Trois questions à...

Macédoine,  Europe

La Macédoine, un «laboratoire européen», selon l'écrivain Jordan Plevnes

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisFTV | Publié le 23/09/2016 à 13H42

L'écrivain macédonien Jordan Plevnes
L'écrivain macédonien Jordan Plevnes © DR

Dans «La huitième merveille du monde», l’écrivain macédonien Jordan Plevnes, qui parle parfaitement le français, raconte avec humour la tentative de construction de la huitième merveille du monde par un architecte macédonien. L’architecte, qui rappelle un peu Don Quichotte, évolue dans un monde absurde. Un monde… très balkanique. Rencontre avec son auteur, ex-ambassadeur de Macédoine en France.

Qu’avez-voulu montrer ?
Nous vivons aujourd’hui à une époque où l’humanisme est liquidé quotidiennement dans le paysage mondial. J’essaye d’apporter une réponse esthétique à ce que nous vivons. La huitième merveille du monde, c’est un peu un jukebox international où sont représentées les 6380 langues de la liste des diversités culturelles de l’Unesco. C’est une réponse esthétique à l’histoire du monde et à ces appels à la liquidation de l’autre. Une réponse à la question de savoir si l’humanité a une chance dans l’avenir du monde. Cela me fait penser à la phrase l’écrivain argentin Jorge Luis Borges pour qui «La seule chose qui peut nous sauver est d’être des citoyens du monde». Un monde où même l’humanité est en crise.

L’Europe est un exemple de cette crise. Comme le disait l’écrivain Nicolas Bouvier, son cerveau «se trouve entre Paris et Berlin», mais son cœur «se trouve dans les Balkans». Le problème de cette région est d’avoir été bouleversée par des liquidations et des massacres. Et de continuer à attendre devant la porte de l’Europe. Aujourd’hui, ce ne sont pas que les Balkans qui sont menacés, mais tout le continent.

Qu’en est-il plus précisément de la Macédoine ? Certains observateurs pensent qu’en raison des tensions qui y règnent, notamment entre slavophones et albanophones, entre chrétiens et musulmans, ce pays pourrait être menacé d’éclatement.
Selon les propos d’un balkanologue français, la Macédoine, c’est un peu le carrefour des empires morts : celui d’Alexandre (le Grand), l’empire romain et l’empire ottoman.

C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu’il n’y a pas de solution hors de l’Europe. La région vit dans une tragédie de la solitude. Mais fasciné par la découverte de la civilisation mondiale, j’insiste que désormais, il y a une unité de danger (un peu comme on parle d’unité de temps ou de lieu) au niveau mondial. Les problèmes ne concernent donc pas que les Balkans, ils sont européens et mondiaux. On parle d’ailleurs d’une balkanisation de l’Europe.

Drapeau macédonien brandi lors d'une manifestation à Skopje 17-5-2015
Drapeau macédonien brandi lors d'une manifestation à Skopje, capitale de la Macédoine, le 17 mai 2015. © REUTERS - Ognen Teofilovski

Alors, c’est vrai que mille questions n’ont pas été résolues dans les Balkans. La question du nom Macédoine, que le pays se dispute avec la Grèce, est l’une de ces mille questions. Comme celle des Balkans qui ne sont pas encore intégrés dans l’Europe et celle de l’immense problème des réfugiés. Alors, évidemment, on peut parler de l’éclatement de la Macédoine ou de la Bulgarie, mais la question est très européenne, et pas uniquement régionale. Il faut élargir les perspectives.

A lire votre livre, on a l’impression que votre pays a un complexe d’infériorité. Et un vrai problème identitaire…
L’identité macédonienne est née au milieu du XIXe, à l’époque du «Printemps des peuples». Cernée par des pays homogènes (Serbie, Grèce, Bulgarie), elle a été portée par des intellectuels, grands admirateurs de la France et qui parlaient français. Le français était alors le seul espéranto dans les Balkans. En août 1903, lors d’une insurrection contre l’Empire ottoman, une petite république macédonienne a duré 10 jours avant d’être étouffée par la répression.

Les territoires macédoniens ont ensuite été partagés entre la Serbie, la Bulgarie et la Grèce. Et c’est seulement en 1944 qu’a été créée une République de Macédoine dans le cadre de la Yougoslavie

Pour vous, la Macédoine n’a donc pas de problème identitaire. Ce n’est pas exactement l’impression que donne la polémique sur le nom Macédoine…
C’est le problème de la Grèce ! L’identité macédonienne est une identité émancipée qui a été soutenue par des intellectuels serbes, bulgares, grecs. La Macédoine est un Etat complètement européen. Ce sont nos voisins qui ont des problèmes et on ne peut pas accepter l’hégémonisme de l’un ou l’autre. Ce pays est un laboratoire européen et international: sa population compte 2,5 millions d’habitants et deux millions de Macédoniens vivent à l’étranger. Regardez notre télévision : elle diffuse des programmes en sept langues : macédonien, serbe, turc, rom, grec, albanais, valaque. Tout ce dont l’Europe a rêvé, la Macédoine l’a fait. Mais on le sait peu. Et c’est un magnifique grain de progrès que vous veniez m’interviewer !

«La huitième merveille du monde», Jordan Plevnes, La Table Ronde (2005) 

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