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La Turquie et l’Iran veulent faire la guerre contre Daech à la carte

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 27/10/2016 à 12H03

Les ministres turc Binali Yildrim iranien Javad Zarif
Le ministre des Affaires étrangères iranien, Javad Zarif, reçu par le Premier ministre turc Binali Yildrim, le 28 septembre 2016, au palais de Cankaya à Ankara. C'est la troisième fois en un mois et demi que le chef de la diplomatie iranienne rencontre des responsables turcs en dépit du soutien de l'Iran à Bachar al-Assad et celui de la Turquie à la rébellion syrienne. © HAKAN GOKTEPE/TURKISH PRIME MINISTRE PRESS OFFICE/AFP

En marge de la guerre mondiale faite à Daech par Washington et sa coalition d’une part et Moscou allié au régime de Bachar al-Assad de l’autre, des divergences sont apparues entre deux puissances de la région sur les modalités de la mener. Téhéran ne souhaite pas que la Turquie soit associée à la reconquête de Mossoul et Ankara refuse que les combattants kurdes participent à la prise de Raqqa.


Alors que la reconquête de Mossoul par l’armée irakienne, appuyée par les milices chiites pro-iraniennes et les raids de la coalition américaine, progresse plus lentement que prévu, l’Iran, allié tutélaire de Bagdad, manifeste des inquiétudes.

Le président Rohani juge «très dangereuse» la présence de militaires turcs en Irak 
Les responsables iraniens voient en effet d’un mauvais œil la participation de la Turquie à l’offensive contre le fief historique du Califat de l’EI en Irak et le font savoir.
 
«Ankara a affirmé que Mossoul appartenait historiquement à la Turquie. Sans concertation avec le gouvernement irakien, elle maintient ses troupes dans la province: c’est l’exemple même d’une ingérence, au mépris du droit international. Et cela peut créer de l’instabilité», a déclaré au journal Le Monde Alaeddine Boroujerdi, le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement iranien.
 
Le président Hassan Rohani avait lui-même donné le ton en jugeant «très dangereuse» la présence de militaires turcs à Bashiqa, en territoire irakien, malgré la demande de leur retrait par Bagdad.

Le Hezbollah libanais critique l'arrogance de la Turquie 
Même le secrétaire général du Hezbollah libanais, pro-iranien, a relayé le message. «La Turquie a l’audace de demander une participation à cette bataille qui concerne en premier et dernier lieu les Irakiens. Son arrogance atteint un tel niveau que pour se justifier, elle demande une révision de l’accord de Lausanne pour prouver la nationalité turque de Mossoul», s’est emporté Hassan Nasrallah, le 23 octobre à Beyrouth.

Carte Moyen-Orient

Carte du Moyen-Orient: l'empire turc, Perse et la péninsule arabique - Eau forte extraite de l'«Atlas Nouveau contenant toutes les parties du monde» 1730 de Guillaume de L'Isle (1675-1726) . © ©Luisa Ricciarini/Leemage


Le chef chiite libanais a également protesté contre l’interdiction faite par les autorités irakiennes aux milices de défenses chiites du Hachd al-Chaabi (la mobilisation populaire), armées et entraînées par des militaires iraniens, de prendre part à l’assaut contre la ville, par crainte d'exactions contre la population sunnite .
 
Un tollé donc des forces de l’axe iranien face à la Turquie qui avance en protectrice des sunnites d’Irak. Depuis des mois, des militaires turcs entraînent des combattants irakiens de cette communauté et des Peshmergas kurdes pour la reprise de la capitale du Califat d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Ankara s'oppose à la particpation des Kurdes à la reconquête de Raqqa 
Le président Erdogan, engagé dans cette guerre, autant contre Daech que contre les indépendantistes kurdes, n’entend pas rester à l’écart de la bataille de Mossoul, tout comme celle qui s’annonce à Raqqa, fief de Daech en Syrie.
 
Là aussi, la Turquie a ses exigences propres. Elle refuse que les Kurdes participent à la prise de cette ville contrôlée par l’organisation de l’Etat islamique depuis juin 2013.
L’opération qui visera à reprendre la ville de Raqqa doit être menée par les forces locales et ne pas impliquer les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères.
 
Même si Washington considère ces derniers comme des alliés dans la lutte contre l’EI, la Turquie n’y voit, elle, que des «terroristes», une filière syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) contre lequel elle est en guerre totale.
 
Ignorant les choix américains et les réticences iraniennes, Recep Tayyip Erdogan a même annoncé que la Turquie était «déterminée à nettoyer dans les plus  brefs délais» la ville de Minbej, dans le nord de la Syrie, contrôlée par les miliciens du YPG. «Ou bien ils se retireront (...) et iront à l'est de l'Euphrate, ou bien nous ferons le nécessaire», a-t-il prévenu dans une allocution télévisée.
 
Ainsi, Ankara et Téhéran entendent faire la guerre aux djihadistes dans la région, mais à la carte, en fonction de leurs préoccupations communautaires, géographiques et politiques. Ce qui risque de prolonger indéfiniment la reconquête.

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