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La libération de Serge Lazarevic : la presse africaine trouve le prix très élevé

Par Mohamed Berkani@GeopolisAfrique | Publié le 10/12/2014 à 17H03, mis à jour le 11/12/2014 à 09H56

Serge Lazarevic
Le Français Serge Lazarevic et le président nigérien Mahamadou Issoufou, mardi 9 décembre à Niamey. © AFP

La libération de Serge Lazarevic, après trois ans de détention, est différemment appréciée en Afrique. Tout en se réjouissant, la presse africaine trouve le prix très élevé : une rançon et la libération de «quatre dangereux terroristes».

L’otage français Serge Lazarevic relâché contre une rançon de 20 millions d’euros. «L’Etat français aurait versé plus de 20 millions d’euros soit 13 milliards de FCFA aux ravisseurs et autres intermédiaires du dernier otage français, Serge Lazarevic. Et Barack Obama a eu raison de qualifier d'"hypocrite" la position française sur le paiement des rançons aux preneurs d’otages», s’indigne L’indicateur du Renouveau.

Le Soir de Bamako rapporte que «l ’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH) accuse le Gouvernement d’avoir procédé "à la énième libération des auteurs présumés des violations de droits humains en procédant à la libération Mohamed Aly Ag Wadoussène, Haïba Ag Achérif présumes terroristes ainsi que Oussama Ben Gouzzi et Habib Ould Mahouloud, auteurs présumés de graves violations de droits humains au Mali, en échange de l’otage français Serge Lazarévic."»
 
Pour le site nigérien Tam-Tam  Info, qui reprend une déclaration de la présidence, «cette libération a été le résultat d’efforts intenses et suivis tant des autorités du Niger que du Mali». Et de souligner «l’engagement et le professionnalisme dont ont su faire preuve les services nigériens et maliens engagés dans cette entreprise».
 
Hiérarchisation des victimes
Changement de ton à Alger, sous le titre Double jeu et duplicité de Paris, l’éditorialiste de La Tribune, Noureddine Khelassi, ne décolère pas : «Le paiement de rançon et la libération, parfois concomitante de prisonniers d’AQMI, révèle le double jeu des pouvoirs publics français et européens dans le dossier des otages des terroristes. Officiellement, ni paiement de rançons, ni libération de détenus d’AQMI ou du MUJAO. Ce qui voudrait dire pour les bisounours qui voudraient bien y croire, que les ravisseurs sont de parfaits Samaritains qui finissent par s’attendrir après avoir battu leur coulpe ! Mais en vérité, aucune libération d’otage, sauf cas exceptionnels dus à des concours de circonstances tout aussi exceptionnels, ne s’est réalisée sans qu’il y ait une contrepartie concrète. Paiement d’une rançon ou libération de détenus ou bien les deux à la fois. Mais c’est surtout le versement de rançon qui pose le plus problème. Il contribue à transformer la prise d’otage en véritable industrie. Il favorise la surenchère financière qui contribue à la création d’une bourse des otages où certains ressortissants de pays donnés valent financièrement plus que d’autres. Et ce sont toujours les kidnappés les mieux côtés, à savoir les Français et les autres européens qui sont détenus le plus longtemps et libérés ensuite moyennant notamment paiement. Les autres, comme les Algériens, les Américains et les Britanniques, par exemple, sont généralement exécutés, du fait même que leurs pays respectifs ne paient pas de rançon, conformément aux résolutions de l’ONU.»

La bourse aux otages
Le quotidien gouvernemental El Moudjahid rappelle la position officielle de l’Algérie par la voix du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui plaide pour «l’universalisation de l’interdiction de paiement de rançons». «C’est à travers les ressources financières rendues disponible par le trafic de drogue et les rançons obtenues suite à des prises d’otages que les groupes terroristes renforcent leurs capacités et étendent leur sphère d’action», a-t-il déclaré lors de l’ouverture du 2e séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, le 9 décembre.
 
RFI, Radio France International, revient sur la colère des sociétés civiles africaines qui s’indignent de la libération de jihadistes comme monnaie d’échange. «Si c’est un succès pour la diplomatie française, pour nous, c’est une grave violation des droits des victimes maliennes. Parce que c’est nous qui souffrons au Mali. Et s’il faut échanger un terroriste malien contre un otage français, ça voudra dire que nous n’avons plus notre raison d’être et que le gouvernement ne défend pas les populations», affirme Moctar Mariko, président de l’Association malienne des droits de l’homme, à RFI.