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Economie,  Kenya

Le Kenya vote dans un climat de confiance économique

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 08/08/2017 à 09H17

Train Mombasa-Nairobi
Inauguration du train Mombasa-Nairobi en mai 2017. Plus gros investissement dans les infrastructures du pays, ce train est un des arguments éléctoraux du président sortant Kenyatta.  © TONY KARUMBA / AFP

Le Kenya a mis en service en mai dernier une voie ferrée de plus de 400 km reliant Mombasa, la grande ville portuaire du pays, à la capitale Nairobi pour le transport de passagers et de fret. Un investissement hautement symbolique pour un pays en pleine croissance (+6% en 2016) qui renouvelle le 8 août 2017 ses instances politiques, dont le président.

Avec ses quelque 49 millions d’habitants, le Kenya est un des pays les plus prometteurs d’Afrique. Les attentats qui ont frappé le pays ces dernières années (université de Garissa en 2015 ou l’attaque d’un centre commercial à Nairobi en 2013), ne semblent pas avoir déstabilisé la croissance du pays qui est l’une des plus fortes du continent africain. 

Pourtant le pays ne dispose pas de ressources naturelles…ce qui se révèle être, ici comme ailleurs, un atout pour développer une véritable économie basée sur «une production relativement diversifiée», basée sur l'agriculture, les services (finance, télécoms…), l'industrie ou le tourisme,  comme le note le FMI

Croissance PIB au Kenya
Croissance du PIB au Kenya © BM

«Un secteur privé très dynamique»
Si l’investissement public reste le principal moteur de la croissance, le Kenya affiche également «un secteur privé très dynamique, principal exportateur de la région avec, pour produits phares, le thé, les produits pétroliers raffinés ainsi que les fleurs coupées», note Le Point.

Skyline Nairobi
L'image moderne de Nairobi, la capitale du Kenya © Klaus Blume / DPA

Le pays entend bien jouer de ses atouts (finance, éducation, infrastructures, stabilité politique…) pour avoir un rôle moteur dans la région, qui s’est regroupée dans l’East African Community, sorte de marché commun de l’Afrique de l’Est (avec la Tanzanie, Rwanda, Ouganda et Burundi). Pour cela le pays compte sur sa position géographique, mais aussi ses investissements dans les infrastructures comme son aéroport international de Nairobi, son port sur l’océan indien (Mombasa) et ses réseaux de transports (la ligne de train et les routes). 

40% de la population sous le seuil de pauvreté
Résultat la croissance est au rendez-vous, même si certains estiment que la part de l'investissement public est trop important dans cette croissance, augmentant la dette du pays. Tout n'est cependant pas rose, il reste des éléments d’instabilité structurels. Le chômage est très élevé, même si la part importante de l'économie informelle rend difficile toute réelle mesure, tout comme la pauvreté. A l'image de nombreux autres pays, la corruption reste importante (136e au classement Doing Business de la Banque mondiale) et la répartition très inégale des revenus à travers le territoire (20 % de la population appartiennent à la classe moyenne mais 40 % vivent toutefois sous le seuil de pauvreté) pèse sur l'économie nationale. 

Nairobi pauvre
...Et un quartier pauvre de Nairobi. © TONY KARUMBA / AFP

«Plusieurs obstacles freinent la croissance : les facteurs de production sont souvent coûteux ; l’accès aux financements reste difficile pour les PME ; le secteur informel concurrence un secteur formel encore en développement. La lutte contre la corruption est également un enjeu majeur», analyse la diplomatie française dans une note sur le Kenya.  

Dans ce climat plutôt propice à la croissance, certains notent que l'inflation reste relativement importante et que la dette publique a augmenté (tout en restant mesurée, à 54% du PIB) tandis que la balance commerciale reste déficitaire en raison notamment d'exportations trop peu diversifiées (thé, café ou fleurs coupées). 

«Le défi majeur que doit relever le Kenya aujourd’hui consiste à assurer une croissance économique plus inclusive, afin de réduire plus efficacement la pauvreté dans tout le pays»., estime dans un rapport la Banque Africaine de Développement. Un conseil que devra sûrement prendre en compte le prochain président.