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La France ouvre la voie à la restitution du patrimoine culturel africain.

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 06/03/2018 à 15H29, mis à jour le 06/03/2018 à 17H50

Statues en cuivre Bénin au musée Quai Branly à Paris
Des statues en cuivre dans une exposition consacrée à l'art raffiné au Bénin au musée du quai Branly à Paris, le 2 octobre 2007. © rt rafiné&&&

C’est la suite logique de l’engagement qu’il a pris à Ouagadougou en novembre 2017. Le président français, Emmanuel Macron, vient de lancer une mission pour la restitution du patrimoine culturel pillé en Afrique. Un comité de deux experts culturels est chargé d’examiner les conditions dans lesquelles ces œuvres pourront être rapatriées puis protégées dans leurs pays d’origine.

La mission a été confiée à deux personnalités : l’historienne d’art Bénédicte Savoy, membre du Collège de France, et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr. Ils devront rendre leur avis d’ici le mois de novembre 2018, a annoncé le président Emmanuel Macron à l’issue d’un entretien à l’Elysée avec son homologue béninois, Patrice Talon.

Le Bénin, un vivier culturel en première ligne
Les conclusions des travaux de ce comité sont particulièrement attendues par le chef de l’Etat béninois qui avait fait la demande officielle d’une restitution d’une partie du patrimoine culturel de son pays au mois de juillet 2016.

«Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir présenter ce patrimoine qui est le nôtre. Nous le faisons non pas dans un esprit de conflit, mais de coopération avec la France, pour faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise», a expliqué Patrice Talon à sa sortie de l’Elysée.

Le pillage colonial en question
De source béninoise, on indique que quelque 4500 à 6000 objets béninois seraient actuellement en France, y compris des collections privées. De nombreux trésors du Royaume du Dahomey parmi lesquels, les portes sacrées du palais d’Abomey, des trônes royaux, des statues… pillés lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, ou des œuvres acquises illégalement par des missionnaires ou des missions culturelles.

Il ne s’agit pas de réclamer les œuvres acquises par les voies légales. Ce qui est réclamé, ce sont les objets qui ont été pris et volés lors du pillage colonial, explique Marie-Cécile Zinsou, la directrice de la fondation Zinsou.

Une épée cérémonie béninoise au musée Quai Branly à Paris

Une épée de cérémonie Ada (Bénin XVIIIème siècle) et une tête commémorative d'un roi lors d'une exposition consacrée à l'art raffiné au Bénin au musée du Quai Branly le 2 octobre 2007. © Photo AFP/Olivier Laban-Mattei


Le président Emmanuel Macron avait fait la surprise lors de son périple en Afrique de l’Ouest en novembre 2017, en déclarant que le retour du patrimoine africain à l’Afrique sera l’une de ses priorités.

«Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou… D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique», avait déclaré Emmanuel Macron à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Le comité qui vient d’être mis en place devra notamment examiner les conditions dans lesquelles ces œuvres pourront être rapatriées puis protégées dans leurs pays d’origine.

La conservation du patrimoine culturel, un défi pour l’Afrique
Le journal burkinabè Le Pays note qu’il y a lieu de croire que le retour de ces biens culturels sur le continent ne sera pas sans conséquences pour les Etats africains qui devront relever le défi de leur conservation.

«Quand on voit tout le soin que les gens mettent outre-Atlantique dans l’entretien de ces biens culturels, en Afrique, c’est un combat qui est loin d’être gagné à l’avance. Il revient donc aux pays africains comme le Bénin qui est indéniablement un vivier culturel, de se montrer à la hauteur du défi de leur conservation», écrit le journal.

Pour le quotidien burkinabé, ces biens culturels sont la preuve vivante de l’histoire artistique que d’aucuns voulaient dénier à l’Afrique. Un continent pourtant attaché à ses racines. Ce serait donc un juste retour des choses que ces objets soient ramenés dans leur milieu naturel, conclut le quotidien.