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Yémen,  Moyen-Orient

Yémen: la guerre oubliée et ses milliers de victimes

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 12/01/2017 à 09H36, mis à jour le 12/01/2017 à 11H06

Combattants houthis au Yémen
Combattants houthis à Sanaa au Yémen, en janvier 2017. © MOHAMMED HUWAIS / AFP

Le gouvernement yéménite a affirmé le 7 janvier 2017 avoir lancé une vaste offensive pour éloigner les rebelles des côtes de la mer Rouge et briser le statu quo militaire qui dure depuis 18 mois. Il s'agit là du dernier épisode en date de la guerre oubliée du Yémen. Une guerre qui, loin des yeux, a déjà fait des milliers de victimes civiles et ne semble pas devoir finir.


10.000 morts, 40.000 blessés et plus de 2 millions et demi de déplacés, selon l’ONU: le bilan de la guerre au Yémen est lourd. «80% des Yéménites, soit 21,2 millions de personnes, ont besoin d'une forme d'aide humanitaire», a même affirmé en octobre 2016 le chef de l'humanitaire de l'ONU, Stephen O'Brien.

Pourtant, les offensives succèdent aux trêves sans que les belligérants trouvent de solutions à ce conflit complexe. L'Arabie Saoudite est la principale puissance intervenant dans cette guerre. Avec une coalition arabe, bénéficiant de matériel militaire occidental, le royaume saoudien soutient le gouvernement «légitime». Son aviation intervient massivement, n'épargnant pas les civils.


Opération «tempête décisive»
Les forces gouvernementales, soutenues par la coalition arabe, ont déclenché le 7 janvier 2017 une opération baptisée «Lance d'Or» dans la région occidentale de Dhubab, à 30 km du détroit stratégique de Bab al-Mandeb, situé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden. Elles espèrent ainsi débloquer une situation enlisée.
 
La guerre entre les «rebelles» houthis, partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, et le «gouvernement» se poursuit sans résultats concrets, malgré un bilan très lourd et une inégalité des forces en présence criante. C'est en mars 2015 que Ryad, à la tête d’une coalition d’une dizaine de pays, est intervenue militairement, avec pour objectif de rétablir à Sanaa le gouvernement «légitime» du président Abd Rabbo Mansour Hadi chassé par les rebelles houthistes et leurs alliés, accusés d’être manipulés par Téhéran. C’est l’opération «Tempête décisive»… qui, vu sa durée, a été très peu décisive.

Depuis la reconquête en juillet 2015 de cinq provinces du Sud, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi piétinent face aux rebelles. Les insurgés et leurs alliés contrôlent toujours la capitale Sanaa, conquise en septembre 2014, et de vastes territoires du nord, du centre et de l'ouest du Yémen. Ils arrivent même à menacer le territoire saoudien tandis que les aviations arabes, équipées par les pays occidentaux, provoquent de nombreuses victimes civiles.

Dans cette situation de blocage militaire, les deux camps opposés se divisent en sous-tendances aux positiions divergentes, rendant encore plus compliquée l’idée d’un arrêt des combats. 

Une guerre oubliée
Alors que la Syrie bénéficie d’une couverture médiatique importante, le conflit yéménite ne fait pas la Une. Pas étonnant du coup de voir la presse russe s’emparer du sujet: «Alors que certains médias mainstream passent délibérément sous silence l'envergure du conflit au Yémen et le soutien qu'apportent les pays occidentaux à l'Arabie Saoudite, principale responsable de la mort de centaines de civils dans les frappes, des internautes font front commun et lancent une campagne de sensibilisation avec le hashtag #SOS_YemenGenocide», ecrit Sputniknews 


La guerre fait effectivement peu parler d'elle. Il faut de graves «incidents» pour que les regards se tournent vers le Yémen. Comme lorsqu'à l'été 2016, «l’hôpital de MSF à Abs, dans le nord du pays, a été touché par une frappe aérienne de la coalition menée par l’Arabie Saoudite», écrit l'ONG dénonçant un «bilan très lourd: 19 morts et 24 blessés. C’est pourquoi, pour des raisons de sécurité, MSF a décidé d’évacuer son personnel des six hôpitaux qu’elle soutient dans le nord du Yémen où les bombardements sur la zone ont fait de nombreuses victimes civiles.»


Les raisons du conflit, extrêmement complexes, liées à l'histoire yéménite, empêchent en partie les opinions publiques de s'intéresser à cette guerre, même si l'Arabie Saoudite et l'Iran aiment à faire croire qu'il s'agit d'un énième épisode du conflit opposant chiites et sunnites.

«Le conflit dure depuis trop longtemps. Il est grand temps que les parties prenantes fassent de la population yéménite la priorité et parviennent à un règlement pacifique afin de sauver ce qui reste de l'infrastructure, de l'économie et des services sociaux du pays», a encore dit l'ONU. Selon lui, l'effondrement du pays aurait des conséquences dangereuses non seulement pour le peuple yéménite, mais pour toute la région. 

Ce ne sont pas al-Qaïda et le groupe Etat Islamique qui se renforcent dans le sud du pays qui diront le contraire.