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L’ouverture des frontières aux réfugiés : un geste qui a duré 15 jours?

Par Falila Gbadamassi et Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 01/02/2016 à 17H41, mis à jour le 01/02/2016 à 17H41

Barbelés entre l'Autriche Slovénie
Pose d'une barrière entre l'Autriche et la Slovénie. Vienne tente de limiter l'arrivée de migrants sur son sol (9 décembre 2015). © JOE KLAMAR / AFP

Les pays européens prennent tour à tour des mesures pour fermer leurs frontières. Même les plus accueillants comme l’Allemagne et la Suède. En quatre étapes, comment la politique migratoire européenne est en passe de se transformer mettant à mal les règles de Schengen avec en bout de chaîne la Grèce qui fait office de bouc émissaire.


Depuis le début de la «crise des migrants», l’Europe, désunie, n’a cessé de réagir au coup par coup face à l’arrivée de centaines de milliers de personnes sur les côtes italiennes et surtout grecques. Au fil des arrivées, les Etats modifiaient leurs positions, demandant l’application à la lettre des règles de Schengen ou les détournant, ouvrant ou fermant leurs frontières, en fonction du flot de réfugiés avant de s’orienter, aujourd’hui, vers une fermeture généralisée.
 
Début de l’été 2015, le flot d’immigrants arrivant sur les îles grecques ne cesse de grossir. Les images se multiplient. Mais il faut attendre l’arrivée de ces réfugiés aux frontières de la Hongrie, de l’Autriche ou de l’Allemagne pour que les Etats européens commencent à vraiment réagir.
 
Alors que les routes et les trains des Balkans se gorgent de réfugiés, les Européens se divisent sur la politique à appliquer. L’image de la mort du petit Eylan début septembre 2015 provoque un choc et entraîne l’ouverture des frontières au sein de Schengen… frontières qui se referment aujourd’hui. Retour en quatre phases sur une crise loin d’être terminée.

Schengen rien que Schengen
Symbole des difficultés de la politique migratoire européenne : Angela Merkel. A la mi-juillet, la chancelière allemande était apparue embarrassée lors d'un débat retransmis à la télévision où elle avait été confrontée à une jeune Palestinienne privée de droit d'asile.
 
La chancelière avait fait pleurer la jeune fille en affirmant que c’est dur d’être un homme politique tout en refusant de lui accorder l’asile. 

Angela Merkel et une jeune palestinienne

Avant de changer de position, Angela Merkel pronait la fermeté.
 
Au même moment, les pays du groupe de Visegrad (ex-Europe de l’Est) campaient sur leur position de refuser tout migrant en s’opposant aux quotas souhaités par Bruxelles qui tentait de trouver une réponse communautaire à l’arrivée des migrants.
 
Le mot d’ordre était à l’application stricte des règles de Schengen. Aux pays gardiens des frontières extérieures de l’Europe de gérer la question migratoire. Une position qui s’effondre rapidement sous le flot incessant de migrants.

L’Allemagne donne le signal de l’ouverture des frontières
Pendant que l’Europe discute sur comment endiguer ou gérer le flot de réfugiés, sur les routes de l’exode entre la Grèce, pays d’arrivée, et l’Allemagne, pays dans lequel veulent se rendre la majorité des migrants, les Etats tentent de s’organiser.

Le 20 août 2015, la Macédoine annonce l'état d'urgence dans ses régions frontalières avant de renoncer à empêcher le passage des migrants. Le 21 août, Merkel change totalement de position. Berlin annonce qu’il arrête de renvoyer les demandeurs d’asile syriens vers le pays par lequel ceux-ci sont entrés dans l’Union européenne (UE). «Pour la Commission, cela constitue une reconnaissance du fait que l’on ne peut laisser les Etats membres situés aux frontières extérieures gérer seuls le grand nombre de demandeurs d’asile cherchant refuge en Europe», se félicite Bruxelles qui constate l’impossibilité de maintenir les règles dites de Dublin (qui définissent les modalités de Schengen).

La situation est dévenue totalement ingérable. Le nombre de migrants aux frontières de l’UE a atteint 340.000 personnes sur les sept premiers mois de l’année 2015, contre 123.500 sur la même période de 2014. La Hongrie, premier pays d'arrivée dans Schengen après la traversée des Balkans, a fermé sa frontière.

 
Le 27 août, les cadavres de 71 personnes sont découverts dans un camion au bord d'une autoroute en Autriche. «Tous les réfugiés arrivés en Autriche en provenance de Hongrie pourront y demander l'asile», annonce la ministre de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner. 

Le 9 septembre, la Commission européenne détaille les quotas de réfugiés par pays, sur la base de 160.000 personnes à répartir. Il s’agit pour l’Union européenne de contourner les règles de Schengen qui veut que théoriquement les migrants doivent s’enregistrer dans les pays extérieurs de l’UE (en pratique, la Grèce). Cette tentative de répartir les migrants s'avèrera un échec total. Seules 272 personnes auraient été placées.

L’Allemagne referme les frontières
A la mi-septembre, l’Allemagne modifie son discours. «L'Allemagne a décidé de réintroduire provisoirement des contrôles aux frontières avec l'Autriche par où arrivent des dizaines de milliers de réfugiés et suspend ainsi les accords de Schengen sur la libre circulation en Europe», relève la presse allemande dès le 13 septembre. En Europe de l'Est, le samedi 12 septembre, des manifestations contre l'immigration ont lieu en Pologne, République tchèque et Slovaquie.  
 
Après cette période d’ouverture, Berlin décide que de nouveau les règles de Dublin doivent s’appliquer pour les migrants. Dans la foulée, la République fédérale adopte en octobre 2015 une série de mesures pour décourager les réfugiés. A compter de novembre, les demandeurs d’asile sont accueillis, pendant une période pouvant aller à six mois dans des «centres de réception initiaux», généralement peu confortables et qui ne facilient en rien l’intégration, souligne Irinnews. Il faut dire qu'entre-temps la cote de popularité de Merkel a chuté.

L'Allemagne, qui a accueilli 1,1million de personnes en 2015, n'est pas la seule à durcir sa politique migratoire. Du nord au sud de l'Europe, les frontières se ferment progressivement

Signature d'un traité à Schengen
Signature d'un traité à Schengen en 1990 (avec Edith Cresson). © AFP

Tous les pays se ferment… et accusent la Grèce
Contrôles, lois nouvelles, barrières. Les pays qui accueillaient le plus de réfugiés comme la Suède ou l'Allemagne édictent de nouvelles règles. 

Fin novembre 2015, les autorités suédoises, qui avaient été jusque-là particulièrement accueillantes, reconnaissent qu’elles sont débordées. Le ministre de l’Intérieur Anders Ygeman annonce que 80.000 migrants pourraient être déportés dans les années qui viennent si leur demande d’asile n’était pas acceptée, selon Vice News. Soit environ 45% des 163.000 réfugiés accueillis en 2015. Par ailleurs, à compter d’avril 2016, les réfugiés, par exemple, n'auront droit qu’à un permis de résidence de trois ans même s’il est renouvelable. 

De même en Norvège, un projet de loi qui sera présenté en février au Parlement prévoit, entre autres, que les réfugiés ne reçoivent plus de liquidités. Ils recevront à la place des bons. Du côté de la Finlande, on envisage la possibilité de faire travailler les réfugiés gratuitement. Les autorités finlandaises envisagent également de renvoyer dans leur pays les migrants qui ne sont pas éligibles à l’asile. En Allemagne, où les événements de Cologne ont marqué les esprits, le gouvernement a annoncé une limitation du rapprochement familial et un verrouillage du droit d'asile pour les Marocains, les Algériens et les Tunisiens.

Plus symbolique encore, l'Autriche a construit un mur grillage à sa frontière avec la Slovénie. 
 
L'ouverture des frontières édictée dans les accords de Schengen ayant du plomb dans l'aile, la commission de Bruxelles pourrait autoriser les Etats membres à prolonger la fermeture de leurs portes. En attendant cette décision ultime, la Grèce est montrée du doigt. Le verrouillage des frontières intérieures européennes mettrait la Grèce dans «une position difficile» sans résoudre le casse-tête migratoire qui se pose à l'Europe, a estimé le ministre grec de la Politique migratoire, Yannis Mouzalas. En effet, avec plus de 40.000 arrivées en janvier, la Grèce ne peut faire face seule