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Chine,  Asie-Pacifique

La Chine veut-elle vraiment sanctionner la Corée du Nord?

Par Dominique Cettour-Rose@GeopolisAfrique | Publié le 24/02/2017 à 14H24, mis à jour le 24/02/2017 à 14H42

Pyongyang
La ville de Pyongyang, le 17 février 2017, où l'on aperçoit les cheminées d'une centrale électrique © ED JONES / AFP

La Chine n'importera plus de charbon nord coréen jusqu’à la fin de l’année 2017. Ce durcissement s'inscrit dans le cadre des sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies pour contrecarrer le programme nucléaire nord-coréen, selon Pékin. Il intervient juste après un nouveau test de missile par Pyongyang qui se prive ainsi d'une rentrée de devises chinoises.


Le missile balistique Pukguksong-2, lancé le 12 février 2017 par la Corée du Nord, a parcouru 500 km avant de retomber en mer du Japon. Une provocation de plus pour la Chine qui n'a pas tardé à réagir. Le 18 février, le ministère chinois du Commerce a annoncé sa décision de suspendre ses importations de charbon nord-coréen jusqu’au 31 décembre 2017.

La mesure est destinée à «appliquer la résolution 2321 du Conseil de sécurité des Nations unies», a insisté Pékin dont les devises sont cruciales pour Pyongyang qui perd ainsi plus d'un milliard de dollars sur l'année. Adoptée le 30 novembre 2016, cette résolution plafonnait notamment les ventes nord-coréennes de charbon à 400,9 millions de dollars (ou 7,5 millions de tonnes) par an à partir de 2017, une réduction de 62% par rapport à 2015.

Le texte prévoit toutefois des exceptions qui permettent à Pékin, dès lors que les produits échangés «n'ont aucune relation avec le programme nucléaire ou de missiles» de Pyongyang, de poursuivre son soutien économique à ce pays dont l'économie est exsangue. 



Un coup dur pour les finances de Pyongyang?
Ri Sun-Chol, chef de l'institut de recherches économiques à l'Académie des sciences sociales de Corée du Nord, minimise l'impact de l'arrêt des importations chinoises de charbon. «Les importations directes des ressources naturelles ont été fortement restreintes. Aussi, je ne peux pas dire qu'il y aurait une incidence majeure sur l'économie», a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant que Pyongyang construit «une économie nationale indépendante» et a pris des mesures pour «réduire l'effet des sanctions».

Si les restrictions commerciales que Pékin vient d'imposer à son turbulent voisin sonnent comme un avertissement. elles peuvent être également interprétées comme «un geste de bonne volonté à l'égard de Washington, le signe que Pékin accomplit bien sa part d'efforts pour endiguer la Corée du Nord», analyse Koh Yu-Hwan, professeur à l'université sud-coréenne Dongguk.

La fin de la dictature nord-coréenne redoutée par Pékin
En 2016, la Chine avait importé 22,5 millions de tonnes de charbon nord-coréen (une hausse de 15% par rapport à 2015), pour un montant total avoisinant 1,19 milliard de dollars, selon les douanes chinoises. 

Très dépendante de l'aide extérieure, la Corée du Nord est fortement attachée aux relations économiques avec Pékin qui reste de loin son premier partenaire commercial. En 2014, la Chine représentait plus de 90% du commerce extérieur nord-coréen.

Ce que redoute surtout le géant asiatique, c'est un effondrement de la Corée du nord, région-tampon avec son homologue du sud où l'armée américaine est très implantée. La fin de la dictature nord-coréenne permettrait aux yeux de Pékin l'avènement d'une Corée réunifiée alignée sur les Etats-Unis, perspective qui lui est plus intolérable encore que l'entêtement nucléaire nord-coréen, comme le rappelait, en février 2015, le site Géopolis.