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La crise grecque: ce qu'en pensent les pays les plus pauvres d'Europe

Par Amira Bouziri@GeopolisAfrique | Publié le 13/07/2015 à 12H19, mis à jour le 27/08/2015 à 16H13

Manifestation pro-européens à Athènes
Manifestation de pro-européens devant le Parlement à Athènes après que les citoyens ont rejeté les mesures d'austérité proposées par les créditeurs, le 9 juillet 2015. © Ayhan Mehmet / ANADOLU AGENCY

La Lettonie, l'Estonie ou encore la Bulgarie prônent la fermeté face à la Grèce. Ces pays d'Europe de l'Est, les plus pauvres de l'Union européenne, en ont assez de toute l'attention portée sur la crise grecque depuis plusieurs années.


«J'ai entendu dire que certains retraités grecs touchaient plus de 1000 euros par mois. C'est outrageant. Je refuse de payer leurs dettes s'ils gagnent des fortunes comparé à mon salaire», a déclaré à l'AFP Martina Lelovicova, une serveuse à Bratislava, la capitale slovaque. Dans une Europe plurielle, où les écarts économiques sont importants entre les pays de l'Est et les pays de l'Ouest, la crise grecque n'est pas vécue de la même façon. Dans ceux où les salaires sont beaucoup moins importants, elle agace même.
 
Des efforts nécessaires
La Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie font partie des pays partisans d'une ligne dure face à la Grèce. Ils clament depuis longtemps qu'ils sont trop pauvres pour payer les erreurs d'une Grèce plus riche. Ces pays ne transigent pas; ils l'exhortent à se soumettre aux mesures d'austérité et aux réformes prévues par le programme de sauvetage de 240 milliards d'euros proposé par ses créanciers. Cela s'explique par les difficultés qu'ils ont eues, eux, pour entrer dans la zone euro et y rester. La Lettonie, par exemple, avait subi la plus grave récession dans le monde lors de la crise en 2008-2009, voyant une baisse de 25% de son PIB.
 
La Bulgarie, qui négocie encore son entrée dans l'euro, s'insurge, écrit L'Obs. Ce pays de près de 7 millions d'habitants est le plus pauvre de l'Union européenne. Depuis 1990 et la chute du communisme, les Bulgares ont le sentiment de vivre dans une crise permanente, contrairement aux Grecs qui souffrent économiquement depuis cinq ans.
 
Le gouvernement bulgare reproche aux partenaires européens d'être trop souples avec la Grèce. Alors qu'eux, pour rejoindre l'euro, s'attachent à faire des efforts pour réduire le déficit public et la dette selon les critères de Maastricht. Toujours selon L'Obs, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, s'indignait le 25 juin 2015 à Bruxelles: «Arrêtons de perdre du temps sur la Grèce, cela fait des années que cela dure. Et tout ce que j’entends est qu’ils veulent plus d’argent mais qu’ils rechignent à faire des réformes. Qu’ils fassent leurs réformes ou qu’ils en assument les conséquences !»
 
Un gouffre entre les différents salaires
Cette intransigeance trouve sa source dans la différence de salaires entre leurs pays et la Grèce; une donnée objective qui parle aux citoyens. Si la retraite en Grèce atteint 900 euros par mois; en Slovaquie, elle est environ de 380 euros. Ce pays d'Europe de l'Est a rejoint l'Union européenne en 2004 et est entré dans la zone euro en 2009. Cette année, avec près de 3% de croissance, il est le meilleur élève de l'Europe.  

Comparatif salaires pays plus pauvres en Europe
La Bulgarie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie appliquent un salaire minimum inférieur à 500 euros. Celui de la Grèce, de 684 euros, fait partie de la moyenne des pays européens. Alors que les salaires minimums en France et en Allemagne se situent autour de 1400 euros. Les pays baltes ressentent alors une forme d'injustice et d'incompréhension. «Les Estoniens ne comprennent pas l'attitude des Grecs. Nous avons l'habitude  de faire des économies et de vivre sobrement», explique à l'AFP Merit Kopli, l'éditeur en chef du plus grand journal estonien.
 
Depuis cinq ans, l'Europe a le regard tourné vers la Grèce et ses problèmes de dettes, alors que les derniers arrivants dans la zone euro ont dû faire beaucoup de concessions pour y entrer. Mais, contrairement aux idées reçues, cela ne veut pas dire que la Grèce n'a pas fait d'efforts explique LeMonde.fr.

Les Grecs ont vécu la crise de plein fouet depuis 2010, le nombre de pauvres a crû de 30% entre 2008 et 2013. En cause, les mesures d'austérité qui ont suivi. Le gouvernement d'Aléxis Tsipras s'est récemment engagé à réformer le système de retraite et la fiscalité. Les efforts sont notables: la Grèce a soumis une nouvelle proposition à ses créanciers, vendredi 10 juillet. Les ultimes négociations pour maintenir la Grèce dans l'euro viennent de s'achever, un accord à l'unanimité a été voté. Mais si le risque de Grexit est derrière eux, le pays va devoir redoubler d'efforts pour se maintenir dans la zone euro et plonger un peu plus dans l'austérité.