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Les animaux malades du braconnage

Par Frédérique Harrus avec agences@GeopolisAfrique | Publié le 04/02/2014 à 13H46, mis à jour le 04/02/2014 à 16H09

Défenses saisies par autorités Kenyanes
Défenses d'éléphants interceptées dans le port de Mombasa (Kenya) dans un container au milieu de sacs de sésame.


© AFP PHOTO/Ivan Lieman

Avec une demande permanente d'ivoire, d'écailles, de poils, de plumes ou d'animaux exotiques et des prix particulièrement motivants, le braconnage n'a jamais été aussi florissant...

En Inde, une grande traque au tigre-mangeur d’hommes «affamé» a démarré dans un parc du nord du pays. Le fauve aurait déjà tué huit personnes.

L’Inde abrite la moitié des 3.000 tigres recensés dans le monde. La perte de son habitat naturel peut amener l’animal à vivre à proximité de l’homme. Il y a 50 ans, l’Inde abritait 40.000 tigres, mais le développement économique et le braconnage ont ramené leur population à 1.700 exemplaires.  

La diminution, parfois dramatique, de certaines espèces animales est pratiquement toujours due à deux facteurs principaux. La réduction de leur espace vital et le braconnage.
Le braconnage consiste en la chasse et la prise d’animaux sauvages, morts ou vifs. Cette pratique existe dans tous les pays où un animal est convoité et donc où il y a une forte rétribution pour tout exemplaire fournit.

Les pays «fournisseurs» tentent de réagir pour assécher l’offre mais réclament aussi de l’aide aux pays qui concentrent la demande. Ainsi, l’ivoire des défenses d’éléphants est très demandé en Asie, où on lui prête des vertus thérapeutiques en médecine traditionnelle et au Proche-Orient pour en faire des objets décoratifs.

Le commerce d'ivoire reste toujours porteur
La Tanzanie a ainsi perdu les deux-tiers de ses éléphants depuis 1976. Les rangers des parcs nationaux ont maintenant reçu l’ordre de «tirer pour tuer» contre les braconniers, mesure drastique pour enrayer une hausse exponentielle des actes de braconnage.

Le Togo, où près de quatre tonnes d’ivoire ont été saisies en moins d’une semaine, veut cesser d’être une plaque tournante du trafic de défenses.

Bien que le commerce d’ivoire ait été interdit en 1989 dans le monde, le trafic s’est poursuivi et représente un marché estimé à 7.4 milliards d’euros par an. 20% des éléphants d’Afrique pourraient disparaître en une décennie si le braconnage se poursuit à son rythme actuel.

Vidéo AFP publiée le 9 novembre 2013

En Afrique du Sud, le nombre total de rhinocéros abattus en 2013 est de 1004, alors même que ce nombre était de 333 en 2010, 448 en 2011 et 668 en 2012. Là encore, des vertus curatives sont attribuées aux cornes des rhinocéros, qui ne sont pourtant composées que de kératine comme nos ongles. La corne de rhinocéros se négocie plus cher que le platine, la cocaïne et l’héroïne.

Les autorités kényanes ont annoncé qu’en novembre 2013, 90 éléphants et 35 rhinocéros avaient été abattus depuis le début de l’année. La réponse du Kenya est passée à la répression d'envergure. Alors que les contrevenants risquaient jusque là des amendes dérisoires, équivalant à une tape sur la main, le gouvernement a mis en place des amendes autrement dissuasives pouvant aller jusqu’à 170.000 euros et de possibles peines de prison à vie.

10% du trafic réel
Il reste moins de 500.000 éléphants en Afrique contre plusieurs millions au milieu du XXe siècle.

Interpol estime que les saisies opérées représentent 10% du trafic réel. «Donc, quand nous constatons que 5.856 tortues ont été saisies dans le monde ce dernier trimestre, il faut calculer que ce sont près de 60.000 tortues qui ont été braconnées», fait remarquer Jacky Bonnemains le président des l’association écologiste Robins des bois.

C’est pourquoi l’association écologiste a décidé de publier un bulletin d’information A la trace qui espère suivre, trimestre par trimestre, l’évolution du braconnage et de la contrebande des animaux menacés d’extinction. Alors que l'idée la plus répandue est que le braconnier type est un homme pauvre, économiquement contraint à ces exactions, Jacky Bonnemain tempère les choses en nous indiquant que le profil est plus complexe et qu'on trouve parfois des instituteurs ou des infirmiers parmi eux.