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Liberia,  Afrique

La présidente Sirleaf saura-t-elle réconcilier les Libériens?

Par FTV@GeopolisAfrique | Publié le 06/01/2012 à 14H48, mis à jour le 30/06/2016 à 15H54

La présidente Libéria Ellen Johnson Sirleaf
La présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf © AFP - GLENNA GORDON

La présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, réélue en novembre après un entre-deux tours marqué par la violence, doit être investie le 16 janvier à Monrovia. La toute nouvelle prix Nobel de la paix, appréciée à l’étranger mais contestée dans son propre pays, a fort à faire pour redresser cette petite nation anglophone de 4 millions d’habitants ravagée par une guerre civile entre 1989 et 2003.

Légitimité contestée
Ellen Johnson Sirleaf a été réélue le 8 novembre avec 90,7 % des voix au second tour de la présidentielle. Elle était restée seule en lice après le retrait de son rival Winston Tubman, leader du Congrès pour le changement démocratique (CDC), qui a tout de même obtenu 9,3 % des suffrages. Le taux de participation a été de 38,6 %, soit une diminution de la moitié du taux (71,1 %) atteint au premier tour, le 11 octobre.  

Selon les observateurs internationaux, le processus électoral a été « libre et transparent ». Pour autant, la tension a considérablement augmenté entre les deux scrutins. Dénonçant «des fraudes» commis en faveur de la présidente sortante lors du premier tour, Winston Tubman s’était retiré de la course et avait appelé au boycott.

La veille du second tour, des policiers avaient violemment dispersé à Monrovia un rassemblement de milliers de personnes venues soutenir le chef de l’opposition qui dit avoir été victime d’une tentative d’assassinat à l'issue de la manifestation. Au moins deux personnes ont été tuées par balles. La répression a ravivé la crainte de violences généralisées dans un pays traumatisé par la guerre civile, «d’une barbarie absolue» (selon Libération), qui a fait 250.000 morts. Elle «n’a fait que renforcer la crise de légitimité de l’élection», note un analyste ouest-africain, Lansana Gbere.

 

 


Une tâche immense
Ellen Johnson-Sirleaf se trouve confrontée à une tâche immense dans un pays qui est l’un des plus pauvres du monde. Ancienne de la Banque mondiale, elle a déjà «obtenu l’annulation de la dette, attiré 16 milliards de dollars d’investissements étrangers, posé les bases du développement. Il lui faut maintenant s’assurer que cela profite davantage aux deux tiers de la population encore sous le seuil de pauvreté, et aux 80 % de Libériens sans emploi formel», selon un article de RFI.

Autre défi : mettre en place une politique de réconciliation. «Aucun responsable des atrocités de la guerre n’a été jugé», rappelle Stephen Ellis, spécialiste du Liberia qui enseigne à l’université de Leyde aux Pays-Bas, cité par Libération.

 

 


"Les démons sont toujours là"
Les adversaires de la présidente lui reprochent son soutien financier à Charles Taylor, redoutable chef de guerre, président entre 1997 et 2003, en attente de jugement à La Haye. Dans le même temps, un autre chef de guerre, Prince Johnson, assassin de l’autre ex-président Samuel Doe, mort sous la torture en 1990, s’est présenté au premier tour et a soutenu le prix Nobel de la paix au second.
 
«Corruption, népotisme, division entre une minorité de descendants des esclaves américains et les 95 % d’autochtones : les démons du Liberia sont toujours là», note Libération. Des démons qui menacent toujours de ressurgir…

A lire
American Darling, Russel Banks (Actes Sud, 2005, traduit par Pïerre Furlan): Hannah Musgrave, 59 ans, raconte son itinéraire d'Américaine d'extrême gauche qui l'a menée des Etats-Unis au Liberia alors que le pays s'apprête à plonger dans l'horreur... Un roman aux sources du conflit libérien.