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Irak,  Moyen-Orient

Le barrage de Mossoul en Irak: énorme et dangereux...

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 19/08/2014 à 11H59, mis à jour le 19/08/2014 à 12H06

Le barrage Mossoul en 2007
Le barrage de Mossoul sur la rivière Tigre, le 31 octobre 2007. L'ouvrage est situé à 50 km au nord de la ville de Mossoul (nord de l'Irak). © AFP - Ahmad al-Rubaye

Les forces kurdes ont repris le 17 août 2014 le contrôle du barrage de Mossoul aux jihadistes de l'Etat islamique qui s'en étaient emparés dix jours plus tôt. Un barrage qui est le plus important d'Irak et l'un des quatre plus grands du Proche-Orient. Formidable moyen de pression aux mains des islamistes, cet ouvrage serait par ailleurs particulièrement dangereux…

Situé sur le fleuve Tigre, à quelque 50 km en amont de Mossoul, la 2e ville d'Irak, le barrage  approvisionne en eau et en électricité la majeure partie de la région et est indispensable à l'irrigation de vastes zones de culture dans la province de Ninive (nord). Haut de 113 mètres, il s'étend sur 3,4 km de long, selon un rapport du Bureau de l'inspecteur général pour la reconstruction de l'Irak (SIGIR), publié en 2007.

Achevé en 1984, la construction de l’ouvrage a nécessité environ 37,7 millions de mètres cubes de matériaux, principalement du béton et de la terre. Selon la Commission d'Etat irakienne pour les barrages et réservoirs, citée par la BBC, sa centrale hydroélectrique peut fournir jusqu'à 1.010 mégawatts d'électricité. De son côté, le rapport américain de 2007 estimait à 750 mégawatts la puissance de la centrale, capable d'approvisionner quelque 675.000 foyers irakiens.
 
Le barrage retient en outre plus de 12 milliards de mètres cubes d'eau pour la consommation courante et l'irrigation.

«Barrage le plus dangereux du monde»
Projet prestigieux de l'ancien président irakien Saddam Hussein, destiné à symboliser la puissance de son régime, le barrage portait son nom. Selon une étude d'investissement présentée en 2010 à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il est le quatrième plus grand du Proche-Orient.
 
Problème : l’ouvrage a été construit sur un sol instable de gypse et de calcaire qui s'érode au contact de l'eau, ce qui a pour effet de creuser des cavités dans ses soubassements. Résultat : depuis sa mise en service, il souffre d'un problème structurel. Ce qui lui a valu d'être désigné comme «le barrage le plus dangereux du monde» par des ingénieurs de l'armée des Etats-Unis (ACE) dans un rapport d'inspection de 2007. De hauts responsables américains ont mis en garde contre un risque de catastrophe majeure si le barrage cédait. Ils ont été jusqu’à évoquer «une vague de 20 mètres qui pourrait déferler sur Mossoul». Cela pourrait entraîner «des inondations le long du Tigre jusqu’à Bagdad, selon les projections», rapporte Libération.

Selon le rapport des ingénieurs américains, les autorités irakiennes ont essayé de renforcer ses fondations en injectant du ciment dans le sous-sol et dans les cavités, ainsi qu'en contrôlant les fuites éventuelles. Mais des entonnoirs se sont régulièrement formés à proximité du site.
 
D'après ce rapport de l'ACE, une enveloppe de 27 millions de dollars avait été versée pour un projet de renforcement. Les autorités irakiennes avaient alors rejeté le rapport alarmiste des Etats-Unis assurant que «la structure du barrage est saine».

«Considérable moyen de pression»
Pour les Etats-Unis, il s’agit d’un enjeu stratégique. Le président Barack Obama a fait valoir que «la perte du barrage de Mossoul pourrait menacer la vie d'un grand nombre de civils, mettre en danger le personnel américain et les installations des Etats-Unis, y compris l'ambassade à Bagdad».
 
La Maison blanche a très peur que les djihadistes utilisent l’ouvrage comme une arme de guerre. La maîtrise de l’eau leur offrirait «un considérable moyen de pression», rapporte Libé. Ils pourraient «couper l’approvisionnement en eau des zones plus au sud, ce qui assécherait les terres agricoles et provoquerait une famine». Ils pourraient aussi inonder la région. Une arme qu’ils ont d’ailleurs déjà utilisée en avril 2014 en ouvrant les vannes d’un barrage sur l’Euphrate. «On n’ose imaginer ce qui se passerait si l’EI faisait sauter les barrages. Ce serait une catastrophe écologique d’une ampleur comparable à celle qu’avait provoquée Saddam Hussein quand il avait incendié (en 1991, NDLR) les puits de pétrole du Koweït», avertissait le 3 août l’archevêque chaldéen de Kirkouk (nord de l’Irak), Youssef Thomas Mirkis dans Libération.

Images agence AP tournées le 17 aout 2014 et archives