Clap

Erythrée,  Afrique

L'UE sommée d'assouplir ses règles d'accueil envers les réfugiés érythréens

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 19/09/2017 à 17H01, mis à jour le 19/09/2017 à 17H15

Une réfugiée érythréenne à Rome 21 août 2017 après opération police.
Une réfugiée érythréenne sur la Piazza Indépendanza,à Rome, le 21 août 2017, après son expulsion lors d'une opération de police. © ANDREA RONCHINI / NURPHOTO

Le mouvement antiraciste européen (EGAM) a lancé, le 18 septembre 2017, un appel à l'Union européenne pour qu'elle mette «fin à l'oppression des Erythréens» qui sont parvenus à rallier le Vieux Continent. Parmi les signataires, les traqueurs de criminels nazis Beate et Serge Klarsfeld ou l'écrivaine turque Asli Erdogan ainsi qu'une vingtaine de personnalités européennes et érythréennes en exil.


Les Erythréens constituent un des plus gros contingents de migrants au sein de l'Union européenne. En Italie, les expulsions musclées menées par la police se répètent, comme celle d'août dernier, en plein centre de Rome. Depuis quatre ans, l'Italie doit faire face à des arrivées massives de réfugiés fuyant l'Erythrée, pays d'Afrique contrôlé d'une main de fer par le président Issaias Afeworki, ancien chef rebelle au pouvoir depuis l'indépendance en 1993. 


En 2016, la commission d'enquête de l’ONU sur les droits de l'homme demandait au Conseil de sécurité de l’ONU de saisir le procureur de la Cour pénale internationale pour poursuivre les dirigeants actuels de l'Erythrée, jugés responsables d'un système répressif où les citoyens sont arrêtés, détenus, torturés ou portés disparus et tués.

Alors qu'en Italie, 40% des demandeurs d'asile (plus de 350.000 demandes depuis 2014) obtiennent un permis de séjour, il reste encore des dizaines de milliers de dossiers en attente. La situation semble inextricable alors qu'environ 5.000 citoyens érythréens fuient à l'étranger chaque mois, malgré l'interdiction formelle qu'ils ont de sortir du pays avant l'âge de 50 ans.



«Système totalitaire, oppression généralisée de la population, service national à vie, absence totale de liberté, manque de moyens de communication, pas d'avenir autre que la poursuite de l'asservissement: voici l'enfer dans lequel les Erythréens vivent, voici l'enfer que certains d'entre eux tentent de fuir», soulignent les signataires de l'appel dans leur communiqué.

Ce collectif international de militants des droits humains demande à l'UE de mettre «fin de l'oppression des Erytrhéens». En apportant notamment «des modifications de régulations en vue d'un meilleur accueil des réfugiés qui ont réussi à rejoindre l'Europe».

Ces militants réclament également «un profond changement des politiques européennes relative à l'Erythrée, en particulier l'arrêt du versement de centaines de millions d'euros au régime totalitaire en place», ceci «dans l'espoir que cela permettra d'empêcher les Erythréens de fuir leur pays».

Taxe de 2% acquittée par les familles
Les autorités européennes permettent toutefois à l'Erythrée «d'extorquer sous la contrainte une ''taxe de 2%'' des revenus à la diaspora, malgré les condamnations onusiennes de cette pratique», dénoncent les militants, en exigeant la fin de ce racket, directement collecté par l'ambassade. D'autres formes de pressions du régime érythréen exercées sur les déserteurs réfugiés en Suisse, comme l'organisation de voyages illégaux, sont dénoncées dans une enquête de l'hebdomadaire NZZ am Sonntag.


«Cet argent sert davantage à renflouer le régime, au bord du gouffre, qui fonctionne presque sans dettes extérieures, qu’à financer Al-Shabab contre l’Ethiopie», estime l’anthropologue David Bozzini, spécialiste de l’Erythrée, cité par Le temps. Le régime, basé sur la terreur et favorisant la délation entre concitoyens, génère une certaine parnoïa qu'on retrouve en Suisse, explique-t-il. Ce qui avait poussé certains Erythréens à manifester, en 2010, sur la place des Nations à Genève contre les sanctions onusiennes prononcées contre leur pays.

L'Erythrée figure systématiquement aux dernières places des classements internationaux en matière de libertés politiques, d'expression ou de droits humains fondamentaux.