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Algérie,  Afrique

L'Algérie loin, très loin du "printemps arabe"

Par FTV (avec agences)@GeopolisAfrique | Publié le 18/01/2012 à 09H22, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

  • Manifestation l'opposition 26 mars 2011 à Alger pour demander changement régime
  • Echauffourées avec police lors manifestation 12 février 2011 à Alger qui a réuni 2000 personnes selon
  • Une femme se tenant près d'un cordon police pendant manifestation 12 février 2012 à Alger
  • Manifestants à Alger 26 mars 2011
  • Des Algériens écoutent discours président Bouteflika 15 avril 2011 retransmis sur écran géant à Tlemcen
  • Puits pétrole à Hassi Messaoud centre-est l'Algérie. Avec gaz pétrole est principale richesse l'Algérie.
  • Le bidonville Diar Baraka sud-est d'Alger 2-10-2000. Les récentes manifestations contre pauvreté janvier 2011 ont révélé
  • Forces sécurité sauveteurs près bâtiment Haut commissariat aux réfugiés HCR à Alger visé par attentat 12-12-2007

Alors que le « printemps arabe » a emporté les régimes de deux de ses voisins, la Tunisie et la Libye, la situation politique reste figée en Algérie malgré une vague de manifestations. Le président Abdelaziz Bouteflika, 75 ans, a promis des réformes. Mais confrontés à la vie chère et à la corruption, les Algériens demandent surtout leur part de la manne pétrolière (40 % du PIB)

La campagne de la présidentielle a déjà commencé. Les milieux proches du pouvoir bruissent de rumeurs sur les candidats qui se présenteront pour succéder à Abdelaziz Bouteflika. Mais ces rumeurs restent loin des préoccupations de la population. Il y a tout juste un an, éclataient une série d’émeutes, déclenchées par les hausses des prix de première nécessité. La répression, féroce, a fait 5 morts et plus de 800 blessés.

Manifestations et pressions sociales
Depuis, la pression sociale ne s’est pas relâchée. Aujourd'hui, l’Algérie vit au rythme des grèves et des manifestations quasi-quotidiennes. De son côté, l’opposition tente de s’organiser. Dans la foulée des émeutes de janvier, elle a crée une Confédération nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) qui a notamment appelé à une manifestation le 12 février à Alger. Celle-ci, interdite, a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Mais très vite, la dynamique s’est brisée et le CNCD s’est scindé en deux factions.

Avant la manifestation


Un sujet de France 24, 12 février 2011

Le pouvoir a tenté de répondre à la contestation sociale en saupoudrant certains revenus de la manne pétrolière : il a ainsi distribué 4 milliards d’euros pour les salaires et 3 milliards pour les produits de base.

Sur le plan politique, le président Bouteflika a levé l’état d’urgence, instauré en 1992, alors que le pays était plongé dans la guerre civile entre le pouvoir et les islamistes. Le chef de l’Etat, vieux et malade (il souffrirait d’un cancer) a également promis une réforme de la Constitution et une nouvelle loi sur la presse. Mais il éprouve beaucoup de difficultés à faire passer des textes très critiqués par l’opposition et une partie de son propre camp.

Dans le même temps, si Alger ne vit plus au rythme des attentats quotidiens, les combattants salafistes, regroupés dans l'Aqmi ('Al-Qaïda au Maghreb islamique), continuent à tendre des embuscades meurtrières contre l'armée en Kabylie.

La confiscation des revenus tirés des hydrocarbures
Malgré les subventions, les promesses de réformes et la diminution des attentats, les problèmes de fond du pays n’ont pas changé. Ainsi, le taux de chômage pour les jeunes de moins de 30 ans (deux Algériens sur trois pour une population de 36 millions d’habitants) atteint jusqu’à 50 %, voire davantage dans certaines zones.

Le grand problème de l'Algérie reste celui de la répartition de la manne pétrolière, confisquée par une infime minorité. En 2011, les hydrocarbures ont permis à l’Algérie, troisième producteur de pétrole en Afrique et troisième exportateur de gaz, de se constituer une réserve de changes estimée à 135 milliards d’euros…

Gangrénée par l’injustice, la société algérienne l’est aussi par la corruption. A tel point que l'Algérie vient d'être classée par l’ONG Transparency International à la 112e place sur la liste des 180 pays les plus corrompus. D’où ce constat amer du ministre de la Communication, Nacer Mehal, ardent partisan des réformes: «Avec nos ressources énergétiques, nous devrions être au niveau de la Turquie ou du Brésil»...