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La Tanzanie menace les défenseurs des homosexuels et les écolières enceintes

Par Géopolis (avec agences)@GeopolisAfrique | Publié le 26/06/2017 à 14H19

Le président John Magufuli
© Daniel Hayduk / AFP

Le gouvernement tanzanien a menacé d'arrêter tous les défenseurs des homosexuels, promis d'expulser les étrangers qui militeraient pour leurs droits et…d’exclure de l’école les écolières enceintes.

«Je voudrais rappeler et avertir toutes les organisations et institutions qui font campagne et prétendent défendre les intérêts des homosexuels (...) Nous allons arrêter et traduire en justice tous ceux qui sont impliqués», a affirmé, dimanche 25 juin 2017, le ministre de l'Intérieur, Mwigulu Nchemba dans un discours public.
 
«Ceux qui veulent l'homosexualité devraient partir vivre dans les pays qui acceptent ce genre de pratiques (...) S'il y a une organisation dans le pays qui soutient et plaide en faveur de l'homosexualité, elle perdra son enregistrement», a poursuivi Mwigulu Nchemba.

 
Le ministre a averti que son pays n'hésiterait à chasser du pays tout étranger défendant les droits des homosexuels. «Si nous trouvons un étranger menant cette campagne, il ou elle sera déporté(e) sans le moindre délai. Ils n'auront même pas le temps de retirer leur téléphone portable de la prise électrique», a-t-il asséné.
 
«Avez-vous jamais vu une chèvre ou un porc se livrer à ce jeu?»
Dans un discours très controversé prononcé jeudi dernier, le président tanzanien John Magufuli s'en était déjà pris aux organisations défendant les droits des homosexuels et plaidant pour le droit des mères adolescentes à poursuivre leur scolarité après des maternités. «Ceux qui nous enseignent des choses pareilles ne nous aiment pas, mes frères. Ils nous ont apporté la drogue, les pratiques homosexuelles que même les vaches réprouvent», avait affirmé le chef de l'Etat.
 
John Magufuli a exhorté ses administrés à cesser «d'imiter ces pratiques indignes», même si cela risque d'entraîner l'arrêt de certaines aides extérieures. «Ils (les Occidentaux) brandissent l'aide, mais ce sont les ressources qu'ils nous volent!».

 
«Vous, vous élevez du bétail; mais avez-vous jamais vu une chèvre ou un porc se livrer à ce jeu? Et ces gens veulent que les Tanzaniens s'y adonnent!», avait-il ajouté.
 
Le gouvernement tanzanien avait menacé au début de l'année de publier des listes d'homosexuels faisant commerce de leur corps, avant d'y renoncer par la suite. Quelques jours plus tôt, il avait ordonné la fermeture de centres de santé spécialisés dans la lutte contre le sida, accusés de promouvoir l'homosexualité, une décision critiquée par les États-Unis.  L'homosexualité est punissable en Tanzanie de très lourdes peines de prison, mais c'est seulement récemment que les autorités ont adopté une rhétorique anti-gay.

 
Les écolières enceintes privées d’école
Le président tanzanien John Magufuli a soutenu que les écolières tombant enceintes ne pouvaient pas poursuivre leur scolarité après leur accouchement. «Moi, je donne de l'argent pour que l'élève étudie gratuitement. Et après, elle tombe enceinte, accouche et revient par la suite à l'école. Non, pas sous mon mandat !», s'est exclamé le président lors d'un déplacement à Chalinze, à une centaine de kilomètres à l'ouest de la capitale économique Dar es Salaam.
 
Un rapport de l'ONG Human Rights Watch, publié le 16 juin 2017, avait affirmé que des responsables d'écoles de Tanzanie effectuaient des tests de grossesse afin d'expulser les élèves enceintes, les privant ainsi de leur droit à l'éducation.
 
Selon John  Magufuli, si les Tanzaniens écoutaient les organisations occidentales de défense des droits de l'homme, «il pourrait arriver que, dans toute une classe, toutes les élèves aient des bébés».
 
«Dans ce cas alors, que se passerait-il ? Pendant que le professeur donne son cours, elles sortiraient toutes pour aller donner le sein aux bébés? Jamais sous mon mandat! Si ces ONG aiment vraiment ces élèves, qu'elles leur ouvrent des écoles spéciales pour mères», a-t-il ajouté.

 
Violence scolaire à l’école
L'organisation africaine de défense des droits des femmes FEMNET a condamné ces propos «inacceptables et répugnants». «Nous avons réalisé un travail énorme pour que les filles-mères africaines soient libérées des chaînes de la discrimination et de la violation, et voilà qu'un président en exercice (...) traite leur situation comme une grave maladie infectieuse dont les autres filles doivent être protégées», a déclaré Dinah Musindarwezo, directrice de FEMNET.
 
Faiza Mohammed, directrice de l'ONG Equality Now, a elle regretté «qu'au lieu de s'occuper du problème de la violence sexuelle à l'école, la vraie raison pour laquelle les filles tombent enceintes, le président Magufuli préfère victimiser une deuxième fois des jeunes filles en leur refusant leur droit à l'éducation».