LA PHOTO. Centrafrique: des femmes accusées de «sorcellerie» détenues à Bangui

Par Alain Chémali avec AFP | Publié le 28/02/2018 à 14H50

Dans la pénombre de la prison pour femmes de Bimbo à Bangui, plusieurs femmes incarcérées pour «sorcellerie» dans une cellule remplie de lits superposés, égrènent leur chapelet, agglutinées autour d'images pieuses. Sur les 42 détenues de Bimbo, la moitié est accusée de pratiques de charlatanisme et de sorcellerie, un crime prévu par les articles 149 et 150 du code pénal centrafricain.

  • Les femmes premières victimes d'accusations impossibles à prouver.
    Les femmes, premières victimes d'accusations impossibles à prouver.

    «La sorcellerie pose problème au législateur centrafricain. C'est toujours mystique, donc il est compliqué de rendre une décision pour un juge», explique Nadia Carine Fornel Poutou, présidente de l'association des femmes juristes à Bangui. Puisque les preuves sont difficiles, sinon impossibles à collecter, l'accusation vaut le plus souvent condamnation. Certains usent de cette faille juridique pour régler leurs comptes, étancher leur jalousie, estime la juriste. Et les femmes sont les premières à en faire les frais. Selon la chercheuse en anthropologie Louisa Lombard, spécialiste de la Centrafrique, le délitement des sociétés traditionnelles, aggravé par le conflit que connaît le pays depuis 2013, permet aux femmes d'entrer en concurrence avec les hommes et de remettre en cause l'ordre patriarcal, ce qui en fait des «cibles» pour la société. © FLORENT VERGNES/AFP