Trois questions à...

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La difficile vie des jeunes filles en Mauritanie

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisFTV | Publié le 15/01/2016 à 09H25, mis à jour le 16/01/2016 à 13H52

Une jeune fille portant l'eau dans région Gorgol sud Mauritanie
Une jeune fille porte de l'eau dans la région du Gorgol (sud-ouest de la Mauritanie). Photo prise le 1er juin 2012. © Reuters - Susana Vera

Dans «Le tambour des larmes» (Elyzad), l’écrivain mauritanien Mbareck Ould Beyrouk raconte l’histoire de Rayhana, jeune fille de bonne famille non mariée, qui tombe enceinte. Sa mère l’oblige à abandonner son bébé pour éviter le déshonneur. Rayhana décide de s’enfuir en emportant avec elle le tambour de la tribu. Une plongée douce-amère dans la Mauritanie d’aujourd’hui. Interview

Né en 1957, Mbareck Ould Beyrouk a étudié le droit avant de devenir journaliste. Selon la jaquette de son livre, il a créé en 1988 «le premier journal indépendant de son pays», où il occupe désormais «de hautes fonctions».

Dans votre livre, la vie de la femme est régie par de nombreux interdits et tourne essentiellement autour du mariage. Qu’en est-il exactement ?
Dans les sociétés sahariennes, la jeune fille a moins de libertés qu’une femme mariée. En se mariant, elle se libère de la tutelle familiale. La tutelle du mari est moins pesante que celle de la famille. Dans le cadre du mariage, elle devient plus libre. Elle garde ce qui lui appartient en propre, gère les affaires domestiques. Elle peut divorcer, quitter le domicile familial.

Pourtant, la vie de votre héroïne est tout sauf facile…
C’est une jeune fille. Et en Mauritanie, les jeunes filles sont moins libres que les jeunes hommes. Elles doivent représenter certaines valeurs, les faire respecter. Elles subissent des pesanteurs familiales.
 
Dans votre roman, elle est carrément obligée de s’enfuir de chez elle…
Oui, elle se révolte. Elle se coupe de la société, elle refuse l’ordre social. Mais c’est une situation particulière. On ne peut pas avoir des Antigone à chaque coin de rue !
 
A vous lire, on a l’impression que l’esclavage, phénomène encore présent en Mauritanie et qui toucherait 4% de la population, concerne particulièrement les femmes…
On trouve ces formes de servitude dans les pays pauvres. Elles sont nées de la pauvreté. Mais une femme peut trouver le moyen de s’en sortir en devenant l’épouse du maître.

La condition de la femme est-elle aggravée par la montée de l’islam radical ?
Evidemment. Il contraint les femmes à porter le voile intégral. Celles-ci n’ont pas le droit de sortir, d’aller travailler à l’extérieur.
 
Mais en Mauritanie, nous avons une société sunnite, malékite, soufie. L’islam radical est surtout présent dans les villes où il est combattu avec force par les oulémas.

Il n’y pas d’attentats ?
La situation est maîtrisée depuis plusieurs années. Le pouvoir fait face.
 
D’une manière générale, si l’on en croit votre livre, la vie n’a pas l’air très facile en Mauritanie…
C’est vrai, la vie n’est pas facile dans ce pays. Mais il y a eu beaucoup d’avancées ces dernières années. On a constaté une amélioration de la situation économique, même si elle est entravée par la chute des prix de l’or et du fer. La liberté de pensée existe, comme la liberté des médias audiovisuels et de la presse. Le pays avance. Mais il a encore beaucoup de chemin à faire.

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