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La Côte d’Ivoire tente de se prémunir contre la fièvre de Lassa

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 07/02/2018 à 15H48, mis à jour le 07/02/2018 à 16H13

Du personnel médical s'occupe d'un malade atteint fièvre Lassa
Une infirmière et un médecin s'occupent d'une personne atteinte de la fièvre de Lassa dans un hôpital de Sierra Leone le 7 février 2011. © REUTERS/Simon Akam

Les autorités ivoiriennes ont pris le 6 février 2018 des mesures préventives contre la fièvre hémorragique de Lassa, du nom d’une localité du nord du Nigeria. Depuis le début de 2018, cette fièvre, endémique dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, a fait 31 morts au Nigeria.


La fièvre de Lassa «infecte de 100 à 300.000 personnes par an dont 5 à 6.000 succombent», rapporte le site de l’institut Pasteur.

«Au regard de la situation qui prévaut dans les pays affectés et le flux de mouvements des populations entre les pays de la sous-région, la Côte d'Ivoire n'est pas à l'abri d'un risque de propagation de la maladie», a estimé la ministre ivoirienne de la Santé et de l'Hygiène publique, Raymonde Goudou Coffie, dans un communiqué. «A ce jour, la Côte d'Ivoire n'a enregistré aucun cas. Toutefois, la situation épidémiologique des pays affectés (Nigeria, Bénin et Guinée) et leur proximité avec notre pays exige une communication publique sur les risques liés à la circulation du virus responsable de cette maladie», a-t-elle souligné.

Ses services demandent «à toute personne de se rendre immédiatement dans le centre de santé le plus proche en cas d'apparition des signes suivants: forte fièvre suivie de malaise généralisé, de faiblesse et de douleurs musculaires».

«Rats à mamelles multiples»
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) décrit la fièvre de Lassa comme un «virus (…) appartenant à la famille des Arenaviridae», apparemment transmis par le contact avec l’urine ou les excréments de rongeurs du genre Masomys, appelés aussi «rats à mamelles multiples». Lesquels vivent souvent à côté ou dans les habitations. Les contacts avec l’homme sont donc très fréquents. Conséquence: dans les zones où la maladie sévit, la moitié de la population peut ainsi se trouver infectée.

La protéine virus fièvre Lassa modélisée

La protéine du virus de la fièvre de Lassa modélisée © AFP - NSP - Science Photo Library


Pour autant, cette fièvre peut aussi se transmettre par du matériel médical contaminé (aiguilles réutilisées) mais aussi par voie sexuelle. «Aucune donnée épidémiologique n’atteste la transmission aérienne d’homme à homme», dit l’OMS.

Décrite pour la première fois dans les années 1950, la maladie tire son nom d'une localité du nord du Nigeria où elle a été identifiée pour la première fois en 1969.

«La fièvre de Lassa est endémique au Bénin (où elle a été diagnostiquée pour la première fois en novembre 2014), en Guinée, au Ghana (diagnostiquée pour la première fois en octobre 2011), au Liberia, au Mali (diagnostiquée pour la première fois en février 2009), en Sierra Leone et au Nigeria, mais elle est sans doute présente aussi dans d’autres pays d’Afrique occidentale», précise le site de l’OMS.

Le nombre de personnes touchées a augmenté ces dernières années «du fait des troubles politiques ayant entraîné un afflux de réfugiés dans les zones touchées», explique l’institut Pasteur. La maladie est «la fièvre hémorragique la plus fréquemment importée dans les pays du Nord avec plus de 20 cas recensés depuis 1969», ajoute-t-il.      

Atteintes graves
La fièvre de Lassa ne présente aucun symptôme dans 80% des cas. Mais pour les 20% restants, elle peut provoquer des atteintes graves sur des organes comme le foie, la rate et les reins. Elle est d’une extrême gravité pour la femme enceinte.

Sa détection est malaisée. 30% des personnes qui guérissent peuvent garder des séquelles: surdité temporaire ou définitive, myocardite (inflammation du muscle cardiaque). Les traitements antiviraux sont efficaces. Pour autant, aucun vaccin ne protège contre la maladie.

La prévention semble être le meilleur des remèdes. Il s’agit en l’occurrence d’empêcher que les rongeurs pénètrent dans les habitations. «Parmi les mesures efficaces, on citera la conservation des céréales et plus généralement des denrées alimentaires dans des contenants résistant aux rongeurs, l'élimination des ordures loin des habitations, le maintien de la propreté à l'intérieur de celles-ci et la présence de chats», explique l’OMS.