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Birmanie (Myanmar),  Asie-Pacifique

La Birmanie, deuxième producteur d'opium de la planète

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 23/12/2013 à 13H31, mis à jour le 26/12/2013 à 10H59

Opium birmanie
Des paquets contenant de l'opium saisi, aux mains des agents de sécurité du Myanmar, le 26 juin 2006. © KHIN MAUNG WIN / AFP FILES / AFP

Le Myanmar (Birmanie) a vu sa production et sa culture d'opium fortement progresser en 2013. Les autorités birmanes ont repoussé de cinq ans, à 2019, l'objectif d'éradiquer la production de drogues dans le pays, deuxième producteur mondial d'opium, après l'Afghanistan.

Les dernières données de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) font état d'une forte hausse de la production d’opium (base de l'héroïne) en Birmanie. Celle-ci a bondi de 26%, soit 870 tonnes, la plus grosse quantité depuis 2002, selon le rapport de l’ONUDC.

La culture du Papaver somniferum, la plante dont l'opium est extrait, s'est accrue de 13% par rapport à 2012. Elle a doublé depuis 2006 après plusieurs années de déclin, passant à 57.800 hectares.

Le pavot à opium est cultivé dans l'est du pays, une région instable où les réformes économiques peinent à se concrétiser. Avec l’aggravation de l'insécurité alimentaire, la production d’opium est devenue une source de revenus encore plus attrayante. Les populations «ont besoin d'alternatives économiques ou alors (elles) continueront à faire pousser de l'opium, par désespoir», explique Jason Eligh, représentant de l'ONUDC en Birmanie.

Les enquêtes menées par l'agence onusienne dans la fameuse région du Triangle d'or (Birmanie, Laos, Thaïlande) révèlent que les revenus tirés du pavot à opium sont vitaux pour les cultivateurs, qui sont en moyenne plus endettés et plus exposés aux pénuries alimentaires. «Notre enquête établit un lien manifeste entre la pauvreté et la culture du pavot», constate M. Eligh. Au Laos, les surfaces cultivées, qui avaient progressé de 37% en 2011, ont diminué en 2013, mais leur niveau reste préoccupant. En Thaïlande, culture et production ont fortement augmenté, mais restent marginales.

Croissance des consommateurs d'héroïne
Par ailleurs, la demande croissante des consommateurs d'héroïne sur les marchés de la région «constitue une autre tendance inquiétante qui pourrait alimenter le redécollage de la culture et de la production», alerte l'ONUDC. Son rapport indique notamment qu’«en Birmanie et au Laos, la consommation d'opium, d'héroïne et d'autres drogues de synthèse reste élevée. Et que le nombre de consommateurs en Chine ne cesse d'augmenter depuis 2007»

Si la Birmanie est l'un des plus gros producteurs d'opium, c'est aussi un producteur majeur de méthamphétamines. Cette drogue de synthèse est fabriquée dans l'Etat Shan (est du pays) au sein de petits laboratoires mobiles et isolés. Les saisies ont atteint des records en 2012, en Asie de l’est et du sud-est avec 227 millions de cachets, soit une hausse de 59% par rapport 2011, selon l'ONUDC.

Ces pilules, connues en Thaïlande sous le nom de yaba («médicament qui rend fou»), sont utilisées principalement dans les fêtes pour l’euphorie qu’elle procure ou au travail comme stimulant. Avant la dissolution de la junte en 2011, les experts estimaient que la production de drogue était en hausse en Birmanie pour permettre aux rebelles des minorités ethniques d’acheter des armes. «Mais aujourd’hui, ça continue», constate Shawn Kelley, analyste régional pour l’ONUDC.

Les saisies d'héroïne en Asie de l'est et du sud-est ont atteint en 2013 tout juste 9 tonnes, contre 6,5 tonnes en 2010, et les saisies d'opium 2,7 tonnes contre 2 tonnes seulement.
 
La Birmanie représente plus de 90% de la production d’opium dans la région. L'Afghanistan est désormais le principal producteur mondial d'opium avec des surfaces cultivées trois fois plus étendues que dans le sud-est asiatique, selon l'agence onusienne.