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Japon,  Asie-Pacifique

L'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo et la secte Aum

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 14/12/2011 à 15H10, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

Le gourou secte Aum Shoko Asahara adepte
Le gourou de la secte Aum, Shoko Asahara, et un adepte © Ria Novosti

Le 21 novembre 2011, la justice japonaise a rejeté l’appel de Seiichi Endo, disciple de la secte Aum condamné à mort pour son implication dans l'attentat au gaz sarin, le 20 mars 1995 dans le métro de Tokyo. Il avait participé à la fabrication du gaz neurotoxique mortel. Cette décision met un point final à une procédure interminable engagée contre 189 membres d'Aum, dont 13 condamnés au gibet.

Les disciples d’Aum Shinri Kyo (qui signifie Vérité Suprême) avaient organisé l’attaque meurtrière (13 morts et 5.500 blessés) dans cinq rames du métro convergeant vers Kasumigaseki, le quartier tokyoïte des ministères. "L’arme du crime", des sacs remplis d’un gaz plus mortel que le cyanure, à l'origine un pesticide conçu par des chimistes d’IG Farben, dans l'Allemagne nazie.

Considéré comme le cerveau de l'attentat de Tokyo, d’un autre attentat à Matsumoto en juin de l’année précédente, de meurtres et d'enlèvements (27 morts en tout), l'ex-gourou de la secte, Shoko Asahara, avait été le premier à écoper de la peine capitale en février 2004.

Un laboratoire bactériologique
L’enquête a permis de découvrir dans les planques de la secte une grande quantité de bacille botulique, toxine potentiellement mortelle, et de 80 tonnes de trichlorure de phosphore. Assez pour produire 40 tonnes de sarin, stock qui aurait théoriquement suffi à tuer 5 millions de personnes. L'attentat de Tokyo n'était qu'un entraînement avant l'apocalypse.

La police n'a pris conscience de la dangerosité d'Aum qu'après l'attentat. Et quand elle lancé des raids sur ses bases, elle y a même trouvé un hélicoptère militaire russe.

Reconstitution de l'attentat


Illuminé certes, mais la tête près du bonnet
Dans les années 70-80, le Japon a vu naître un grand nombre de mouvements religieux. Une des explications vient du contexte économique très dynamique de ces années-là qui a vu croître une frange de la population, surtout les jeunes, à la recherche de repères spirituels.

Fondée en 1984 par Shoko Asahara, dont le vrai nom est Chizuo Matsumoto, Aum mélangeait préceptes vaguement bouddhistes et hindouistes sur fond de new Age assaisonné à la sauce apocalyptique du maître de yoga à moitié aveugle.

Une affaire juteuse. Asahara commercialisait des fortunes ses poils, cheveux, sang, et même… l’eau sale de son bain (800 dollars le litre). Et monnayait à prix d’or ses cours de yoga et méthodes pour atteindre l’illumination. En 1995, la secte avait construit un empire financier.

Rebaptisée Aleph et toujours légale au Japon
Aujourd’hui, son existence est toujours légale au Japon, au nom de la liberté de religion. Elle s'est scindée en deux en 2000 pour devenir Aleph (première lettre de l’alphabet hébreu) et Hikari no wa (Cercle de la lumière). Ses dirigeants assurent qu'ils sont pacifiques et se sont démarqués de leur ancien gourou.

Ils restent toutefois sous surveillance policière et n’ont pas le droit de poursuivre l'enseignement de Shoko Asahara. En avril 2011, le gouvernement a indiqué qu’il continuait à exercer une influence importante parmi les 1.600 disciples - beaucoup d’anciens membres d’Aum arrêtés en 1995 - qui suivent toujours ses préceptes. Ils étaient 11.400 avant la dissolution de la secte.

En Russie aussi…
Ils en resteraient 200 en Russie, où la secte a été interdite en avril 1995. Elle s’était implantée en 1992 et comptait en 1995 quelque 30.000 membres. Les lieutenants de Shoko Asahara s'y approvisionnaient en produits chimiques et en armes lourdes.

Elle avait pu s’implanter notamment grâce au soutien d’Oleg Lobov, proche du président russe Boris Elsine, et surtout secrétaire du Conseil de sécurité. A l’époque, la secte Aum demandait à ses adeptes s'ils avaient ou non des fonctions dans l'armée et une formation scientifique en physique, chimie ou en biologie. Ils devaient aussi préciser les lignes de métro qu'ils empruntaient le plus souvent. Les services secrets savaient. Ils n’ont pas enquêté car Lobov, qui avait rencontré le gourou plusieurs fois, protégeait la secte.