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Grèce,  Europe,  Turquie

La Turquie a-t-elle mis soudainement fin au passage des migrants ?

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 28/03/2016 à 14H54

Turquie migrant arrêté par garde-côtes
Un migrant pris par les garde-côtes turcs à Izmir, le 20 Mars 2016. Il a été arrêté avec d'autres migrants alors qu'il essayait d'atteindre l'île grecque de Lesbos. © OZAN KOSE / AFP

350 migrants interceptés par les garde-côtes turcs dimanche 27 mars. Aucune arrivée de migrants arrivée en Grèce en 24 heures selon Athènes jeudi 24 mars. L’accord controversé entre la Turquie semble produire ses premiers effets. Si ces chiffres se confirment, de quoi s’étonner sur la capacité turque à soudainement contrôler sa frontière.

La Grèce a déclaré jeudi 24 mars qu'aucun migrant n'était arrivé sur les îles de la mer Égée dans les 24 heures précédentes. Faut-il y voir une première application de l'accord entre l'UE et la Turquie pour mettre un terme à l'afflux massif de réfugiés en Grèce et en Europe ? Certes la météo a sa part de responsabilité dans le ralentissement des traversées. Mais depuis un an, c’est la première fois que le nombre de réfugiés traversant ce petit bout de mer Egée pour gagner l’Europe est aussi faible. 
 
En mars, le nombre de réfugiés était encore en moyenne de 996 par jour et de 1968 en février, selon les données du HCR. Depuis le début de l’année, quelque 100.000 personnes avaient réussi à traverser la mer.

En 2015, un million de migrants
L’accord UE-Turquie prévoit le renvoi en Turquie de toutes les personnes arrivées en Grèce depuis le 20 mars, y compris les demandeurs d’asile syriens. De nombreuses associations ou organisations, comme MSF ou l'agence pour les réfugiés de l'ONU, le HCR, ont critiqué cet accord UE-Turquie, ce qui ne met pas en cause sa complexe mise en oeuvre.
 
En 2015, plus d'un million de migrants sont entrés en Europe. Depuis l’accord, la Turquie semble d’un coup en mesure de contrôler ses côtes. «Avant l'accord, des centaines de réfugiés traversaient la mer ici», raconte Hasan Balci, un pêcheur de 50 ans. Attablé à un café, il regarde l'étendue d'eau turquoise qui sépare de quelques milles seulement la Turquie de l'île grecque de Lesbos. «Aujourd'hui, il n'y en a plus aucun», témoigne un turc cité par la Tribune de Genève. 

Enfant migrant à Lesbos 4 janvier 2016.

Il tient une main, sans doute celle de son père. Ce jeune réfugié syrien vient d'atteindre l'île de Lesbos dans un bateau pneumatique. En 2015, un million de réfugiés a traversé la Méditerranée pour rejoindre l'Europe. © Reuters/ Giorgos Moutafis

 

«Izmir était le coeur de ce trafic»
Cet article de la presse suisse raconte comment, sur le littoral turc, la situation a totalement changé. «Depuis des mois, Izmir était le coeur de ce trafic, notamment son district de Basmane, transformé en véritable bourse aux traversées. Les migrants y négociaient à la terrasse des cafés avec les passeurs les conditions de leur voyage à hauts risques vers la Grèce, pour un prix atteignant jusqu'à 1200 dollars par personne. Aujourd'hui, les tables du quartier sont vides. «C'est fini», lâche un commerçant en pleurant la fin de sa lucrative activité de vente de gilets de sauvetage », peut-on lire dans le quotidien francophone.
 
La Turquie avait déjà été spoupçonnée de se servir des migrants pour ses besoins de politique étrangère. La Grèce avait mis en cause, à mi-mots, Ankara de laisser passer les migrants selon son bon vouloir, sans que rien n'étaye ces accusations. «Alors que Mme Merkel est en visite à Ankara, la Turquie a montré sa force en envoyant plus de 30.000 réfugiés», avait affirmé un responsable de la police au journal grec Kathimerini en octobre dernier. «Comme si Ankara essayait de dire aux Européens:"Regardez le genre de problème que je peux vous créer."», ajoutait le journal. Un haut fonctionnaire d'Athènes avait même précisé au journal: «L'objectif de la Turquie est d'essayer d'obtenir autant que possible de l'Union européenne pour endiguer le flux des réfugiés et des migrants en Grèce, et par conséquent vers l’Europe du Nord».  Depuis l'accord, le flot de migrants semble effectivement se tarir...<

A l'Europe maintenant d'honorer sa part du contrat. Si l’accord négocié avec la Turquie ne se concrétisait pas totalement (libération des visas, négociations sur l’adhésion), Ankara pourrait remettre en cause son contrôle sur le passage de ses frontières. «Si les engagements de l'UE vis-à-vis de la Turquie ne sont pas honorés, que deviendra l'accord ? Le gouvernement turc acceptera-t-il de participer à ce mécanisme sans monnaie d'échange ?», s'interrogeait La Tribune. Réponse dans les semaines à venir.

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