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Lac Victoria: pollution et surpêche menacent le poumon de l’Afrique de l’Est

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 03/05/2018 à 14H19, mis à jour le 03/05/2018 à 14H41

Un pêcheur ougandais sur rives lac Victoria 21 février 2014
Un pécheur ougandais prépare ses filets dans le petit port de Kasensero, sur les rives du lac Victoria, le 21 février 2014. Le poisson se fait de plus en plus rare. © Photo AFP/Michèle Sibiloni

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme depuis une vingtaine d’années. Les ressources du lac Victoria s’épuisent, victimes de la surpêche et de la pollution. Les conséquences risquent d'être désastreuses pour des millions d’Africains qui en vivent. Le dernier rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature est des plus inquiétants.


Un pillage en règle. C’est ce qui ressort du rapport publié le 30 avril 2018 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon Will Darwall, co-auteur du rapport, 76% des espèces d’eau douce endémiques du bassin du lac Victoria sont menacées d’extinction. Quelque 150 espèces seraient concernées parmi lesquelles les poissons, les mollusques, les crabes, les crevettes, mais aussi les plantes aquatiques indigènes du lac Victoria.

«Le bassin du lac Victoria est incroyablement riche en espèces uniques que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur terre, mais sa biodiversité est en train d’être décimée. Les effets sur les communautés qui dépendent du lac pour leur subsistance pourraient être désastreux», prévient Will Darwall.

Les auteurs du rapport notent que ces espèces menacées sont des sources importantes de nourriture et de médicaments pour des millions de personnes vivant dans le bassin du lac Victoria, à cheval sur le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.

«Le bassin du lac Victoria abrite d’immenses ressources naturelles, notamment des pêcheries, des forêts, des zones humides et des parcours, qui contribuent à fournir de la nourriture et de l’eau potable aux communautés locales et à soutenir leurs moyens de subsistance», note le rapport de l’UICN.

Le poisson se fait de plus en plus rare
Pour les communautés locales vivant essentiellement de la pêche, le constat est inquiétant. Le poisson se fait de plus en plus rare et notamment la perche du Nil, une espèce très prisée dans cette région de l’Afrique de l’Est.

«Aujourd’hui, en moyenne, on pêche à peine trois kilos de poissons alors que dans les années 90, une seule personne pouvait pêcher jusqu’à 100 kilos de poissons dans une journée», témoigne un pêcheur kenyan rencontré par une équipe de la chaîne franco-allemande ARTE.

Il explique cette diminution drastique des ressources halieutiques par l’augmentation des pêcheurs, devenus trop nombreux dans le lac, mais aussi par la pollution de ses eaux.
Aujourd’hui, le lac Victoria sert de déversoir pour les industries, les égouts et les entreprises de nettoyage. Chaque jour, des millions de litres d’égouts non traités y sont déversés depuis les centres urbains.

Des plantes aquatiques qui filtrent l’eau
Dans cette région africaine des Grands lacs, quelque 7,5 millions de personnes dépendent de la pêche en eau douce. Le lac Victoria est leur principale source de protéines et de revenus.

Le plus grand lac d’eau douce d’Afrique qui s’étend sur une superficie de 68.000 km² est non seulement un important réservoir d’espèces de poissons, mais aussi une réserve de mollusques, de libellules, de crabes et de nombreuses plantes aquatiques qu’il ne faut pas négliger, souligne l’UICN dans ses différents rapports. Des plantes aquatiques qui filtrent l’eau et assument d’autres fonctions importantes. D’où les mises en garde répétées des experts de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

«Si nous n’arrêtons pas la perte de ces espèces, le continent va perdre irréversiblement de sa biodiversité. Des millions de personnes vont être privées aussi d’une source essentielle de revenus et d’aliments.»

La perche du Nil, un féroce prédateur
Dans les années 50, l’introduction dans le lac Victoria de la célèbre perche du Nil avait fait des ravages. Ce poisson très apprécié en Europe avait offert des débouchés commerciaux pour les habitants. Mais ce féroce prédateur avait pratiquement épuisé la faune aquatique locale qui comptait plus de 200 espèces de poissons. Le scandale avait fait le tour du monde grâce au film Le cauchemar de Darwin, qui a été consacré à ce phénomène.

Aujourd’hui, les experts de l’UICN constatent que «le risque d’extinction de la biodiversité d’eau douce dans la région augmente». Ils préconisent le développement de nouvelles aires protégées pour élargir celles déjà existantes, afin d’assurer une protection appropriée pour la biodiversité unique et précieuse du bassin du lac Victoria.