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La loi russe anti-gay jette un froid sur les JO de Sochi

Par Dominique Cettour-Rose avec AFP@GeopolisFTV | Publié le 09/10/2013 à 14H31, mis à jour le 04/02/2014 à 15H48

Poutine loi anti-gay
Vladimir Poutine lors d'un conseil présidentiel pour la culture et les arts, le 2 octobre 2013 au Kremlin, à Moscou, alors qu'Elton John a prévu de protester contre la loi anti-gay sur scène lors de ses concerts en Russie, prévus en décembre 2013. © ALEXEI NIKOLSKY / RIA-NOVOSTI / AFP

Vladimir Poutine a promulgué fin juin 2013 une loi interdisant tout acte de «propagande homosexuelle» devant mineurs. Le texte est jugé discriminatoire par des associations russes de défense des droits de l’Homme et provoque une vague d’indignation dans le monde. Des appels au boycott des jeux Olympiques d’hiver de Sochi, en février 2014, ont même été lancés. Des JO chers au président russe...

Vladimir Poutine a bien l'intention de faire des Jeux de Sochi une vitrine pour la Russie. Mais le tollé international que suscite sa loi anti-gay, dont les contours sont flous, pourrait quelque peu ternir l'image de cet événement planétaire.

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre britannique David Cameron et au Comité international olympique, l'acteur Stephen Fry, ouvertement homosexuel et très populaire outre-Manche, a appelé au retrait de l’organisation des JO à la Russie. Ce militant de la cause homosexuelle dénonce une loi «barbare» à travers laquelle Vladimir Poutine «désigne les gays comme boucs-émissaires».

Sur son compte Twitter (plus de six millions d'abonnés), l'artiste propose d’organiser les Jeux d’hiver soit à Vancouver, où ils avaient eu lieu en 2010, ou à Montréal et Québec.

«Aucune tolérance»
Réponse de M. Cameron sur le site de microblogging : «Merci pour votre lettre @stephenfry. Je partage votre profonde inquiétude quant à la violation des droits des homosexuels en Russie. Mais je pense qu'on peut mieux combattre les préjugés en participant plutôt qu'en boycottant les jeux Olympiques d'hiver».

Une position défendue également par Barack Obama qui avait, dès le début du mois d'août, dénoncé un texte sans «aucune tolérance pour des pays qui tentent de traiter les gays, les lesbiennes ou les personnes transgenres d'une manière qui les intimide ou qui leur nuit».

Pas convaincu non plus par le boycott des Jeux, le blogueur américain Dan Savage a préféré appeler à boycotter la Vodka russe dans tous les bars gays pour dénoncer ce qu'il qualifie de «pogrom anti-homo de Poutine». La fronde s'est également propagée sur Facebook avec une page intitulée «Boycott Sochi 2014» suivie par plus de 11.000 personnes.

L’artisan de la loi controversée, Vitali Milonov, député de Saint-Pétersbourg, s’est pourtant défendu de toute homophobie restant sourd à la protestation. «Je n'ai pas entendu de commentaires de la part de l'administration de la Fédération russe, mais je sais qu'elle agit en conformité avec la loi russe. Et si la loi a été approuvée par la législature et signée par le président, la Fédération n'a aucun droit de la suspendre, elle n'en a pas l'autorité».

Cet élu de 39 ans est connu pour ses déclarations choc sur l'homosexualité.

Images tournées, le 19 septembre 2013, devant les locaux du Queer Fest, festival de la culture LGBT à Saint- Pétersbourg et mises en ligne sur le compte Youtube de Julien Pain (journaliste à France 24).

D'après la nouvelle loi, les étrangers risquent une amende de 100.000 roubles (2.300 euros) maximum, jusqu'à 15 jours de détention et l'expulsion du pays. Nombre de défenseurs des droits de l'Homme en Russie et à l'étranger ont dénoncé un texte homophobe dont la formulation très vague ouvre la voie à une très large interprétation. Un couple homosexuel se tenant par la main en public se trouverait ainsi hors la loi.

Les sanctions sont encore plus sévères si cette «propagande» est effectuée sur internet, et prévoient que les personnes morales (sociétés, associations, etc.) pourront être fermées jusqu'à 90 jours.

La loi a été appliquée pour la premère fois avec l'interpellation fin juillet près de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, de quatre ressortissants des Pays-Bas, parmi lesquels le chef d'une ONG LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) néerlandaise. Accusés de propagande homosexuelle devant mineurs, alors qu'ils tournaient un film sur les droits des gays, ils ont passé plusieurs heures dans un poste de police et se sont vu interdire l'accès au territoire russe pendant trois ans.

C'est dans ce contexte que l’ONG de défense des droits des homosexuels All Out a déposé au CIO à Genève une pétition en ligne qui demande l’abrogation des «lois homophobes» et qui avait recueilli presque 400.000 signatures, le 9 octobre 2013.

«Une maladie mentale jusqu'en 1999»
«Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous excuser devant les Occidentaux», a encore réagi M.Milonov. «Pour moi, Stephen Fry est porteur du mal car il exprime des idées qui sont diaboliques», a-t-il lancé. «Les homosexuels peuvent vivre comme ils veulent, mais il ne faut pas faire la propagande de la perversion», a-t-il ajouté.

L'homophobie est largement répandue en Russie où jusqu'en 1993 l'homosexualité était considérée comme un crime, et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. Ces derniers mois, l'intolérance envers les gays s'est renforcée. Plusieurs cas de meurtres de personnes en raison de leur orientation sexuelle ont été recensés dans le pays récemment.

Selon un sondage de l’institut Vtsiom dont les résultats ont été publiés en juin, 88% des Russes soutiennent l’interdiction de la «propagande» homosexuelle. La population pense même à 54% de qu’il faut punir l’homosexualité.

«Nous devons  profiter de toutes les occasions pour attirer l'attention sur la situation des droits de l'homme en Russie», a estimé Igor Tchikov de l'association Agora qui réunit des avocats de victimes de violences homophobes. Ce militant a qualifié de «très symbolique» sa rencontre avec Barack Obama, début septembre en Russie.

A quatre mois des jeux Olympiques, qui se déroulent du 7 au 23 février 2014 dans la station balnéaire russe située au bord de la mer Noire, non loin des Carpates, le CIO a fait savoir qu'il n'avait «pas vocation à discuter des lois dans les pays dans lequels étaient organisés les JO». 

L'homophobie banalisée 
Vladimir Poutine, qui a usé de toute son influence pour décrocher en 2007 l'organisation des JO, se défend de toute homophobie et justifie cette loi par la lutte contre le déclin de la polulation de Russie. «Les personnes qui sont à l'origine de cette loi sont parties du principe que les mariages de même sexe ne produisaient pas d'enfants», a affirmé le président russe, sourd au flot de critiques dénonçant la banalisation de l'homophobie en Russie.

A travers ces Jeux, la Russie va montrer son «respect pour l'égalité et la diversité, des idéaux qui suivent les idéaux mêmes du mouvement olympique», a déclaré M. Poutine, le 6 octobre 2013, en recevant la flamme olympique à Moscou. Une allusion aux critiques de l'Occident vis-à-vis de sa politique?
 

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