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La Haye: la destruction des mausolées de Tombouctou qualifiée de crime de guerre

Par Véronique le Jeune (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 02/03/2016 à 09H29, mis à jour le 02/03/2016 à 10H59

Alkanis Cisse tient dans ses mains restes d'un manuscrit brûlé à Tombouctou
Alkanis Cisse tient dans ses mains les restes d'un manuscrit islamique ancien, brûlé à Tombouctou par les islamistes d'Ansar Dine en 2012. © Joe PENNEY / REUTERS

La procureure de la Cour pénale internationale de La Haye (Pays-Bas) a accusé de crime de guerre le premier djihadiste jamais emprisonné sous son autorité, un Malien touareg d'environ 40 ans, ex-chef du groupe terroriste Ansar Dine, lié à al-Qaïda. Ahmad Al Faqi Al Mahdi est poursuivi pour avoir dirigé et participé à la destruction de mausolées protégés par l'Unesco, à Tombouctou en 2012.


«C'est la première fois que mon bureau retient un tel chef d'accusation portant sur la destruction de biens et bâtiments religieux et culturels», a affirmé la procureure Fatou Bensouda, invitant les juges à saisir cette chance de «lutter contre ce fléau qui est souvent le prélude aux pires exactions contre les populations». «Des attaques contre le patrimoine culturel sont constantes. Malheureusement, il n'y a que trop d'exemples récents, comme dans les cités d'Alep et Palmyre, en Syrie», a-t-elle précisé avant d'appeler la Cour à «agir face à la destruction et la mutilation de notre héritage commun».

Mardi 1er mars 2016, se tenait l'audience dite de confirmation des charges qui sert à déterminer si les preuves de l'accusation sont suffisantes pour mener à un procès.

Les débats traduits en arabe à l'intention du prévenu, proche d'al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)
Selon les charges qui pèsent contre lui, Al Faqi Al Mahdi s'est rendu responsable de crime de guerre en ayant détruit neuf mausolées et l'une des plus importantes mosquées de la ville, Sidi Yahia, entre le 30 juin et le 10 juillet 2012.

Épaisse chevelure frisée, barbe, lunettes rectangulaires, Al Faqi Al Mahdi, pour qui les procédures sont traduites en arabe, affirme avoir été fonctionnaire dans l'éducation pour le gouvernement malien. «Je comprends bien les charges», a-t-il assuré, à la demande du juge.

Ahmed Al Faqi Al Mahdi poursuivi pour crime guerre après destructions 2012

Ahmed Al Faqi Al Mahdi, ex-chef du groupe islamiste radical Ansar-Dine, photographié ici lors de sa première comparution en septembre 2015, est poursuivi pour crime de guerre après les destructions de neuf mausolées datant des XIe et XIIe siècles, à Tombouctou en 2012. © ROBIN VAN LONKHUIJSEN / POOL / AFP


Tombouctou, ancien grand centre intellectuel de l'islam
Fondée entre le XIe et le XIIe siècles par des tribus touareg et inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité, Tombouctou a été un important centre intellectuel de l'islam et une ancienne cité marchande prospère des caravanes. La cité des 333 saints a connu son apogée au XVe siècle.

La destruction, en 2012, de quatorze mausolées de saints musulmans par le groupe djihadiste malien Ansar Dine au nom de la lutte contre «l'idolâtrie» avait provoqué l'indignation à travers le monde. «La conscience collective de l'Humanité a été choquée par la destruction de ces sites», a encore affirmé la procureure, «un tel crime ne peut rester impuni».

L'Unesco a depuis restauré les 14 mausolées détruits à Tombouctou, qui se trouve à quelque 1.000 kilomètres au nord-est de la capitale Bamako.
   
Viols et mariages forcés
Des ONG craignent toutefois que justice ne soit jamais rendue pour de nombreuses victimes des crimes commis en 2012 et 2013 au Mali et appellent la CPI à élargir les charges contre Al Faqi pour inclure des viols et des mariages forcés, notamment.

Les groupes djihadistes liés à al-Qaïda avaient pris le contrôle du nord du Mali en mars-avril 2012, après la déroute de l'armée face à une rébellion à dominante touareg. Un bouleversement précipité par un coup d'Etat qui, le 22 mars de la même année, avait renversé le président Amadou Toumani Touré.

Ces djihadistes ont été en grande partie chassés suite au lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale. Mais des zones entières du pays échappent encore aujourd'hui au contrôle des forces maliennes et étrangères.