Le bitcoin : monnaie du futur ou argent des voyous

Par Marie Dousset | Publié le 02/09/2013 à 15H14, mis à jour le 02/09/2013 à 15H14

Bitcoins
© George Frey/Getty Images/AFP

Crée en 2009 par un inconnu, le bitcoin est une monnaie électronique qui fait de plus en plus d'adeptes. Mais elle fait également le bonheur des cyberdélinquants.

Le 4 février 2009, un certain Satoshi Nakamoto crée une nouvelle monnaie : le bitcoin. Il accompagne la première émission de pièces d’un document définissant la monnaie et intitulé «Bitcoin : un système de monnaie électronique en peer-to-peer».
 
Mais Satoshi Nakamoto n’est qu’un pseudonyme et impossible de savoir qui se cache derrière. Sur son profil, le mystérieux créateur prétend être un Japonais de 37 ans mais Le Canard Enchainé parle lui de «quatre ou cinq petits génies californiens de l’informatique» cachés derrière ce nom de façade.

De plus en plus d'adeptes du bitcoin
Pour adopter cette nouvelle monnaie, il suffit de télécharger un logiciel bitcoin, qui se comporte comme un porte-monnaie électronique. Ce logiciel permet ainsi de créer une adresse faisant office de numéro de compte bancaire.

Permettant l’anonymat des transactions et libre de tout frais bancaire, le bitcoin séduit sur la toile comme dans la rue.
 
Plus de mille sites Internet légaux permettent déjà de payer en bitcoin. A Berlin-Kreuzberg, les paiements en bitcoin sont acceptés dans près de 25 commerces. La plupart sont des bars mais on trouve aussi des hôtels, des restaurants, des petits magasins d’électronique et des papeteries.
 
En mars 2013, le site de vente de biens immobiliers For Sale by Owner affichait une annonce en bitcoins. Un Canadien d’Alberta, une province du sud ouest, vend sa maison et son terrain de 1,5 hectare pour 405 000 dollars canadiens (305 500 euros) ou l’équivalent en bitcoins. 
 
Le bitcoin, paradis des arnaques et de l’argent sale ?
Si le bitcoin fait de son indépendance vis-à-vis des gouvernements un de ses principaux arguments, il en subi aussi les conséquences. En cas de vol, les utilisateurs sont livrés à eux-mêmes. C’est l’expérience douloureuse qu’a connu Allinvain, un utilisateur régulier de la monnaie électronique. En juin 2011, un pirate prend le contrôle de son ordinateur et lui vole 25 000 bitcoins ce qui correspond, au cours alors en vigueur de la monnaie, à environ 500 000 dollars. Impossible alors pour Allinvain d’obtenir une enquête ou une quelconque réparation. Le système bitcoin ne permet pas de savoir qui se cache derrière les adresses utilisées pour les échanges ni d’annuler une transaction illégale.
 
Le succès du bitcoin a également été entaché par des suspicions de spéculations. Il y a quelques mois, en avril 2013, la monnaie des geeks essuie son premier krach sous la pression de spéculateurs. Quelques semaines avant, son prix avait connu une ascension surprenante, jusqu’à atteindre 226 dollars. En trois jours, il est divisé par cinq.
 
Mais la principale accusation aujourd’hui menée contre le bitcoin, c’est de servir de vecteur au blanchiment d’argent. La discrétion qu’elle permet et l’anonymat de ses transactions font en effet de cette monnaie la préférée des voyous de tous poils.
 
Pour faire circuler de l’argent sale via le bitcoin, le mode d’emploi est simple. Le payeur achète anonymement des bitcoins et donne l’identifiant de l’opération au bénéficiaire. Ce dernier revend ensuite, anonymement lui aussi, les bitcoins en dollars ou en euros, sur une plateforme d’échanges.
 
En juillet 2013, Le Nouvel Observateur révèle l’existence de «Silk Road», un site sur lequel sont vendus des milliers de produits illégaux (drogue, contrefaçon,  faux papiers)…à acheter en toute discrétion.