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Le franc CFA: une monnaie de pays riches pour des pays pauvres?

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 21/09/2015 à 16H59, mis à jour le 21/09/2015 à 17H11

Echange francs CFA sur marché Dakar
Echange de francs CFA sur le marché de Dakar. © Reuters/ STR New

L’arrimage monétaire du franc CFA à l’euro a permis aux pays d’Afrique centrale et de l’Ouest d’avoir une monnaie et une inflation d’une rare stabilité sur le continent. Mais les critiques sont vives contre cette Zone franc qui prive les pays africains d’une réelle souveraineté monétaire. Le franc CFA, un obstacle au développement des pays de la région ? Le débat est ouvert.


Le président tchadien lançait, en août 2015 à l’occasion de la fête de l’indépendance, une vive attaque contre le franc CFA. «Le moment est venu de couper ce cordon qui empêche l’Afrique de décoller», affirmait-t-il. «Il faut que cette monnaie africaine soit maintenant réellement la nôtre». Idriss Deby pointait une monnaie arrimée sur l’euro qui handicape la compétitivité des économies africaines.
 
Le franc CFA dispose d’une parité fixe avec l’euro. Cela signifie que sa valeur évolue en fonction de celle de la monnaie européenne. Lorsque l’euro se déprécie face au dollar, comme c’est le cas depuis un an, le franc CFA baisse également.

L’euro étant une devise extrêmement forte, les pays de la Zone franc CFA souffrent de leur monnaie trop surévaluée. Le contraire de ce qui se passait, quand le franc français connaissait de nombreuses dévaluations.
 
Une monnaie pour les classe moyennes ?
«Le franc CFA, accroché à l’Euro par une parité fixe, est une monnaie qui donne l’impression d’être riche» explique l’ancien ministre du Plan du Togo Kako Nubukpo. «Cela fait baisser le coût des importations mais plutôt que produire par vous-même, vous avez alors tendance à importer ce que les autres produisent», précise l’économiste togolais.
 
Etre lié à une monnaie internationale par une parité fixe (le franc hier et aujourd’hui l’euro) intéresse principalement les investisseurs étrangers qui peuvent rapatrier leurs profits et les classes moyennes urbaines qui bénéficient d’importation à moindre coût. «C’est comme si on avait tranché en faveur des importateurs de champagne aux dépens des exportateurs de coton», affirmait déjà en 1994 un haut dirigeant du FMI.
 
C’est la monnaie des élites et des classes moyennes urbaines qui peuvent protéger leur épargne en la plaçant dans la zone euro. Le problème, c’est que 65% de la population est encore rurale et a besoin d’une monnaie en phase avec ses  revenus.
 
«Un pays avec une économie faible ne peut pas avoir durablement une monnaie forte. C’est exactement le problème de la Grèce. Privée de l’arme de la dévaluation monétaire, Athènes n'a plus de cartes en jeux si ce n'est la baisse des salaires et des dépenses publiques pour équilibrer ses comptes. Ce qui réduit un peu plus ces recettes fiscales...» 
 
En 1994, le gouvernement français de l’époque avait accepté de diviser par deux la valeur du franc CFA. Il en avait résulté une baisse immédiate du pouvoir d’achat des citadins (les voitures importées ont vu leur prix doubler) et une relance des productions locales, comme le cacao et le café. Mais le manque de réformes structurelles des économies africaines n’a pas tardé à gommer les effets bénéfiques de la dévaluation.
 

Le Mali est revenu au franc CFA en 1984 après l'avoir quitté en 1962

Le Mali est revenu au franc CFA en 1984 après l'avoir quitté en 1962. © AFP/ Gianni Dagli Orti


Les avantages du CFA
Le franc CFA est un atout en matière d’intégration régionale (échanges facilités) et de stabilité monétaire. Le franc CFA confère aux pays qui l’ont adopté, grâce à sa parité fixe avec l’euro, une crédibilité internationale que n’ont pas d’autres pays de la région comme le naira nigérian ou le cedi ghanéen dont les taux de change fluctuent en permanence.
 
Paris s’engage à assurer la convertibilité du franc CFA avec l’euro en contrepartie du dépôt de 50% des avoirs en devises sur un compte ouvert auprès du Trésor français.
 
Les planches à billets étant sous contrôle de la Banque de France, la Zone franc est toujours restée dans les normes européennes : une inflation en dessous des 3% et une dette inférieure à 70% du PIB.
En revanche, aucun pays de la Zone franc n’est en mesure de créer de la monnaie selon ses besoins, ce qui peut ralentir leur économie… ou leur endettement diront certains.
 
Certains économistes africains proposent de faire évoluer le franc CFA en unifiant les deux francs CFA, celui de l’Afrique de l’Ouest et celui de d’Afrique centrale aujourd’hui non convertibles. Il veulent également l’arrimer non plus à l’euro mais à un panier de monnaie (euro, dollar, yuan, etc.).

Dans son discours de Dakar de 2012, le président hollande proposait aux dirigeants africains de réfléchir à une gestion plus active des réserves de change déposées au trésor français.

Avec des politiques monétaires moins orthodoxes, les pays de la Zone franc pourraient espérer combler une partie de leurs déficits de croissance par rapport au pays de l’Afrique anglophone qui, sans monnaie commune, semblent avoir des économies plus performantes.