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La guerre du poisson oppose Congolais et Ougandais sur les Grands Lacs africains

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 14/09/2018 à 15H04

Marché aux poissons sur port Ggaba lac Victoria Ouganda
Marché aux poissons sur le port de Ggaba, lac Victoria, Ouganda. © REUTERS/Euan Denholm

Les autorités ougandaises veulent mettre un terme «à la pêche illégale» dans le nord des Grands Lacs partagés par l'Ouganda et la République démocratique du Congo. L’arrestation de 400 pêcheurs congolais par l’armée Ougandaise sur le lac Edouard a provoqué de vives tensions entre Kampala et Kinshasa, et leurs forces armées se sont brièvement affrontées.


La République démocratique du Congo possède la plus grande partie des eaux des lacs Edouard et Albert, mais la surpêche (ou une pêche non régulée) a vidé les eaux congolaises des poissons.

Les pêcheurs de l'est de la RDC doivent pousser jusqu'en Ouganda, où les autorités multiplient les patrouilles militaires pour repousser leurs pirogues et bateaux.

Le 12 septembre 2018, Kinshasa a accusé l’Ouganda d’être responsable de la mort de quatre pêcheurs congolais. Ils ont été retrouvés ligotés et portant des traces de balles flottant sur le lac Edouard, des accusations démenties par les Ougandais.

En mai 2016, l'Ouganda avait accusé des soldats congolais d'avoir tué quatre policiers ougandais traitant une affaire de pêche illégale à la frontière.

Les associations de pêcheurs congolais accusent de leur côté la marine ougandaise de les arrêter pour les racketter.

Surpêche ou racket
Selon le lieutenant-colonel James Nuwagaba, qui dirige l'opération ougandaise de lutte contre la pêche illégale, «les 200 premiers Congolais arrêtés qui ont plaidé coupables ont été renvoyés dans leurs pays… mais certains (....) sont revenus dans nos eaux». Dans le cadre de cette opération, 98 Congolais purgent des peines de deux à quatre ans de prison en Ouganda.

«Il n'y a plus de poissons de notre côté», se justifie M.Kasereka, pêcheur congolais de 55 ans et père de sept enfants. Luka Kasereka et Paluku Kavutsu ont tous deux plaidé coupables et ont été condamnés à quatre ans de prison pour entrée illégale en Ouganda, pêche illégale et usage de filets illégaux.
  
L'industrie de la pêche, principalement sur les lacs Victoria, Edouard et Albert représente 3% du PIB ougandais et emploie 700.000 personnes, selon des statistiques ougandaises, un enjeu non négligeable pour ce pays parmi les plus pauvres au monde.

Les eaux ougandaises sont aussi plus poissonneuses. «Depuis que nous avons commencé notre campagne contre la pêche illégale, les stocks de poissons ont augmenté de notre côté...», assure à l'AFP Michael Nyarwa, chef de le marine ougandaise. «Parce que nos eaux sont chaudes (...), il y a de la vie marine qui fournit des organismes vivants dont se nourrissent les poissons», ajoute-t-il. «Et de notre côté, les eaux sont peu profondes, ce qui en fait des zones de reproduction fertiles.»
 

Vidéo AFP mise en ligne le 14 septembre 2018.

Affrontements
En juillet 2018, des affrontements entre les forces des deux pays sur le lac Edouard ont fait deux morts côté ougandais et entraîné la mort de trois civils. Selon le lieutenant Kato, les troupes congolaises «ont tendu une embuscade depuis un bateau civil».

Il précise que le plus grand défi de l'opération est le manque de coopération de Kinshasa ainsi que les rebelles congolais qui kidnappent régulièrement les pêcheurs ougandais pour réclamer des rançons.

Plus au Sud, le Rwanda lutte également contre la pêche illégale sur un lac qu'il partage avec la RDC, le lac Kivu. «Les pays qui partagent de telles ressources doivent conclure des accords qui protègent ces ressources et aident à la régénération des stocks», plaide Egide Nkuranga, un défenseur rwandais de l'environnement. «La région risque une disparition de certaines espèces de poisson et les pêcheurs locaux doivent être sensibilisés à la protection des espèces menacées.»

Une source militaire ougandaise assure que des négociations sur ces questions ont eu lieu du côté ougandais de la frontière et doivent prochainement se poursuivre du côté congolais.