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La plaie mortelle des incendies criminels d’écoles au Kenya

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 06/09/2017 à 11H48, mis à jour le 06/09/2017 à 11H48

Ecole Moi incendiée à Nairobi
Ecole Moi incendiée le 2 septembre 2017 à Nairobi au Kenya. © REUTERS/Baz Ratner

C’est un incendie criminel qui est à l’origine de la mort de neuf jeunes filles dans l’incendie de leur dortoir dans une école de Nairobi, samedi 2 septembre 2017. Les incendies criminels sont en perpétuelle augmentation au Kenya. Et le plus souvent ces crimes sont perpétrés par des élèves, déçus par l’enseignement reçu. Cette fois quatre lycéennes sont suspectées.


«Ce n’était pas un accident. C’était un incendie criminel.» Le ministre de l’Education, Fred Matiang’i, n’a pas donné plus de détails sur le drame qui a frappé le lycée Moi, un établissement de jeunes filles de la capitale. Mais les incendies criminels d’établissements scolaires sont monnaie courante au Kenya. Du reste, la Croix-Rouge kenyane a signalé trois autres incendies d’écoles dans le pays pour la seule journée du 4 septembre.
 
Entre 2015 et 2016, environ 350 écoles ont brûlé au Kenya. 113 entre juin et juillet 2016. Une véritable «épidémie» qui a donné lieu à l’arrestation de 150 élèves et aussi de 10 enseignants. Selon la professeure d’université, Elizabeth Cooper, qui a travaillé sur le sujet, le pic des incendies survient au moment des examens.
 
Mais la peur de l’échec scolaire n’est pas le seul moteur. Les incendies sont également des actes de vengeance. Soit contre la médiocrité de l’enseignement, la nourriture, ou le matériel jugé obsolète. Les élèves vivent l’école comme une prison, et en détruisant les locaux, ils peuvent rentrer chez eux.
 
Elèves incendiaires
Vengeance contre la corruption également comme dans l’exemple cité par la chercheuse. Depuis trois ans, les parents cotisaient pour l’achat d’un bus. Ne voyant rien venir, les élèves se sont vengés contre le directeur. Après avoir vidé les réservoirs d’eau et coupé les fils du téléphone, les élèves ont mis le feu à la voiture du directeur et l’ont poussée dans la maison.
 
Certains chefs d’établissement ont fait les frais de ces vendettas. Aux yeux des élèves, c’est la preuve que les étudiants ont besoin de passer par des actes de violence pour se faire entendre. Jusqu’à ce jour, les incendies n’avaient pas fait de victimes, or, ce sont les dortoirs qui sont pris pour cible. Pour les autorités, cela démontrait la parfaite organisation des élèves, capables de s’extirper de la fournaise. Cette fois l’attaque serait-elle venue de l’extérieur? Pourquoi pas de la part d’un étrange cartel lié à la fraude aux examens.

Dans l’école Moi, l’enquête se poursuit et, selon la presse, les investigations se resserrent autour de quatre élèves. Selon le ministre de l’Education, elles devraient être bientôt traduites en justice. Pendant ce temps plusieurs étudiantes accusent l’une d’entre elles d’être à l’origine de l’incendie. En fait, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours pour la troisième fois. Le feu est bien parti de son lit, mais rien ne prouve qu’elle en soit à l’origine.