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La Centrafrique de nouveau au bord de l'explosion

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 18/08/2017 à 11H16

Casques bleus gabonais en patrouille à Bria en Centrafrique
Casques bleus gabonais en patrouille à Bria en Centrafrique en juin 2017. © SABER JENDOUBI / AFP

Sur les seize préfectures que compte la Centrafrique, quatorze ne sont plus contrôlées par le pouvoir central de Bangui. Les ONG lancent un appel à l’ONU, car elles ne peuvent plus travailler dans le pays. Un habitant sur cinq a quitté sa maison et la moitié de la population ne mange pas à sa faim. Le pays semble, de nouveau, au bord de l’explosion.

Les organisations humanitaires sont dans l’œil du cyclone. Depuis le début de l’année 2017, elles ont été prises 181 fois pour cible. Le 5 août 2017, une équipe de la Croix-Rouge a été attaquée à Gambo, à 450 km à l’est de la capitale. Six de ses employés ont trouvé la mort. A tour de rôle, hommes de la Séléka et anti-Balaka ravagent villes et villages du secteur. A l’hôpital de Gambo, des ex-Séléka auraient massacré une trentaine de civils ce 5 août.

Les ONG menacées
Les ONG présentes ont lancé en commun un cri d’alarme, alors que la situation redevient de plus en plus tendue. Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, les principales ONG travaillant dans le pays déclarent «que la RCA est le pays le plus dangereux au monde pour fournir de l'aide humanitaire, avec le plus haut niveau de violence au monde contre les travailleurs humanitaires.»  

Selon ces organisations, 821 civils ont été tués depuis le début de l’année. «Le mandat de la mission des Nations unies pour le maintien de la paix (Minusca) pour protéger les civils n'est pas rempli en raison d'un manque de ressources humaines et financières», constatent les ONG.
Depuis le départ des troupes françaises en octobre 2016, l’ONU a pris seule le relais. La Minusca représente un contingent de 10.000 soldats équipés de matériel lourd. Ainsi, en février 2017, elle avait utilisé un hélicoptère de combat pour stopper l’avancée d’une colonne de 300 ex-Séléka.

Mais les observateurs s’accordent à dire que la force des Nations-Unies n’a pas les moyens de ses ambitions. Selon le journaliste du Monde, Christophe Châtelot, «la Minusca court d’un feu de brousse à l’autre». On l’a compris: de façon stérile.

Les casques bleus dépassés
Ainsi à Bangassou, à 700 km à l’est de la capitale, l’instabilité est totale. Les forces de la Minusca viennent enfin d’y faire leur retour, trois mois après y avoir été attaquées. Six casques bleus avaient été tués par des anti-balaka, selon la Minusca. L’attaque avait fait 115 morts parmi les civils essentiellement des musulmans.

Véhicules Mission l'ONU en Centrafrique Minusca
Malgré la présence de plus de 10.000 soldats de l'ONU, la situation est toujours aussi tendue en Centrafrique. © SABER JENDOUBI / AFP

Les soldats de la paix sont de retour dans la ville «afin d’y restaurer l’ordre et la sécurité, de permettre à toute la population de pouvoir retourner en ville et d’y vivre», a déclaré un porte-parole des casques bleus. Une évidence pourrait-on dire, mais la Minusca est régulièrement accusée de soutenir un camp au détriment d’un autre.

Contrôle des diamants et de l'or
Car la confusion est totale. La Centrafrique est partagée entre les différentes mouvances politico-militaires. Ainsi la Séléka, les anciens rebelles, s’est divisée en trois factions. «Trois groupes, trois villes, trois états-majors, et autant d'ambitions différentes. C'est le contrôle des zones diamantifères et aurifères qui explique les affrontements du mois d'août entre l'UFDR et le groupe d'Ali Darrass dans la région de Bambari», écrit RFI.

Evidemment, la population est en première ligne. Selon le HCR, la Centrafrique compte aujourd’hui 500.000 déplacés et 481.000 réfugiés, notamment au Cameroun. Selon l’ONG Action contre la faim (AICF), 20% de la population a fui son domicile depuis le début du conflit en mars 2013.

Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Stephen O'Brien, a jugé bon de frapper les esprits en annonçant, après une tournée d’inspection, que «les signes avant-coureurs de génocide sont là». «Nous devons agir maintenant, ne pas réduire l'effort de l'ONU et prier pour ne pas avoir à vivre en le regrettant». Des propos jugés alarmistes par certains observateurs, dont le seul but serait d’obtenir plus de moyens humains. La Minusca pourra alors peut-être remplir sa mission.