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La Lettonie et la Lituanie aux portes de l'euro

Par Jean-Claude Rongéras @GeopolisAfrique | Publié le 09/08/2012 à 14H33, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

Riga 10 février 2012
Riga, le 10 février 2012 © AFP/CALLE MONTES/PHOTONONSTOP

Après la réussite de leurs drastiques efforts de rigueur afin de faire face à la crise économique européenne, la Lettonie et la Lituanie sont aujourd'hui deux bons élèves pour accéder à l'euro en 2014. L'UE a applaudit leurs performance mais leur adhésion à l'union monétaire peut encore être différée.

Les trois Etats baltes (Lettonie, Estonie, Lituanie) ont réussi leur transition depuis indépendance en 1991. Seul l’Estonie a pu intégrer la zone euro le 1er janvier 2011, car même si c’est le pays le plus pauvre du groupe, ses finances sont plus saines.

Ayant désormais surmonté la dernière crise économique de 2008, Lettons et Lituaniens devraient pouvoir adhérer à la monnaie unique le 1er janvier 2014. La vitalité retrouvée de leur économie s’explique essentiellement par des cures d’austérité.

Baisses massives des salaires en Lettonie
Confronté à une récession sévère, la Lettonie s’est mise sous la tutelle du FMI et de l’Union européenne, acceptant un prêt de 7,5 milliards euros, dont elle n’en a utilisé que 4,4. Riga a dû effectuer des coupes dans les dépenses équivalentes à 15% de son produit intérieur brut. «Le gouvernement, qui n’a pas dévalué la monnaie locale, a pris les mesures les plus dures d’Europe», a indiqué Bruxelles. En 2009, la chute du PIB a été de 18%. En 2012, il devrait augmenter de 2,5%.

L’économie lettone est repartie grâce à ses exportations centrées sur les services de transport (produits alimentaires, bois) favorisées par sa situation géographique. Aux dires des experts, les exportations ont été compétitives grâce aux baisses massives de salaires dans les entreprises. Pour atténuer le mécontentement de la population, le Premier ministre, Valdis Dombrovskis, avait notamment allongé la durée des allocations chômage.

Montage cartes Lettonie Lituanie
Montage cartes Lettonie Lituanie © AFP
 

Les problèmes énergétiques de Vilnius
Déjà confrontés par le passé à des conditions de vie difficiles (occupation soviétique et nazi), les Lettons ont su faire front. Et, visiblement, la politique du chef du gouvernement a été acceptée : les électeurs l’ont réélu en octobre 2010. Quant à Christine Lagarde, la directrice du FMI, elle s’est réjouie, le 7 juin 2012, de l’exemple donné par ce pays.  

De son côté, la Lituanie a vu son PIB s’effondrer de 14,7% en 2009. Mais la reprise, portée par les secteurs industriels et de l’énergie, a été assez rapide (hausse de la croissance de 5,9% en 2011). Cependant, malgré l’afflux de fonds européens et des sommes transférées par les émigrés, la consommation et les dépenses publiques continuent à baisser. Espoir important pour la stabilisation économique, le pouvoir d’achat des salariés a augmenté de 0,8% entre juillet 2001 et juillet 2012, pour la première fois depuis 2008.

L’une des contraintes du pays est la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (97% du gaz et 60% de l’électricité sont livrés par Moscou), l’entreprise Gazprom ayant facturé les livraisons 30% plus cher que dans les autres pays baltes. La Lituanie a même été confrontée à un blocus en 1990. Vilnius compte notamment sur la construction d’une nouvelle centrale nucléaire pour améliorer sa situation énergétique.

Les Lettons ont réussi à redresser leur pays

NTDFrench, le 28 juin 2012

Un épineux problème pour Vilnius, son économie informelle, qui représenterait entre 20 et 40% du PIB local. Les autorités lituaniennes souhaitent s'attaquer à cette pratique qui a permis de limiter les dégâts au plus fort de la crise. Au total, Vilnius compte récupérer 290 millions d’euros de ses efforts. Le gouvernement a déjà instauré l’obligation d’avoir des caisses enregistreuses sur les marchés.

Encore un effort
Grâce à leurs efforts, les deux pays devraient remplir les conditions nécessaires pour rentrer dans le club des pays de l’euro : ils doivent notamment respecter les critères de Maastricht. Un déficit public sous la barre des 3% dès 2012, sur deux exercices, avant l’adhésion effective, est exigé. La Lettonie comme la Lituanie doivent également réformer le périmètre de leurs services publics, estiment des experts.

La banque suédoise Swedbank pense que Riga a de meilleures chances que Vilnius d’être dans les clous, en raison d’une plus grande marge de manœuvre en matière «de stabilité des prix et de déficit budgétaire et d’une volonté politique plus forte».

Le sort des deux pays dépend pour une bonne part de l’évolution économique chez leurs deux grands voisins, la Russie et l’Union européenne. En vingt et un ans, les pays baltes ont réussi à se libérer de l’influence russe et à acquérir nombre des valeurs de l'Europe. Leur rattachement à l’euro serait pour eux un rapprochement avec le cœur du continent.