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Boko Haram «à bout de souffle» dans le bassin du lac Tchad

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 04/03/2017 à 10H02, mis à jour le 04/03/2017 à 11H53

Soldats brigade force opérationnelle nigériane à Maiduguri
Les soldats de la force opérationale de l'armée nigériane se déplacent à moto pour assurer la sécurité dans la région de Maiduguri où sévit Boko Haram. © Photo AFP

Le Conseil de sécurité de l’ONU visite les pays du bassin du lac Tchad du 3 au 7 mars. Une région ravagée par la secte islamiste Boko Haram. Le groupe serait très affaibli militairement, mais la région qui comprend le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad est plongée dans une grave crise humanitaire.


Depuis janvier 2017, la secte islamiste Boko Haram a multiplié embuscades et attentats-suicides dans le nord-est du Nigeria. C’est là que le groupe djihadiste avait lancé ses attaques il y a sept ans, transformant cette région en véritable abattoir.
 
Entre le 25 février et le 1er mars, 7.000 personnes se sont regroupées dans la ville de Chibok, cherchant une protection après des attaques contre leurs villages. Le 17 février, sept kamikazes, dont six femmes, se sont encore fait exploser dans la ville de Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno, sans faire de victimes.
 
«Les attentats-suicides, un signe de faiblesse»
Pourtant, le pouvoir d’Abuja affirme que les djihadistes sont aux abois. «Je crois que la guerre est finie», affirme le gouverneur de l’Etat de Borno. «Il y a deux ans, Maiduguri était sur le point de tomber aux mains de Boko Haram. Vous n’auriez pas osé aller à 15 km de Maiduguri, sinon vous étiez dans le territoire de Boko Haram. Maintenant, ils n’ont plus la capacité de contrôler des territoires au Nigeria. Ils lancent des attentats-suicide. C’est un signe de faiblesse», confie à l’AFP le gouverneur de l’Etat du Borno.
 
Les villes et les villages repris par l’armée ont été vidés de leurs résidents pour qu’ils ne deviennent plus des refuges pour les djihadistes ou que les habitants ne soient plus kidnappés en masse pour alimenter les rangs du groupe. Ils sont sous le contrôle de l’armée.
 
«Chaque villageois, même les femmes et les enfants de plus en plus utilisés comme bombes humaines, est une menace potentielle dès lors qu’il n’est pas sous surveillance militaire», analyse James Adewumni Falode, un chercheur nigérian spécialiste du conflit.

Déplacés internes nigérians dans camp Dikwa

Des déplacés internes nigérians fuyant les attaques de Boko Haram ont trouvé refuge le 14 février 2017 dans le camp de Dikwa. Ils manquent de nourriture, d'eau potable et de soins médicaux. © Photo AFP/Florian Plaucheur


Des combattants de Boko Haram en errance au Niger
En juillet 2016, le Niger, le Tchad et le Nigeria ont lancé quasi simultanément des opérations de ratissage contre les fiefs de Boko Haram. Elles ont permis de libérer plusieurs localités autrefois occupées par la rébellion djihadiste. Son flux logistique a été totalement désorganisé. Résultat: Boko Haram serait «totalement en déperdition dans l’est du Niger». Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, parle d’un nouveau tournant dans la guerre contre la secte islamiste. Des dizaines de combattants nigériens du groupe ont déposé les armes.
 
«Boko Haram est affaibli en son cœur au Nigeria. L’organisation est aussi affaiblie en sa périphérie dans les zones comme celle où se passent les combats au Niger», assure le chef de la diplomatie nigérienne. Il a annoncé des dizaines de redditions dans la région de Djiffa, au sud-est du Niger, proche du Nigeria.
 
«Tu ne fais que tuer tes parents...»
L’envoyé spécial du journal  Libération a pu rencontrer des jeunes repentis de Boko Haram à Djiffa, dans le sud-est, où ils attendaient leur transfert vers un camp de réinsertion. Parmi eux, un jeune Nigérien de 26 ans affirme qu’il avait 50 hommes sous son commandement. Pendant deux ans, il a écumé le nord-est du Nigeria. Il dit regretter d’avoir tué des gens inutilement.
 
«Oui j’ai tué beaucoup de gens à la guerre… Tu ne fais que tuer tes parents, ton frère, tes amis. C’est entre nous, toujours, qu’on fait cette guerre. Ça ne sert à rien. Alors, je me suis rendu aux autorités», raconte-t-il. Si certains déserteurs reconnaissent avoir été attirés par l’argent promis par le groupe djihadiste, d’autres affirment avoir été enrôlés de force.
 
«Ils sont venus me prendre en pointant une arme. Ils ont dit qu’on allait faire le travail de Dieu et j’ai passé environ un an et demi avec eux», témoigne un repenti de 45 ans qui se garde de préciser qu’il était chargé de confectionner des gilets d’explosifs utilisés pour les attentats-suicides. Ils étaient environ 2000 à opérer sur le lac Tchad avant d’être chassés par l’armée nigériane.
 

L’une des plus graves crises humanitaires
L’offensive militaire menée par les pays du bassin du lac Tchad semble porter ses fruits. Mais Boko Haram a plongé cette région dans une crise humanitaire sans précédent qui touche quelque 21 millions de personnes réparties dans quatre pays: le Nigeria, leTchad, le Cameroun et le Niger. Pour la première fois, les 15 ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU sont sur le terrain pour évaluer les dégâts et l'aide à apporter aux populations éprouvées.