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La Géorgie tiraillée entre l'Otan et la Russie

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 08/10/2016 à 09H22

Jens Stoltenberg Giorgi Kvirikashvili 7 septembre 2016 à Tbilissi
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg (G), et le Premier ministre de Géorgie, Giorgi Kvirikashvili, à Tbilissi, le 7 septembre 2016. © Agence ANADOLU /AFP

Environ 20% du territoire de Géorgie est aujourd'hui sous contrôle de la Russie. L’indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud a été reconnue par Moscou, en août 2008, après une «guerre de cinq jours» contre l’ex-république soviétique du Caucase. Ce différend territorial est un obstacle pour Tbilissi qui souhaite faire partie de l’Otan, officiellement depuis 2008.


Comme l’Ukraine, la Géorgie nourrit l'ambition d'une adhésion à l’Alliance atlantique, au grand dam de Moscou. Selon le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, le petit pays du Caucase se rapproche de cette perspective. «Vous continuez de renforcer vos institutions démocratiques et civiques et cela a aidé la Géorgie à se rapprocher de l'Otan», a déclaré M.Stoltenberg, le 7 septembre 2016, après des pourparlers à Tbilissi avec le Premier ministre géorgien Guiorgui Kvirikachvili.

Mais son entrée dans l’Otan est compromise par la présence de troupes russes dans les provinces géorgiennes séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, où la Russie dispose d'importantes bases militaires. Une présence que Tbilissi considère comme une «occupation» illicite de son territoire au sens du droit international, rappelle l'Iris. La Géorgie a perdu le contrôle total de ces deux régions, reconnues en tant qu’Etats indépendants par Moscou depuis 2008, à l'issue d'une guerre éclair contre la Russie. Sa présence en Abkhasie lui sert d'accès à la mer Noire tandis que l'Ossétie du Sud est stratégique pour le transport du gaz russe.

L'Ossétie du Sud tournée à 99% vers Moscou
L'Ossétie du Sud a récemment reporté à 2017 un référendum sur son rattachement à la Fédération russe. Ce territoire de 3.900 km²  est considéré par la quasi-totalité de la communauté internationale, excepté la Russie, comme partie intégrante de la Géorgie. La grande majorité de ses quelque 50.000 habitants ont la citoyenneté russe. Cette république a pour monnaie nationale le rouble et son économie est tournée à 99% vers Moscou avec lequel elle a noué des accords stratégiques.

C'est en 1992, à la suite d'un référendum non reconnu par la communauté internationale, que l'Ossétie du Sud a unilatéralement proclamé son indépendance et fait sécession. En novembre 2006, un deuxième référendum donne le «oui» largement gagnant, mais ce n'est qu'en 2008 que son indépendance sera reconnue par Moscou.

Les autorités russes ont alors débloqué près de 500 millions de roubles (environ 6,7 millions d’euros) pour soutenir l’Ossétie du Sud et annoncé un plan de 10 milliards de roubles (près de 134 millions d’euros) pour rénover les infrastructures de la région, endommagées par ce bref conflit. Depuis, le budget de ces deux territoires dépend quasi-uniquement de l’aide russe

L'Abkhazie, autre région inféodée au Kremlin
La présence de 3500 soldats russes en Abkhazie retarde aussi l’intégration de la Géorgie dans l’Otan et l’UE. Elle permet néanmoins à la Russie de promouvoir le projet d’Union eurasiatique lancé par son président Vladimir Poutine en 2015. Ce dernier lui verse 5 milliards de roubles (87 millions d'euros) et prend en charge 60% de son budget dans le cadre d'un accord de coopération signé en novembre 2014, selon Geopolis

Contrairement à l'Ossétie du Sud, cette autre région séparatiste, située au nord de la Géorgie, considère comme légale la présence militaire russe, car souhaitée par le gouvernement abkhaze. De plus, elle rentre dans le cadre d’accords bilatéraux officiels. Elle n'en demeure pas moins illégale pour le reste de la communauté internationale, relève l'Iris.

A l’occasion du sommet annuel de l’Otan, les 8 et 9 juillet 2016 à Varsovie, le gouvernement géorgien et l’opposition ont appelé ses 28 pays membres à soutenir leur candidature «pour l’intégration de la Géorgie dans l’Union européenne, l’Otan et toutes les institutions euro-Atlantiques».

Otan: «Il y a encore du travail à faire»
Tbilissi a fait des efforts pour se rapprocher de ces deux organisations. Après avoir été déployée au côté des forces américaines en Irak, l’armée géorgienne est toujours présente en Afghanistan et en Centrafrique. Mais, comme l’a affirmé le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le processus prendra du temps. Même si lors de sa venue à Tiblissi, juste avant le sommet de Varsovie, un «partenariat de défense», qui «réaffirme et étend la coopération en matière de défense et de sécurité» entre les Etats-Unis et la Géorgie, a été signé.

En 2008, les dirigeants des pays membres de l’Alliance avaient promis que la Géorgie pourrait un jour rejoindre l'organisation. «Nous maintenons ce que l'Otan a dit à Bucarest en 2008», a confirmé récemment une haute responsable du Département d'Etat, ajoutant: «Nous voyons leur avenir avec l'Otan, mais il y a encore du travail à faire.»

Le cap «euro-atlantique», officiellement affiché par la Géorgie depuis 2008, sera-t-il maintenu après les élections législatives du 8 octobre 2016? Depuis l'arrivée au pouvoir, en 2013, de l'oligarque milliardaire Bidzina Ivanichvili du Rêve géorgien, Tbilissi a multiplié les signes de bonne volonté envers Moscou. Pour les Russes, la Géorgie est stratégique au plan économique et militaire et donc également pour l'Otan.