulignent que la Grande-Bretagne accueille l'ancien courtier depuis vingt-six ans et qu'il peut s'avérer encore utile à sa patrie d'adoption. Il est arrivé dans le pays à l'âge de 12 ans et n'a plus vécu au Ghana, où il est né, depuis qu'il a 4 ans.

«Le Home Office (ministère de l'Intérieur britannique) s’efforce de l'exiler vers le Ghana, loin d'un pays (la Grande-Bratagne) qu'il considère comme sa patrie et de ses amis les plus proches», peut-on lire sur le site de sa campagne de financement où il est qualifié de «lanceur d'alerte».

Celui que l’agence Ecofin a surnommé «le jumeau britannique de Jérôme Kerviel» s'est repenti et justifie ainsi son souhait de demeurer en Angleterre. «Grâce à son travail, est-il également écrit sur son site, Kweku met au défi les dirigeants et les organisations d’aller au-delà des stéréotypes sur les "brebis galeuses" afin d'examiner la façon dont le contexte et l’environnement façonnent la prise de décisions. Kweku est dans une position unique pour le faire, mais le Home Office est en train de l'en empêcher.»


Bannissement
Kweku Adoboli ne ménage pas ses efforts en matière de sensibilisation. «Depuis sa libération, explique un article du Financial Times (dont l'accès peut être limité), (Kweku) Adoboli a passé son temps à s'adresser à tous les publics, des étudiants aux chefs d'entreprises sur la réforme bancaire et celle du leadership et sur la manière de prévenir la répétition (de son affaire)». A ce titre, précise la revue, il a collaboré avec le Financial Times et le Forward Institute, une ONG dont l'objectif est d'améliorer la confiance dans les institutions. 

S'il est renvoyé de Grande-Bretagne, Kweku Adoboli ne devrait plus pouvoir remettre également les pieds en Europe ou en Amérique du Nord. Le ressortissant ghanéen, qui vit aujourd'hui à Edimbourg en Ecosse, avait le statut de résident permanent en Angleterre, indique le Financial Times. Celui que l'accusation a qualifié de «trader voyou» pendant son procès n'a jamais fait aucune démarche pour devenir citoyen britannique.