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L’Ouganda accueille plus d’un million de réfugiés sud-soudanais

Par Maïder Gérard@GeopolisAfrique | Publié le 21/08/2017 à 17H38, mis à jour le 21/08/2017 à 18H06

Camps réfugiés Bidi Bidi au nord l'Ouganda
Le camps de réfugiés de Bidi Bidi dans le nord de l'Ouganda est le plus important du monde. Il accueille plus de 270.000 personnes qui ont fui la guerre civile au Soudan du Sud.  © Ben Curtis/AP/SIPA

Le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies a annoncé jeudi 17 août 2017 que plus d’un million de réfugiés sud-soudanais, fuyant la guerre, avaient trouvé refuge en Ouganda. Les capacités d'accueil de ce pays, où vit désormais le plus grand nombre de réfugiés en Afrique, arrivent à saturation.

« L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés réitère aujourd’hui son appel à la communauté internationale en vue d’obtenir un soutien supplémentaire d’urgence pour la situation des réfugiés du Soudan du Sud et l’Ouganda en particulier, où le nombre de réfugiés sud-soudanais vient d’atteindre un million », a déclaré le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) le 17 août 2017 dans un communiqué. Avec plus d'un million de Sud-Soudanais dans le pays, l'Ouganda accueille désormais le plus grand nombre de réfugiés du continent.


Sur les douze derniers mois, en moyenne 1.800 sud-soudanais ont traversé chaque jour la frontière avec l’Ouganda. Pour fuir la guerre, ces habitants se réfugient aussi au Soudan, en Ethiopie, au Kenya, en République démocratique du Congo (RDC) ou en République centrafricaine. Au total, c’est un tiers des 13 millions d’habitants qui ont quitté le pays.

Une guerre civile féroce
Depuis décembre 2013, le Soudan du Sud est plongé dans une violente guerre civile. Moins de trois ans après son indépendance, le pays se déchire à cause d’une lutte de pouvoir entre le vice-président Riek Machar et le président Salva Kiir, issus de deux ethnies rivales. La guerre civile a entraîné une grave crise alimentaire, une épidémie de choléra et de dizaines de milliers de morts.

«Les personnes arrivées récemment continuent de parler de violence barbare, avec des groupes armés qui apparemment incendient des habitations avec des civils à l’intérieur, tuent des gens devant leur famille, se livrent à des agressions sexuelles et enlèvent les garçons pour les enrôler de force», rapporte le HCR. A cause de ce chaos et du départ de nombreux agriculteurs, la moitié du pays, soit près de 7 millions de personnes, souffre de famine. Le Soudan du Sud connaît l’une des plus importantes crises humanitaires d’Afrique.

Des coupes budgétaires dans l’aide à l’alimentation
L’Ouganda, reconnu comme une terre d’accueil pour les réfugiés, commence cependant à connaître des difficultés face à l'afflux de Sud-Soudanais. Depuis 2006, le pays a mis en place une politique d’accueil généreuse pour les personnes qui fuient les nombreux conflits régionaux. Cette loi accorde à chaque famille de réfugiés deux parcelles de terre, l'une pour y habiter et l'autre à cultiver en attendant que les personnes puissent retourner dans leur pays d’origine.


Mais face à l’arrivée massive de Sud-Soudanais, ce système arrive à bout de souffle. Les parcelles attribuées aux réfugiés se réduisent comme peau de chagrin, jusqu’à parfois être totalement supprimées pour les derniers arrivants. Le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l'ONU, à court de financement, souffre de sévères coupes budgétaires. Depuis le mois de juin 2017, il a notamment dû diminuer de moitié les rations de nourriture distribuées aux réfugiés sud-soudanais en Ouganda.

Le HCR prévient : «Avec l’arrivée des réfugiés par milliers, la quantité d’aide que nous pouvons distribuer diminue de jour en jour.» La PAM estime ses besoins financiers à 674 millions de dollars (576 millions d’euros) cette année, mais regrette que seul un cinquième de ce montant ait été jusqu’ici accordé.

«Nous ne voyons pas vraiment quand cela va prendre fin»
Le manque de nourriture pousse les populations de réfugiés à se tourner vers la petite délinquance, ou même la prostitution, pour obtenir de l’argent ou de quoi manger. Les organisations humanitaires présentes dans le pays réclament donc davantage de présence policière pour patrouiller dans les camps. Et les populations locales commencent, elles aussi, à montrer des signes de mécontentement. Des manifestations ont eu lieu pour protester contre l’occupation de certains emplois par les réfugiés.


Pour autant, la situation ne semble pas prête de s’arranger au Soudan du Sud. Les organisations humanitaires craignent au contraire une aggravation des violences et une poursuite de la famine actuelle. Bik Lum, chef du HCR à Arua dans le nord de l’Ouganda, la région où se trouve Bidi Bidi, le plus grand camp de réfugiés au monde avec 270.000 habitants, s’inquiète : « Nous avons encore de nouveaux arrivants et nous ne voyons pas vraiment quand cela va prendre fin. »