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Le Burkina Faso mobilise la population pour traquer les djihadistes

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 22/06/2018 à 15H39

Des djihadistes frappent Ouagadougou 2 mars 2018
Les attaques djihadistes du 2 mars 2018 ont visé l'ambassade de France et l'état-major des forces armées du Burkina en plein cœur de la capitale. © Photo AFP/Ahmed Ouoba

Les Burkinabè disposent désormais d’un numéro de téléphone pour signaler la présence de djihadistes présumés. Une liste de 146 personnes, considérées comme extrêmement dangereuses, a été publiée à Ouagadougou. Un signal fort de la part des autorités, explique à Géopolis Bénéwendé Stanislas Sankara, homme politique burkinabè. Il redoute qu'un Etat islamique s'installe dans cette région fragilisée.


Sur la liste des personnes recherchées figurent de nombreux djihadistes présumés, mais aussi des citoyens burkinabè radicalisés, des élus locaux, des leaders religieux. Ils sont accusés de fournir des renseignements, de guider ou d’héberger des combattants avant ou après des attaques.

«C’est un message fort que le Burkina vient de lancer pour faire savoir que les autorités en charge de la sécurité du pays veillent et que la population est invitée à coopérer. Bref que le pays est décidé à traquer les présumés terroristes partout où ils se trouveraient sur le territoire», explique à Géopolis le premier vice-président de l’Assemblée nationale du Burkina, Bénéwendé Stanislas Sankara.

«On s’attaque à des symboles forts»
Longtemps épargné par les groupes armés actifs au Sahel, le Burkina Faso est confronté depuis trois ans à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières dans le nord du pays.

«La scolarisation est très perturbée dans cette région frontalière du Mali. On s’attaque de plus en plus à des leaders religieux, aux responsables politiques locaux. On s’attaque à des symboles forts. Ça crée la panique au sein de la population», constate Bénéwendé Stanislas Sankara.

Bénéwendé Stanislas Sankara homme politique burkinabè

Premier vice-président de l'Assemblée nationale du Burkina Faso, Bénéwendé Stanislas Sankara soupçonne les groupes djihadistes de chercher à installer un Etat islamique dans la zone sahélo-sahélienne. © Photo/Issaka Ouadraogo


Des attaques qui ont éclaté après l’insurrection populaire qui a emporté le régime de Blaise Compaoré et l’arrivée d’un nouveau président démocratiquement élu à la tête du Burkina.

«On sait que beaucoup de ces attaques ont été revendiquées par des groupes djihadistes qui avaient des accointances avec le régime de Blaise Compaoré qui jouait le rôle de facilitateur et négociait avec eux au nom de la communauté internationale. On peut donc penser que ces groupes sont utilisés pour déstabiliser le régime démocratique du Burkina Faso», soutient le vice-président de l’Assemblée nationale burkinabè.
 
«Une zone de non-droit dans l’espace sahélo-sahélien»
Pour lui, l’objectif inavoué de ces groupes djihadistes est de disposer d’une zone libre dans l’espace sahélo-saharien pour y installer un Etat islamique. «On a même vu circuler une carte délimitant cette zone de non-droit», affirme-t-il.

Cette entreprise de déstabilisation serait pilotée par le groupe djihadiste Ansaroul Islam. Il a ses racines dans l’insurrection en cours au Mali et est lié au réseau d’al-Qaida au Sahel. Son insurrection menace grandement la sécurité du Burkina Faso et des pays voisins.

En tête de liste des 146 personnes activement recherchées par le Burkina figure Abdoul Salam Dicko, présenté comme le leader actuel de ce groupe. La plupart de ses cadres et de ses combattants sont originaires du nord du Burkina Faso, frontalier avec le Mali, où ils ont combattu auprès des groupes terroristes qui y sévissent.

«Des relais au sein de l’Etat islamique»
«C’est un groupe qui a des soutiens et des relais au sein de l’Etat islamique», soutient Benewende Stanislas Sankara. L’homme politique burkinabè appelle la communauté internationale à se mobiliser pour arrêter le péril islamiste qui guette la zone sahélo-sahélienne.

«La volonté politique des pays de la région ne suffit pas à stopper ces criminels. Il faut aussi des moyens militaires. Aujourd’hui, les terroristes frappent partout. Pas seulement dans les pays fragiles comme le Burkina Faso. Tout le monde a intérêt à contribuer à la lutte», plaide l’homme politique burkinabè.

Les dernières attaques perpétrées le 2 mars 2018 par les djihadistes au Burkina ont visé l’ambassade de France à Ouagadougou ainsi que l’état-major des forces armées, faisant huit morts et plus de 80 blessés.

Concentrées d’abord dans le nord du pays, ces attaques se sont étendues à la capitale et à d’autres régions dont celle de l’Est, frontalière du Togo et du Bénin où sévissent également des bandits armés et des contrebandiers.