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Culture,  Nigeria

La BBC Nigeria lance un service en pidgin, un couronnement pour le créole local

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 21/08/2017 à 17H09

Dans rues Lagos capitale économique Nigeria 5 mai 2017
Dans les rues de Lagos, la capitale économique du Nigeria, à proximité du marché de Balogun © STEFAN HEUNIS / AFP

C’est un événement dans le monde de l’information. La BBC Nigeria vient d’ouvrir un site en pidgin. C’est un signe de reconnaissance pour cette langue véhiculaire, sans grammaire ni dictionnaire, parlée au Nigeria mais aussi au Cameroun, en Sierra Leone et au Ghana.


La langue n’est pas enseignée. Pire, elle est même proscrite dans certains foyers du pays, les plus aisés, qui ne veulent pas entendre cette altération de l’anglais. Ce «créole» était considéré il y a peu encore, comme le parler des pauvres, des gens peu éduqués. Un mélange de portugais (la langue des premiers arrivés) et d’anglais (celle des colons) qui a également absorbé des mots du patois jamaïcain d’anciens esclaves revenu en Afrique. Au XVII et XVIIIè siècle, elle servait de langue commerciale aux négriers sévissant en Afrique de l’ouest.

En fait, il y a plusieurs pidgins, comme il y a plusieurs créoles. Andrew Hitchcock du United Language Group, nous explique (lien en anglais ) que le pidgin se développe quand un groupe de personnes ne partage pas un langage commun. Le groupe qui a besoin de communiquer, mélange les mots des uns et des autres, voire d’un autre groupe dominant.
 
Langue orale
Mais le fonctionnement est toujours le même. La langue ne s’écrit pas, ne possède pas de grammaire, et son lexique est très limité. Surtout, le pidgin est un mixage de deux langues, non seulement de mots appartenant à chacune, mais aussi de création pure. En raison de son vocabulaire très limité, les locuteurs utilisent la langue «mère» (anglais ou français) pour approfondir la conversation.

A Lagos, la capitale économique du Nigeria, forte d’une agglomération de 21 millions d’habitants, pas moins de 500 dialectes sont parlés. Le «naija», le pidgin local, s’accroit au rythme de l’extension de la mégapole. Il s’est imposé dans la vie quotidienne et beaucoup l’utilisent comme une première langue. Il s’impose également dans le reste du pays, où l’on compte 250 ethnies pour 160 millions d’habitants.
 
Une radio en pidgin
Le pidgin s’est installé partout. Sur les affiches publicitaires dans les rues, et aussi sur les ondes de la radio. Radio Wazobia propose même un journal d’information en naija. «Parce qu’on ne parle qu’en pidgin, la vendeuse du marché, le chauffeur de bus ou le mécano, tout ceux qui n’ont pas d’instruction peuvent écouter nos infos et savoir ce qu’il se passe», explique un animateur de la radio au Guardian .

Au Nigeria, l’anglais s’inscrit définitivement comme la langue de l’élite. Or tout le monde ne se réjouit pas de la reconnaissance du pidgin. «Un anglais approximatif ça va si vous vivez de l’air du temps. Mais qui va embaucher quelqu’un qui ne possède que ce mauvais anglais ?» affirme un linguiste nigérian au Guardian.

Le site de la BBC en pidgin n’est donc pas une lubie. Il s’agit clairement d’aller chercher de nouveaux auditeurs ou lecteurs, en utilisant la seule langue qu’ils connaissent. Mais l’équipe de BBC Nigeria a un sacré défi. Faire passer la langue de l’oral à l’écrit.