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Hongrie,  Europe

La montée de l'extrême droite

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 19/01/2012 à 17H32, mis à jour le 25/02/2014 à 16H39

Défilé Garde hongroise milice parti d'extrême droite Jobbik 9-11-2007 à Tatarszentgyory village situé à 60 km
Défilé de la Garde hongroise, milice du parti d'extrême droite Jobbik, le 9-11-2007 à Tatarszentgyory, village situé à 60 km au sud-ouest de Budapest © AFP - ATTILA KISBENEDEK

Milices avec des uniformes paramilitaires défilant au pas, acharnement contre les roms, propos antisémites… Vue de l’étranger, la montée de l’extrême droite en Hongrie ne manque pas d’inquiéter.

«La Hongrie et la Bulgarie sont les deux pays européens dans lesquels la montée de l'extrême droite constitue un vrai risque», prévient le politologue Krisztian Szabados. La droite extrême hongroise est représentée par le parti Jobbik (16,6 % des voix aux élections d’avril 2011). Jobbik (jeu de mots en hongrois signifiant à la fois "le meilleur" et "le plus à droite"), fondé en 2003, est dirigé par un enseignant en histoire de 31 ans, Gabor Vona.

"Groupe d'autodéfense"
Pêle-mêle, la formation dénonce la «criminalité rom», le chômage, le communisme, le capitalisme... Et flirte avec l’antisémitisme. A écouter Gabor Vona, les juifs, après avoir utilisé le communisme, perpétueraient aujourd'hui leur emprise sur le pays. Dans le même temps, la formation extrémiste a créé en 2003 un «groupe d’autodéfense», la Garde hongroise, apparemment non armée, pour «protéger» les Hongrois. Notamment contre les roms, minorité la plus pauvre du pays. Le groupe, qui se revendique de Miklos Horthy, régent de la Hongrie de 1920 à 1944 et allié de l’Allemagne nazie, organise ainsi des défilés dans les villages où vivent d’importantes communautés tziganes. Ses membres, vêtus d’un uniforme noir, marchent au pas en arborant un blason déjà utilisé par le parti nazi hongrois pendant la dernière guerre…

En 2008 et 2009, six roms dont un enfant, ont été tués. Les responsables de ces meurtres ne font pas partie de Jobbik ni de la Garde qui a été en théorie interdite

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Travail obligatoire pour les roms: une vidéo de France 2, 21 septembre 2011


Plusieurs raisons expliquent ce phénomène extrémiste. Vingt ans après la chute du communisme, nombre de Hongrois manifestent, dans un contexte de crise économique, leur déception notamment face à l’UE. Ils rejettent aussi une classe politique jugée cynique et corrompue.

Une politique nationaliste et ultra-conservatrice
«A travers la montée du Jobbik, on voit émerger une nouvelle génération de politiciens qui ont réussi à faire le lien» entre un ultranationalisme fortement teinté d'antisémitisme, traditionnel dans certains milieux intellectuels, «et les frustrations d'aujourd'hui», analyse Attila Fölz, professeur de sciences politiques à l'Université centrale européenne. Le Fidesz, parti du premier ministre Viktor Orban, au départ de centre-droit, a su s’adapter. Il pratique aujourd’hui au pouvoir une politique nationaliste et ultra-conservatrice. La nouvelle Constitution, entrée en vigueur en janvier, ne fait plus référence à la "République de Hongrie", mais juste à la "Hongrie". Elle rappelle «le rôle du christianisme» dans l'histoire du pays et entend restaurer la continuité juridique et symbolique de la «Hongrie millénaire». Tout en remettant en cause le droit à l’avortement.

 


La politique de Viktor Orban: un sujet de France 2, 25-4-2011

 

En théorie, le Fidesz, qui gouverne seule avec une majorité imposante, dit n’avoir rien de commun avec le Jobbik. Pourtant, Viktor Orbán ne cherche pas à se distancer de l’extrême droite. «J’ai toujours refusé [de me démarquer, NDLR] car je veux décider seul. Je ne veux pas qu’on me dicte ma conduite», explique-t-il.

«Les Hongrois appartiennent à un peuple très fier et rebelle qui estime s’être toujours distingué dans le passé, ce qu’a parfaitement compris Viktor Orban», commente de son côté un journaliste français marié à une Hongroise. «Mais ils ne semblent pas se rendre compte de ce qui se joue dans leur pays. Leur apparente passivité s’explique quelque part par la peur d’un retour de l’ère communiste».