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LA VIDEO. Namibie: le génocide des Héréros et des Namas

Par Jacques Deveaux@GeopolisFTV | Publié le 06/02/2017 à 17H35, mis à jour le 21/02/2017 à 15H47

Rapatriement restes humains héréros
En mars 2014, rapatriement de restes humains d’origine héréro, ovambo, san, nama, et damara. 14 crânes provenant de l’université de Fribourg puis 21 crânes et squelettes de l’Hôpital universitaire de la Charité à Berlin. © Dr. Larissa Förster

L’Allemagne est en passe de présenter des excuses officielles à la Namibie pour le génocide des Héréros et des Namas perpétré entre 1904 et 1908. Alors que s’est-il passé pendant ces quatre années dans la colonie du Sud-Ouest africain allemand? Tout commence en janvier 1904. Face aux exactions des colons qui mènent une politique raciste, les Héréros prennent les armes et tuent 123 Allemands.


Le général Lothar Von Trotha est chargé de mater la rébellion.
 
A l’aube du 11 août 1904, les troupes coloniales encerclent le campement du Waterberg où 50.000 Héréros se sont réfugiés. Personne ne sera épargné. Ceux qui arrivent à s’échapper prennent la direction du désert du Omaheke (Kalahari). Beaucoup meurent déshydratés ou empoisonnés. Les points d’eau ont été contaminés par les colons.

Le 2 octobre 1904, le général von Trotha va plus loin: il signe un ordre d’extermination. 

Géopolis/France Info - Falila Gbadamassi

Dans le sud du pays, les Namas se soulèvent en réaction au massacre des Héréros. Ils sont condamnés au même sort le 23 avril 1905. 

Après la guerre, le calvaire des Héréros et des Namas se poursuit dans des camps de concentration. Emprisonnés, ils sont réquisitionnés comme main d’œuvre. La faim et l’épuisement auront raison de la plupart d’entre eux. Au total, environ 65.000 Héréros et 10.000 Namas sont exterminés, soit respectivement 75% et 50% de la population d’origine de chaque tribu.

Ce génocide s’accompagne de macabres expériences médicales. Dans les camps de concentration, démantelés en 1908, les crânes des dépouilles sont prélevés et expédiés en Allemagne. Leur étude servira à nourrir les théories raciales qui y sont en vogue.
 
L’une d’elle est développée par Eugène Fisher qui adhère au parti nazi en 1940. Ce dernier sera le professeur de Josef Mengele, «l’ange de la mort» du camp de concentration d’Auschwitz. C’est l’un des nombreux liens qui peuvent être faits entre le génocide des Héréros et l’Holocauste. Cependant, la filiation entre ces deux génocides fait l’objet d’un débat complexe. Le génocide méconnu des Héréros et des Namas est officiellement reconnu en juillet 2015 par l’Allemagne.

Que de chemin parcouru dans la reconnaissance d’un crime de masse, documenté pour la première fois dans le Blue Book en 1918 par les Britanniques. Mais le livre est banni en 1926. Il faudra attendre le rapport Whitaker, publié par les Nations Unies en 1985, pour que le premier génocide du XXe siècle sorte définitivement des oubliettes.

Aujourd’hui, reste à régler la question de la réparation (l’indemnisation), cruciale pour les descendants des victimes.