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La farine de viande, une solution pour optimiser l'élevage au Burkina Faso

Par Valentin Pasquier@GeopolisAfrique | Publié le 02/09/2016 à 10H39, mis à jour le 02/09/2016 à 10H39

Des éleveurs bellas emmènent leurs vaches au marché Gorom-Gorom.
​Des éleveurs de l'ethnie Bella emmènent leurs vaches au marché de Gorom-Gorom, dans le Sahel burkinabè. © PHILIPPE ROY / AURIMAGES / AFP

Au Burkina Faso, l'éleveur de bovins entretient un lien fort avec ses bêtes: il lui est impossible d'en abattre une si elle n'a pas été vendue pour sa viande. C'est ainsi que les vaches meurent de vieillesse et les troupeaux grossissent. Cela entraîne un gaspillage des ressources, rares au Sahel. Réduire la viande en farine pourrait résoudre le problème, mais la technique contredit les traditions.


Imposants, dodus et sains. C'est ainsi que l'habitué des routes des campagnes françaises se représente les bovins élevés dans l'Hexagone. A quelques milliers de kilomètres, dans le Sahel, il est plutôt commun de croiser de vieilles vaches souvent squelettiques. Cette morphologie est due à leur habitat aride mais aussi aux crises fouragères de l'été, qui peuvent parfois durer un mois entier, et au cours desquelles les élevages subissent des pertes importantes.

Sur le continent africain, le concept de «vaches de réforme» – les éléments âgés du troupeau, que l'on commence à nourrir grassement avant de les abattre – n'existe tout simplement pas. Le paysan sahélien tire du lait de l'animal jusqu'à ce que celui-ci meure de veillesse ou d'inanition. C'est un rapport particulier qui le lie à son bétail: plus qu'une simple marchandise, le troupeau représente son mode de vie et une de ses rares richesses. Il ne considère pas avoir droit de vie ou de mort sur ses bêtes et n'optimise pas la gestion de son cheptel (il n'y a pas de contrôle du nombre de têtes, et les troupeaux croissent anarchiquement). Une façon de faire qui n'est pas rentable pour ces éleveurs africains.

Une offre abondante en viande
Le Burkina Faso est, comme son voisin malien, un des plus importants éleveurs de bovins du continent africain: on y comptait neuf millions de têtes en 2014, soit une vache pour deux habitants. L'offre en viande bovine y est abondante, si bien qu'elle dépasse la demande des Burkinabè et de certains pays voisins importateurs.

Conséquence, sur le marché, seules les bêtes bien portantes sont achetées par les bouchers, car il faut qu'elles survivent au transport, qui dépasse souvent les centaines de kilomètres. Si une bête n'est pas vendue, l'éleveur ne la tuera pas. Un fonctionnement dommageable dans un pays où un habitant sur cinq est victime de sous-nutrition.

Un village peul aux alentours Gorom-Gorom en 2006 au nord Burkina.
Un village peul aux alentours de Gorom-Gorom en 2006, au nord du Burkina. © PHILIPPE ROY / AURIMAGES

Une solution: de la viande sechée et réduite en farine
«Il était nécessaire de trouver un moyen de vendre ces vaches faméliques, de créer une nouvelle filière d'écoulement», raconte Vincent Charpentier. La solution? Ce Belge installé depuis 30 ans en Afrique l'a peut-être trouvée dans un livre d'Histoire. A la fin du XIXe siècle, les Boers sud-africains avaient recours à de la viande déshydratée pour tenir leur guérilla contre l'armée anglaise, sans devoir emmener leurs troupeaux dans leurs cachettes.

C'est alors qu'il tente une première expérimentation au Niger avec le Centre d'études économiques et sociales d'Afrique de l'Ouest (CEDAO), avant de s'installer en 2015 à Bobo-Dioulasso, dans l'ouest du Burkina Faso. Là, il fonde «le Resto de poche de tanti Espérance», qui propose de la viande réduite en farine à la population, afin de mieux la conserver. Mais faute de communication, le produit (il en fabrique 50 kilos par mois) a du mal à trouver sa clientèle.

Avec sa petite entreprise, Vincent Charpentier espère montrer que l'on peu optimiser l'élevage de la région: il participe à des colloques, des conférences, mais se heurte souvent à la frilosité des institutions publiques, telle l'armée du Burkina, à laquelle il a proposé des rations de combat préparées avec sa farine. Celle-ci a préféré opter pour des repas préparés, bien souvent importés, qui n'ont donc pas d'influence sur l'économie locale: «Utiliser la viande fournie par les éleveurs des environs de Bobo-Dioulasso et employer des locaux fait partie de nos objectifs», explique-t-il.

Si le produit rencontre le succès, la farine de viande pourrait indirectement contribuer à la diminution des troupeaux, ceux-ci étant devenus plus rentables. Cela entraînerait une économie d'eau et de fourrage, deux denrées rares dans la région mais indispensables à l'entretien des bêtes. L'initiative peut paraître de bon sens, mais aujourd'hui, seuls les préceptes traditionnels de l'élevage font loi. «Les jeunes agriculteurs sont plus attentifs, remarque Vincent Charpentier. Mais pour le moment ce sont les anciennes générations qui tiennent les rênes!»