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Mexique,  Amérique

Le crime organisé ne baisse pas la garde au Mexique

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 23/07/2013 à 15H58, mis à jour le 23/07/2013 à 16H38

Mexique Tepalcatepec
Des membres de milices d'autodéfense surveillent les rues de Tepalcatepec, au Mexique (sud-ouest). © NOTIMEX / PHOTO / GUSTAVO SALAS / ENG / HUM /

Au Mexique, les cartels de la drogue font toujours la loi. Et ce ne sont pas les dizaines de meurtres constatés en une semaine dans quatre Etats, notamment celui du Michoacán, fin juillet, qui feront vraiment chuter les statistiques. En juin 2013, six mois après son investiture, le président Enrique Peña Nieto voulait pourtant croire à une inversion des courbes.

En effet, comme l’indique le Los Angeles Times, Enrique Peña Nieto a encore du chemin à faire pour que les Mexicains soient convaincus que leur pays est de plus en plus sûr. En juin 2013, son gouvernement avait pourtant annoncé une baisse du nombre d'homicides liés à des crimes fédéraux (drogue et crime organisé dépendent d’une juridiction fédérale au Mexique).
 
Les meurtres sont ainsi passés en dessous de la barre symbolique des 1000 par mois, entre février et mai, avec un record à la baisse à 869 en juin. Auparavant, durant trois ans consécutifs, le bilan mensuel des homicides était supérieur au millier (4.249 entre le 1er décembre 2012 et le 31 mars 2012, selon Le Figaro).
 

Vidéo Euronews, publiée le 16 juillet 2013

Mais les violences entre les groupes d’autodéfense et le cartel de la drogue des Templiers dans l'Etat du Michoacán, à la limite de l'Etat de Guerrero (au sud-ouest du pays), une région agricole des plus instables ces derniers mois, relancent les questions de sécurité. Dans un effort pour rétablir l'ordre, le président à dû y envoyer l'armée (au total 5000 militaires et policiers).
 
«Le crime organisé veut regagner le terrain perdu pour prendre le pouvoir, et les meurtres qui ont eu lieu ces derniers jours ne sont qu'un avant-goût de ce que va vivre la population» de la région, a déclaré Jose Manuel Mireles Valverde, un avocat de l’Etat repris par le site mexicain sinembargo.
 
Un sinistre bilan
Selon des chiffres officiels concernant le premier trimestre 2013, les enlèvements dans l’Etat du Michoacán ont grimpé de 400%, les affaires de racket de 85%, tandis que les homicides volontaires ont augmenté de 36% par rapport à la même période de 2007.
 
Un rapport de l'Observatoire des citoyens publié fin juin a souligné que les Etats du Michoacán, de Morelos et de Tamaulipas ont été les plus durement touchés par le crime organisé, avec 189 homicides enregistrés au premier trimestre, les classant 9e au niveau national.
 
D’autres Etats comme ceux de Jalisco, de Durango ou de Coahuila n’échappent pas aux assassinats et à la violence.
 
A l’échelle nationale, le site américain Quartz, citant un récent rapport, indique que 98% des 27.700 meurtres commis en 2012 au Mexique – «plus de deux fois le nombre de meurtres en Chine» commis sur la même période – n’ont pas été élucidés ou leurs auteurs arrêtés.
 
Mexique armée

Des soldats mexicains à l'entrée de Tepalcatepec, ville de l'Etat du Michoacán, le 22 mai 2013. Ils recherchent des membres des cartels de la drogue dans cette zone appelée «Tierra Caliente» (terres chaudes).  © AFP PHOTO / ALFREDO ESTRELLA


Aujourd’hui, certains citoyens s’organisent en milices d’autodéfense. Comme à Tepalcatepec, ville du Michoacán (37.000 habitants), qu’ils ont entourée de tranchées pour empêcher les narco-trafiquants d’y entrer et de commettre un massacre. Selon un médecin local, «la communauté nous a abandonnés. Nous voulons que le pays prenne conscience de ce qui se passe ici.»
 
Pour arriver à faire moins que les 70.000 morts attribués au crime organisé lors du mandat du président précédent (2006-2012), Felipe Calderon, le gouvernement fédéral prévoit l’entrée en fonction en 2014 de 4.000 à 5.000 membres d'un nouveau service d’ordre avec une formation militaire.
 
Ceux-ci auront du pain sur la planche pour satisfaire les ambitions d’Enrique Peña Nieto qui a fait de la sécurité son cheval de bataille et doit faire un bilan de la criminalité au Mexique à la fin de l’année 2013.