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Le Cameroun veut se doter d’une couverture santé universelle

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 17/12/2017 à 14H47, mis à jour le 17/12/2017 à 15H47

Pharmacie au Cameroun
Un slogan accroché à la facade d'une pharmacie de Yaoundé rappelle l'importance et le danger des médicaments de l'économie grise. © Reinnier KAZE / AFP

Le Cameroun a décidé de se doter d’une couverture santé universelle (CSU) à l’image de ce qui se fait en France. Une avancée exceptionnelle pour la santé publique dans le pays. Mais pour financer le système, les pouvoirs publics ont besoin de trouver 1300 milliards de francs CFA, soit près de 2 milliards d’euros.


C’est un formidable défi que se lance Yaoundé. En fait, il s’agit de remettre à plat tout le système des soins pour 185 interventions et maladies. Pour les autorités, la CSU va ainsi assainir tout le milieu sanitaire. Chaque prescription, ou chaque intervention, doit respecter un protocole. Ainsi sont réglementés le prix de la consultation et celui des médicaments prescrits, mais également les interventions des prestataires.

«Ceci permettra de définir le coût d’intervention de chaque maillon de la chaîne tant au niveau de l’infirmier que du médecin», a affirmé le ministre de la Santé publique André Mama Founda. Cela représente, en parallèle, un vaste effort de maîtrise des coûts. Pour y parvenir, le prix des médicaments est exprimé à l’unité, et non à la plaquette ou à la boîte afin d’éviter tout gaspillage.
  
Selon le journal La Tribune qui cite une étude du Bureau international du travail (BIT), moins de 2% de la population camerounaise bénéficie d’une assurance maladie. L’accès aux soins est difficile quand 37% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Faute de Sécurité sociale, se soigner est particulièrement onéreux au Cameroun. Le prix des médicaments dans les pharmacies est dissuasif, et du coup la «médication de rue» est prospère. Contrefaçons et poudres de perlimpinpin se côtoient allègrement.

Mère et enfant en priorité 
Dans le «panier» retenu, 40% des soins concerne la mère et l’enfant. Tous ceux qui luttent contre la mortalité infantile s’en réjouissent et attendent une amélioration significative. Chaque année, 4000 à 5000 femmes meurent en couche au Cameroun, faute de pouvoir se payer les soins. Selon l’OMS, en Afrique, un tiers des ménages doit s’endetter pour se soigner.

«Nous avons mené d’autres études préalables, à savoir la capacité contributive des Camerounais. Maintenant, nous pourrons dégager la part restante qui devra être mobilisée par l’Etat du Cameroun, au cas où tout le panier de base est mis en œuvre dès le départ » a déclaré le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda. Soit 1300 milliards de francs CFA.
 
Reste désormais pour le Cameroun à mettre cette CSU en musique. D’une part, l’affiliation doit se faire avec un système d’immatriculation biométrique. Ensuite, il va falloir percevoir les cotisations sociales des travailleurs. Le ministre entend même faire participer le monde agricole, le plus gros secteur avec 80% des actifs.

Enfin, rappelons qu'en 2006, une précédente tentative d'installer une couverture universelle s'était soldée par un échec.