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Le cannabis : activité criminelle ou source de revenus ? L’Afrique s’interroge

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 20/02/2018 à 09H20, mis à jour le 20/02/2018 à 12H27

AFPRodger Bosch
Un manifestant consomme du cannabis lors d'une manifestation organisée au Cap (Afrique du Sud) le 7 mai 2016 pour demander la légalisation de cette plante dans le pays. © Phot

Pour la Tanzanie, il n’y a pas lieu d’engager le débat. Le pays veut en finir avec la culture de cette drogue qui prolifère dans l’illégalité. La moindre quantité de cannabis saisie peut vous conduire en prison. Mais dans d’autres pays africains comme le Lesotho, le cannabis médical est devenu une source de revenus. Alors que la recherche sur les effets de cette plante sur la santé fait débat.

En Tanzanie, les champs de cannabis sont généralement dissimulés, le plus souvent avec la complicité des autorités locales, dans les nombreuses et immenses forêts naturelles à travers le pays. D’où la difficulté d’endiguer la culture illégale de cette drogue.

«Nous allons arrêter toutes les personnes impliquées et nationaliser tous les véhicules à bord desquels sera saisie la moindre quantité de cannabis», ont menacé les autorités au cours d’une opération lancée en février 2017 par le ministre de l’Intérieur en personne.

Le Lesotho, premier pays à franchir le pas
La politique d’éradication totale du cannabis adoptée par la Tanzanie est loin de faire l’unanimité sur le continent. Dans plusieurs pays, le débat est désormais engagé sur le bien-fondé de légaliser la culture du cannabis médical.

Le Lesotho a déjà franchi le pas en accordant en 2017 la première licence à une entreprise sud-africaine autorisée à cultiver, à transformer et à vendre du cannabis pour un usage scientifique et médical. Le Malawi, la Zambie et le Zimbabwé envisagent, eux aussi, de suivre l’exemple du Lesotho pour attirer les investisseurs.

Débat controversé en Afrique du Sud
En Afrique du Sud, le cannabis médical suscite un débat controversé. Certains spécialistes prônent sa légalisation alors que d’autres sont plus réservés.

«Le cannabis peut être considéré comme une alternative lorsque les médicaments traditionnels ont été inefficaces. Comme pour n’importe quelle autre substance, il peut être un remède efficace pour certaines personnes, et un poison pour d’autres», explique à l’AFP un chercheur de l’université de Pretoria.»

Selon les médias locaux, le conseil de recherches médicinales sud-africain a lancé plusieurs essais cliniques. Mais sa production à des échelles commerciales et sa distribution restent illégales dans le pays.

Cannabis à usage médical

Cannabis à usage médical dans un dispensaire de Denver aux Etats-Unis en 2011. © Photo Reuters/Rick Wilking


Que dit la science sur les vertus du cannabis ?
Dans un article posté sur le site Doctissimo, le docteur Jean Philippe Rivière, médecin généraliste français note que l’usage médical du cannabis est une réalité aux Pays-Bas, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Finlande ou encore dans certains Etats américains. Puis il énumère ses propriétés «de plus en plus reconnues de par le monde».

«Cette substance possède des vertus médicales pour les patients atteints de douleurs chroniques, de spasmes liés à une sclérose en plaques voire d’épilepsie partielle, de nausées ou d’un manque d’appétit dû au sida ou à un cancer», écrit Jean-Philippe Rivière.

Le médecin français fait référence à «plusieurs centaines d’études» menées à travers le monde et qui auraient permis de confirmer certaines propriétés du cannabis. Et de préciser que dans le cadre de l’usage médical, il est recommandé, dans les pays qui l’autorisent, de consommer le cannabis sous différentes formes non fumées. Le cannabis fumé pouvant augmenter le risque de cancer du poumon au même titre que le tabac, affirme-t-il.

La recherche sur les effets du cannabis médical encore balbutiante
Ces affirmations sont battues en brèche dans un article posté sur le site The Conversation par d’autres chercheurs qui affirment que la recherche sur les effets du cannabis médical est encore balbutiante. Aujourd’hui, les résultats obtenus sont encore mitigés, estiment deux professeurs américains qui se sont penchés sur le sujet.

Il s’agit de Steven Kinsey, de l’université de Virginie, et de Divya Ramesh, de l’université de Connecticut. Pour eux, cette plante contient des centaines de composants dont on connaît encore très mal les vertus éventuelles pour la santé.

«La recherche menée sur les humains montre que certaines maladies, comme la douleur chronique résultant de lésions nerveuses, seraient sensibles à l’action du cannabis, sous forme fumée ou vaporisée. Mais la plupart des recherches se fondent sur des déclarations subjectives, sur des évaluations personnelles de la douleur, ce qui en limite la validité», indiquent-t-ils dans leur article.

Et ils font le même constat concernant l’effet du cannabis sur l’épilepsie qui a fait l’objet de plusieurs articles «à sensation».

«Même si les spéculations vont bon train sur internet, l’usage thérapeutique du cannabis pour atténuer les crises d’épilepsie n’est pour l’instant confirmé que par des expériences menées sur les rongeurs. Chez les humains, la preuve de son efficacité est bien moins établie».

Pour les deux chercheurs américains, ce n’est que par le biais d’études solides qu’il sera possible de comprendre les éventuelles vertus thérapeutiques du cannabis.

Comme on le voit, si des brèches se sont ouvertes en Afrique, comme ailleurs dans le monde, dans l’interdit qui frappe le cannabis, il est encore loin le temps où chacun pourra se le procurer sur ordonnance dans la pharmacie de son quartier.