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Le Malawi, ravagé par la misère et le sida

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 08/03/2012 à 14H52, mis à jour le 27/05/2013 à 17H04

Lilongwe capitale malawite 13 juillet 2011. Les transports biens personnes souffrent manque pétrole au Malawi.
Lilongwe, la capitale malawite, le 13 juillet 2011. Les transports de biens et de personnes souffrent du manque de pétrole au Malawi. © AFP PHOTO / ALEXANDER JOE

Ce petit pays d'Afrique australe, essentiellement agricole, vit sous perfusion de l'aide internationale. Et malgré ses efforts pour tenter de réduire le sous-développement, le Malawi peine à trouver un modèle économique pérenne.

Enclavé entre la Tanzanie, le Mozambique et la Zambie, cet Etat de 14 millions d'habitants, dont 46% sont âgés de moins de 15 ans, est l'un des pays les plus pauvres du monde. Trois personnes sur quatre vivent avec moins de 1,25 USD par jour et 40% de ses recettes budgétaires proviennent de l’aide internationale.

La majorité des Malawites dépendent d’une agriculture de subsistance, assurée par les femmes, responsables de 75% de la production. Ils doivent jongler avec des approvisionnements alimentaires aléatoires. Sujet aux catastrophes naturelles, le pays nécessite une aide alimentaire de plusieurs tonnes chaque année. Un tiers de la population y a recours et un tiers n’a pas accès à l'eau potable.

Malgré le programme gouvernemental de subventions aux engrais, qui a stimulé la production ces dernières années, les terres agricoles ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins d'une population croissante. Avec ses 89 habitants au kilomètre carré, le Malawi est un des pays le plus densément peuplé d’Afrique.

Il est aussi soumis aux fluctuations de la demande mondiale pour ses principaux produits d'exportation, le tabac, le thé, le café, le coton, l'arachide et le sucre.

Pompage l'eau pour irriguer champ maïs dans secteur Chitsukwa au sud ville Blantyre. Un progamme d'irrigation
Pompage de l'eau pour irriguer un champ de maïs dans le secteur de Chitsukwa, au sud de la ville de Blantyre. Un progamme d'irrigation mis en place par le gouvernement et une ONG permet d'alimenter en eau 176 fermes. © AFP PHOTO/GIANLUIGI GUERCIA

 

Incurie des dirigeants
Les 30 ans de dictature qui ont suivi l’indépendance en 1966, ont laminé l’économie du pays. Hastings Kamuzu Banda, le vieux dirigeant anglophone qui détenait un tiers de l’économie malawite, a fini par passer la main en 1994 à l’issue de la première élection présidentielle. Son successeur, Bakili Muluzi, a tenté de jouer la carte du développement.

Mais la corruption, la pauvreté et le taux élevé du VIH-sida l’ont entravé tout en augmentant le mécontentement du peuple. Il a tenté néanmoins de maintenir une forme de cohésion nationale dans ce pays où les divisions ethniques avaient été le fonds de commerce de son prédécesseur.

Depuis 2007, le pays a fait quelques progrès dans les domaines de l’éducation, la santé et l’environnement sous l’impulsion du président Bingu wa Mutharika, malgré les dérives autoritaires. Celui qui a assuré en 2010-2011 la présidence de l'Union africaine a mis en place des programmes pour stimuler la croissance et s’autonomiser vis-à-vis de l’aide étrangère. Il est mort d'une crise cardiaque en avril 2012 et a été remplacé à la tête du pays par Joyce Banda.

 

Le président Malawi Bingu wa Mutharika lors d'une visite officielle quatre jours en Allemagne en septembre

Bingu wa Mutharika, lors d'une visite officielle de quatre jours en Allemagne en septembre 2010. L'ancien président est mort d'une crise cardiaque en avril 2012. © AFP PHOTO / JOHANNES EISELE


Des bailleurs de fonds pressants
Membre de l’OMC depuis le 31 mai 1995, le Malawi est sollicité par les organismes financiers mondiaux qui le poussent sur le chemin de l'économie de marché. Parmi les investisseurs dans le pays, la Chine.

Mais si le pays a réussi à privatiser de nombreuses sociétés déficitaires gérées par l'Etat et a instauré une discipline budgétaire, la pénurie chronique de réserve de changes a endommagé sa capacité à payer les importations (nourriture, pétrole, biens de consommation).

Les pénuries de carburant, qui entravent le transport et la productivité, font partie des obstacles à l'investissement comme les pénuries d'eau, les mauvaises infrastructures de télécommunications ou les coûts élevés des services.

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ses principaux bailleurs de fonds, ont demandé au Malawi de dévaluer sa monnaie de 40%. Proposition rejetée par Bingu wa Mutharika, mais acceptée par son successeur, Joyce Banda.

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Un pays dévasté par le virus du sida
Un million de Malawites sont séropositifs et quelque 80.000 meurent chaque année du sida, laissant plusieurs centaines de milliers d'orphelins livrés à eux-mêmes, notamment dans les campagnes où les familles ont en moyenne 5,5 enfants. Aux ravages de la pandémie, s'ajoute une malnutrition chronique.

Après des années de silence, les autorités ont évoqué le fléau encore tabou après la mort du frère du président Muluzi. Un programme de lutte contre le VIH-sida a été lancé en 2004.

Si la Banque mondiale a estimé en février 2012 que le nombre d'Africains vivant dans l'extrême pauvreté recule depuis 2005, elle a estimé que l'Afrique était encore loin de réaliser tout son potentiel en terme de développement. En cause, le manque d'infrastructures modernes, un système de santé inefficace, une agriculture dépendante des aléas climatiques et un manque de stabilité politique.

Autant d'éléments que devra prendre en compte le Malawi pour sortir de la pauvreté et de la dépendance.