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L’Iran menace d'une intifada sanglante le Bahreïn, allié de l'Arabie Saoudite

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 22/06/2016 à 16H47, mis à jour le 23/06/2016 à 09H22

Portrait cheikh Issa Qassem
Un portrait de cheikh Issa Qassem, plus haut dignitaire chiite de Bahrein, brandi par un manifestant lors d'un sit-in pacifique devant son domicile, le 20 juin 2016, après sa déchéance de nationalité par les autorités sunnites du pays. © Sayed Baqer AlKamel/NurPhoto/AFP

Nouveau coup de chaud dans les relations déjà en ébullition entre les pétromonarchies du Golfe et la République Islamique d’Iran. Après la déchéance de nationalité du plus haut dignitaire chiite de Bahreïn, Téhéran a mis en garde ce royaume sunnite contre une «intifada sanglante» et Ryad a assuré le régime de Manama de «sa solidarité», précisant avoir pris des mesures pour préserver sa stabilité.


C'est en champion de la cause chiite au Proche-orient que l’Iran a été le premier pays à réagir à la déchéance de nationalité de la plus haute autorité religieuse chiite à Bahreïn. Sitôt connue, cette mesure frappant le cheikh Issa Qassem, accusé d'«encourager le confessionnalisme» et de «servir des intérêts étrangers», a suscité une réaction violente de la part du général Qassem Suleimani.

Le franchissement d'une ligne rouge qui va «enflammer Bahreïn et toute la région» 
Pour le responsable des Gardiens de la révolution, chargé de la stratégie d’exportation de la révolution iranienne, le régime de Manama «sait sûrement que l’agression contre l’ayatollah (sic) Issa Qassem est une ligne rouge qui, une fois franchie, va enflammer Bahreïn et toute la région».
 
Plus grave encore, il prévient le pouvoir sunnite du royaume sur une popuplation en majorité chiite «qu’insulter l’ayatollah et poursuivre une répression intense sur le peuple de Bahreïn va marquer le début d’une sanglante intifada».
 
Dans un communiqué séparé, le corps des Gardiens de la révolution a même estimé que «la décision déraisonnable des Khalifa (famille régnante à Bahreïn) attisera la flamme d’un mouvement révolutionnaire islamique et façonnera une rébellion dévastatrice contre les dirigeants, sous dépendance, de ce pays».

Le Hezbollah appelle les Bahreïnis à exprimer leur colère 
Une mise en garde aussitôt imitée par le Hezbollah. Rendue furieuse par la décision bahreïnie, la milice chiite libanaise d’obédience iranienne a exhorté les Bahreïnis à exprimer «leur colère et leur mécontentement» contre un régime «parvenu à une impasse» dans la répression de la contestation.
 
De son côté, l’Arabie Saoudite, fer de lance de l’opposition à l’expansionnisme iranien dans les pays arabes, a aussitôt assuré ce royaume insulaire, relié à la péninsule arabique par le pont du roi Fahd, de sa solidarité et de son soutien à la préservation de «sa sécurité et sa stabilité».
 
Consciente du risque de dérapage dans une région agitée par plusieurs conflits en Irak, en Syrie et au Yémen, mettant aux prises Téhéran et Ryad, la communauté internationale a réagi elle aussi, à contre-courant du jeu d’alliance dans la région.
 
Evoquant «une décision arbitraire» du royaume allié où mouille la Ve flotte américaine, Washington s’est dit «profondément troublé par cette pratique du gouvernement bahreïni». Le département d’Etat a même rappelé que la diplomatie américaine prônait «la réforme et la réconciliation» pour résoudre les différends politiques du royaume.

La communauté internationale préoccupée par les conséquences 
Dans un communiqué du Quai d’Orsay, la France s’est dite préoccupée par la décision de Manama et appelle «les responsables de la région à tout faire pour éviter l’exacerbation des tensions».
 
«Préoccupé» également par «l’intensification de la répression des libertés d’expression et d’association», le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme a demandé aux autorités bahreïnies de «désamorcer la situation au lieu de prendre des mesures dommageables».
 
Ravina Shamdasanin, porte-parole du Haut commissariat, a même lancé un appel à «la libération de tous ceux qui ont été détenus pour l’exercice de leurs droits humains».
 
Dans ce pays, entré en février 2011 dans le tourbillon des printemps arabes et la spirale de la répression, l’ONG Human rights watch déplore en effet 208 déchéances de nationalité et au moins 5 expulsions vers l’étranger, généralement vers l’Iran, l’Irak ou le Liban, selon les milieux de l’opposition.

Le Maroc reprend ses distances avec l'Iran  
Deux jours après la mesure prise par Manama à l’encontre de cheikh Issa Qassem, l’intifada sanglante prédite par Téhéran n’a toujours pas eu lieu. Elle a en revanche fait une victime collatérale dans les relations entre la République islamique et les pays arabes.
 
Rabat qui avait opéré un rapprochement avec l’Iran en 2015, après une rupture des relations diplomatiques de huit ans, a repris ses distances. Selon le site Ya biladi, «l’embellie n’a pas résisté longtemps au dictat des alliances stratégiques du royaume avec les monarchies du Golfe».

Le ministère marocain des Affaires étrangères a pris fait et cause pour le pouvoir à Bahreïn en soulignant «le droit des autorités bahreïnies à prendre les mesures appropriées pour préserver son unité nationale».